Jeudi 18 Juin 2026
Les vignes de Beauséjour en novembre ©Anne Piegu.
Auteur
Date
18.06.2026
Partager
Ce jeudi, Arnaud de Laforcade annonce son départ du Château Cheval Blanc où il occupe le poste de directeur commercial et financier depuis 17 ans. En septembre prochain, il réalisera son rêve de Loire lorsqu’il prendra ses nouvelles fonctions au Domaine Beauséjour à Chinon en tant que régisseur. Une décision qui a de quoi interpeller, mais qui se justifie par l’envergure du projet préparé depuis 5 ans, en toute discrétion, par Ivan Massonnat du Domaine Belargus.
« En 17 ans au Château Cheval Blanc, la première démission à laquelle j’assiste c’est la mienne » s’étonne encore Arnaud de Laforcade. On ne quitte pas une telle institution, si ce n’est pour de très bonnes raisons. La première qui s’est imposée à Arnaud, c’est l’envie d’un nouveau challenge : « Quand bien même c’est un boulot de rêve, j’ai eu envie de prendre un risque. J’avais l’impression d’être installé, il fallait que je me désinstalle, comme un logiciel, pour apprendre de nouveau ». En quête d’un défi en dehors de Bordeaux, où il a déjà atteint le sommet, il prospecte dans la Loire pour lancer sa propre aventure viticole et consulte une connaissance de longue date, Ivan Massonnat qui finit par bouleverser ses plans. Ce dernier, converti aux vignobles de Loire, qui a fait de Belargus une référence internationale pour les blancs d’Anjou, le sollicite pour son nouveau projet. Il s’apprête à dévoiler au grand public la renaissance du Domaine de Beauséjour, destiné à devenir son nouveau fer de lance, côté Chinon cette fois.

Dix ans avant Arnaud de Laforcade, Ivan Massonnat avait lui aussi revu ses plans de reconversion qui le menèrent de la finance au vignoble. En 2015, il ambitionne déjà la reprise du Domaine Beauséjour, son premier amour dans la région, où sa famille s’est ancrée il y a 20 ans. Très avancé dans les négociations avec le fondateur, Gérard Chauveau, il y renonce pourtant : « Je me suis rendu compte qu’il n’était pas prêt à vendre. C’était l’œuvre de sa vie et, dans sa réticence à s’en séparer, il le surestimait ». Ivan referme donc le dossier pour en ouvrir un autre, cette fois en Anjou noir, avec le succès qu’on lui connaît. Finalement, en 2021, c’est la veuve de Gérard Chauveau, Marie-Claude qui lui cède le domaine, soucieuse de préserver l’intégrité du patrimoine assemblé par son mari.
Le Domaine Beauséjour représente un peu plus qu’une simple exploitation viticole, c’est un extrait du paysage chinonais. Gérard Chauveau, qui en hérite dans les années 1960, s’attache à rénover, bâtir et compléter le foncier d’origine. Il accumule presque 100 hectares d’un seul tenant, qui prennent appui sur la butte qui borde la Vienne. Du sommet au rivage, se succèdent forêt domaniale de Chinon, pentes douces et plaine. Les vignes ne représentent que 20 ha insérés dans un ensemble typiquement chinonais, si l’on en croit Rabelais : « Chinon, petite ville grand renom, assise sur pierre ancienne, en haut le bois, au pied Vienne » (« Cinquiesme Livre de Pantagruel »). « Chinon » c’est aussi le nom d’une appellation et Ivan souhaite contribuer à ce destin collectif avec un domaine rénové de fond en comble : « Contrairement à Belargus, j’avais le temps. J’ai pris 5 ans pour tout repenser dans les vignes, qui sont désormais certifiées bio, dans la cuverie et pour redéfinir la gamme… ».
La « méthode Massonnat » ne consiste pas à faire table rase du passé que ce soit avec Belargus, où il continue le travail initié par Jo Pithon, ou plus récemment, dans le nouveau défi qu’il s’est lancé avec le Domaine du Closel. À Savennières, il marche dans les pas de feu Évelyne de Pontbriand. De même pour Beauséjour, il n’est pas question de liquider l’héritage de la famille Chauveau qui continue d’œuvrer à ses côtés en la personne de David Chauveau, fils du précédent propriétaire, et toujours intendant de la propriété. En revanche, pour insuffler un nouvel élan, il sait aussi s’entourer.

Sarah de Mianville rejoint l’aventure en tant que directrice technique aux prémices du projet. Elle travaille à la réfection de la cuverie et aux vinifications. Surtout elle participe à l’étude terroir, véritable matrice qui détermine désormais la vinification intraparcellaire. Les trois premiers millésimes « nouvelle mouture » : 2023, 2024 et 2025 sont encore en cours de vieillissement. Enfin, pour l’épauler lors du dévoilement de la nouvelle version de Beauséjour et sur son développement au long cours, il tente un coup de poker auprès d’Arnaud de Laforcade, déjà séduit par l’aura de la propriété, en lui proposant de renoncer à ses projets d’acquisition viticole en propre, pour le rejoindre en tant que régisseur à Beauséjour. « Arnaud est la seule personne que je connaisse plus amoureuse des rouges de Loire que des blancs. Il rêvait de cabernet-franc à Chinon ou éventuellement à Bourgueil. » Ce sera donc à Chinon. Arnaud accepte la proposition après réflexion et échanges pour vérifier que les ambitions de chacun s’accordent. Il sera en poste à la vendange prochaine et il assumera en parallèle de sa fonction de régisseur, les fonctions de directeur commercial et financier du Domaine Belargus.
Dans quelques jours, le millésime 2023 du Domaine Beauséjour sera mis en bouteille pour une sortie début 2027. Ivan Massonnat et Arnaud de Laforcade ne sont pas encore très loquaces sur les assemblages des cuvées qui seront mises sur le marché, mais les portes s’ouvrent déjà pour les professionnels qui voudraient découvrir la nouvelle version du Domaine. Affaire à suivre…

Articles liés