Jeudi 15 Janvier 2026
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15.01.2026
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Parmi les six cépages autorisés pour les vins rouges bordelais, l’un connaît aujourd’hui un regain d’intérêt : le petit verdot. Longtemps utilisé comme complément dans les assemblages, dans une proportion moyenne d’environ 5 %, il fait désormais l’objet de nouvelles approches. Certains viticulteurs choisissent d’en augmenter la proportion, d'autres osent des cuvées monocépages.
Son nom donne déjà des indications : « petit » fait référence à la taille modeste de ses baies, tandis que « verdot » vient de l’occitan « verd » (vert), en référence à la tendance de ses raisins à rester verts longtemps avant de mûrir rapidement. Cette maturation réputée « flash » impose une surveillance quotidienne. À tel point que certaines propriétés l’avaient planté autour du château afin d’éviter de longs déplacements dans les vignes, plutôt que de privilégier des terroirs adaptés . Sa maturité précédant de peu celle du cabernet sauvignon, on ne s’embarrassait guère : il était souvent vendangé en même temps que ce dernier, donc en situation de sous-maturité.
L’exigence de qualité et le gel de 1956 ont mis bon ordre à cette situation, le petit verdot fut alors largement remplacé par… le merlot. Jusqu’alors, il était surtout apprécié pour sa capacité à apporter couleur et tanins, à une époque où la France « buvait » davantage et où l’on recherchait des vins robustes, dotés d’un bon potentiel de garde. Les moeurs ont changé, le climat aussi, une mise à jour sur le petit verdot s'impose.
Longtemps cantonné à un rôle secondaire dans les assemblages, le cépage est désormais réévalué. Sa complexité aromatique n’est plus sous-estimée : notes de fruits noirs, violette, pivoine, touches de rose ou de lavande, poivre noir, réglisse, cannelle, clou de girofle. Après plusieurs années de garde, le vin évolue vers des notes animales et de sous-bois.
À cette aromatique de qualité, on ajoutera une maturité tardive, intéressante aujourd’hui dans le contexte du réchauffement climatique : la maturation se fait en fin d’été et non au pic des chaleurs (néfastes pour l’équilibre acidité/sucre). Un atout qui conduit aujourd’hui certains producteurs à remplacer une partie de leurs merlots. Anne Le Naour, directrice générale de CA Grands Crus Vignobles et Services, propriétaire du château Meyney, en donne l’explication : « À degrés potentiels équivalents entre un merlot, un cabernet sauvignon et un petit verdot, nos petits verdots présentent des acidités beaucoup plus élevées et des pH nettement plus bas. C’est intéressant, car le merlot est très affecté par la baisse de son acidité moyenne liée au réchauffement climatique. Cela permet de conserver de la fraîcheur dans l’assemblage. À ce titre-là, je pense que c’est un cépage d’avenir. » À Meyney, le petit verdot représente aujourd’hui 15 % de l’encépagement et participe pleinement à l’identité du vin.
Cet atout identifié au Château Meyney inspire également d'autres viticulteurs bordelais augmentent la proportion de petit verdot dans leurs assemblages. D’autres vont même plus loin en proposant des cuvées mono cépage. C'est le cas notamment sur les terroirs de gravesde la rive gauche bordelaise (Médoc, Pessac-Léognan et Graves) où le cépage s'épanouit pleinement . Riche en couleur et en tanins sa vinification demande néanmoins de la vigilance.
Sa vinification requiert cependant de la prudence et du savoir-faire : « C’est un cépage qui est sensible à l’oxydation : on écourte donc les macérations pré-fermentaires. De plus, il n’y a pratiquement pas besoin de l’extraire : ça sort tout seul. » précise Anne Le Naour. Une extraction nécessairement tout en délicatesse si l’on veut obtenir les arômes fruités et floraux sans avoir trop de tanins agressifs. À Meyney, l’expérience accumulée se mesure aussi au moment de l’assemblage : « Si on le rajoute trop tôt dans l’assemblage, on a le sentiment qu’il vient durcir l’assemblage. Mais si on l’intègre un peu plus tard, quand lui-même a bien avancé dans la digestion de son propre élevage, on vient apporter une intensité aromatique renforcée. »
Force est de constater que dans notre échantillonnage les extractions sont maîtrisées. Si parfois de la lourdeur peut-être perçue, elle est plutôt imputable à un élevage sous bois trop expressif. La dégustation a mis en lumière la grande diversité de styles que peut offrir le petit verdot, oscillant entre puissance traditionnelle et élégance moderne.
Nez d’une grande douceur, caressant et élégant, poudré, crémeux, relancé par une touche de pivoine, de
gelée de mûre, de tabac blond et de bois de cèdre. Attaque empreinte de suavité sur des tanins fins et
polis, habités par un joli fruit. Un vin sphérique, équilibré par un soupçon de fraîcheur sur sa finale.
Une tradition pour ce château depuis 2016. Nez sur la retenue : notes florales légèrement sucrées, de fruits noirs (mûre) et touche d’élevage assez nette. Attaque souple, qui cède vite le pas à une matière ample. Le fruit se lit derrière une matière qui demande de la garde pour se révéler.
Parcelle au nord-ouest du domaine (Noroit). Ce nouveau clone (N° 1058) fait des merveilles. Un vin
moderne qui ne peut que plaire. Aromatique pudique mais très élégante sur des notes subtiles de pivoine, d’épices douces et de tabac blond. Vinification parfaitement maîtrisée. La finale est longue, fraîche, gourmande (fraise, fruits mûrs) et marquée par une réglisse douce. De la séduction et du fond. Un vin abouti qui vise juste
Une belle surprise. Nez très discret, un peu vanillé , sur des notes de réglisse, pivoine et poivre. Bouche
cohérente avec une attaque vive et une belle fraîcheur. La puissance est présente mais maîtrisée. La finale,
longue, est marquée par le kirsch, la cerise, la gelée de groseille et une réglisse douce très nette.

Si le nez reste classique sur un bouquet d’eucalyptus et de fraise mûre, de pivoine, un peu de poivre, une
certaine austérité marque la bouche en raison d’un élevage poussé qui demandera du temps pour que le
vin s’assouplisse. Il faudra lire, derrière ce rideau boisé, une réglisse marquée et un joli fruit un peu
couverts à ce stade. Pour amateur de médoc à l’ancienne.
Un premier millésime pour cette vigne récemment plantée et un vin intelligemment travaillé. Nez raffiné,
sur la retenue : notes de vanille (élevage), tabac blond, fruit noir et une touche florale. Bouche atypique,
fraîche et digeste sur des saveurs de sirop de sureau, donnant une impression séduisante de sucre
résiduel. Un petit verdot qui « merlote ». Rien de forcé : un vin plaisir. En coffret bois.
80 % petit verdot et 20 % cabernet sauvignon, merlot. Un style qui privilégie intelligemment la souplesse. Nez nuancé, aérien : notes d’eucalyptus, florales, poivrées et une touche chocolatée. Un vin marqué par la
délicatesse et une extraction mesurée. L’attaque est souple, les tanins soyeux et l’acidité présente
apporte de la fraîcheur. Un trait de réglisse et une impression solaire : vinification subtile.


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