(photos JM Brouard)
(photos JM Brouard)

Les Delaunay sont tombés amoureux du Languedoc quand ils étaient jeunes. Bourguignons d’origine où ils ont relancé une belle maison de négoce, ils conservent avec ce coin du sud de la France une relation toute particulière qui donne naissance à des vins de soleil particulièrement racés.

Catherine et Laurent Delaunay ne pensaient certainement pas il y a 25 ans construire une histoire d’amour durable avec le vignoble du Languedoc. Cette région les a pourtant envoûtés alors qu’ils faisaient leurs études d’œnologie. Eux, bourguignons d’origine, ont décidé de s’y installer en 1995, persuadés du potentiel qualitatif des magnifiques terroirs locaux. Ainsi sont nées “Les Jamelles”, des vins de personnalité à la belle notoriété qui permettent, du propre aveu de Laurent, de financer une partie des autres activités du groupe familial. Il y a bien sûr la maison bourguignonne Édouard Delaunay que nous vous présentions il y a quelques mois et qui constitue un retour aux sources familiales avec de très jolis vins. Mais c’est aussi la maison Abbotts & Delaunay qui a la volonté de mettre en lumière la capacité des terroirs languedociens à produire des vins particulièrement élégants, presque tintés d’un esprit bourguignon. Le nom de la structure est un écho à une belle rencontre, celle des Abbotts il y a de nombreuses années. Ce couple d’Australiens s’était installé dans la région et y produisait des vins d’appellation de qualité issus de vieilles parcelles, denses et riches comme les aimaient alors leurs compatriotes. Une amitié est née et le jour où le couple s’est séparé, lui partant à Londres, elle en Suisse, ils ont proposé aux Delaunay de reprendre leur affaire. Une offre acceptée en 2005. Et 5 ans plus tard, une philosophie nouvelle avait été insufflée à la structure : des vins d’appellation, toujours, mais avec plus de finesse, du fruit et un caractère particulier.

Entre gourmandise et complexité

La maison Abbotts & Delaunay propose 2 gammes de vins. « A tire d’aile » se compose de vins accessibles, fruités, appétants. A ce titre, le Languedoc blanc 2019 (commercialisation à venir – 12€) est d’un charme fou. La rondeur tout en fruits jaunes de ses 60% de roussanne est raffermie par 40% de piquepoul qui filent très droit, un vrai éclat de fraîcheur en bouche. Le Minervois 2017 (12€) n’est pas en reste mêlant densité de bouche et élégance florale et de fruits noirs délicats. L’autre gamme, « nuages et vents », se veut plus en recherche de complexité et de profondeur. Alto Stratus 2016 (20€) est un 100% carignan issu de parcelles centenaires (1905 et 1910) dont la fraîcheur générale impressionne. Le vin est éminemment juteux, gourmand, rappelant une fine gelée de mûre. L’acidité parfaitement intégrée finit de dire la messe. C’est bon, tout simplement. Le Minervois Cumulo Nimbus 2017 s’avère quant à lui chic et d’une grande persistance fruitée. A cela s’ajoute le domaine de la métairie d’Alon racheté en 2014. 25 hectares sur Limoux (potentiellement 40 d’ici 5 à 10 ans) où les Delaunay ont décidé de ne donner droit de cité qu’au chardonnay et au pinot noir. Les vins sont vinifiés de manière à conserver beaucoup de délicatesse. La meilleure réussite est le pinot noir “Le Village” qui est un assemblage de différentes parcelles. Une très belle trame tannique portée par des fruits rouges séduisants. Une expression différente du pinot noir mais digne d’un grand intérêt. L’aventure languedocienne continue par ailleurs de s’étoffer puisque les Delaunay ont racheté en 2019 le domaine de la Lauze au sud-est de Carcassonne dans les Corbières. 2020 marquera le premier millésime dont on imagine qu’il devrait détenir aussi la double nationalité languedoco-bourguignonne !