(Photos F. Hermine)
(Photos F. Hermine)

Après le rachat de la maison familiale Édouard Delaunay au groupe Boisset en 2017, Laurent Delaunay, co-fondateur du groupe Badet-Clément, remet sur le marché une nouvelle gamme de vins de Bourgogne.

« C’est la réalisation d’une vraie histoire familiale et la renaissance d’une maison, évoque Laurent Delaunay avec émotion. Beaucoup de petites maisons qualitatives sont nées en Bourgogne depuis 20 ans mais peu ont été rachetées ». Le co-fondateur de la maison Badet-Clement avec sa femme Catherine lance la nouvelle gamme Édouard Delaunay suite au rachat fin 2017 à Jean-Claude Boisset de la maison de vins bourguignonne qu’il avait du vendre en 1993 et qui avait été fondée un siècle plus tôt par son arrière grand-père. Édouard, fils d’un marchand de vin d’Angers, avait créé la maison éponyme en rachetant son fournisseur bourguignon. Elle avait été basée pendant plus d’un demi-siècle à Dijon qui était alors un pôle fort du négoce. Le grand père de Laurent, Jean, voyageur infatigable pour promouvoir ses vins, l’avait fait prospérer avec comme devise « il faut viser haut et tenir son rang ». « A l’époque, nous avions accès aux plus belles productions de Bourgogne, y compris La Romanée Conti et La Romanée de Liger-Belair. Les vins Delaunay étaient présents dans les plus belles brasseries parisiennes, chez Nicolas, Prunier, La Samaritaine et dans les grandes institutions comme l’Élysée, le Sénat et la Banque de France » raconte Laurent. Les Delaunay faisaient partie des fondateurs en 1934 de la Confrérie des Chevaliers du Taste-vin. La génération suivante, Jean-Bernard et Jean-Marie, les deux fils de Jean, vont expédier leurs bouteilles partout dans le monde et acheter, dans les années 50, le château de Charmont à L’Etang-Vergy (21).

Retisser des liens avec la Bourgogne

Quand la maison a dû être vendue en 1993 suite à la maladie du père de Laurent, elle possédait une quinzaine d’hectares de vignes en Côtes de Beaune et Côtes de Nuits. Laurent et Catherine ont alors préféré changer d’air et s’exiler en Languedoc pour devenir négociants-vinificateurs avec le groupe Badet-Clément et la marque emblématique des Jamelles. Mais rattrapés par leurs racines, ils rachètent dix ans plus tard la discrète société Domaines et Vins de Propriété, devenue le premier distributeur de vins de Bourgogne (140 domaines). « C’est elle qui nous permet aujourd’hui d’obtenir de jolis vins grâce aux liens tissés en Bourgogne et en complément d’une certaine légitimité historique » estime Laurent Delaunay. Elle permet de reprendre pied en Bourgogne et d’installer le siège social de Badet Clément à Nuits Saint Georges, le long de l’autoroute.

Avec le rachat, les Delaunay ont récupéré le château de Charmont qui abritait les bureaux et dans lequel ils habitent désormais, et la marque Édouard Delaunay, qui n’avait plus de stocks ni de vignes et avait été progressivement abandonnée par le groupe Boisset. La cuverie, longtemps louée à Dominique Laurent, était obsolète ; elle a été reconstruite et les caves voûtées réaménagées au printemps dernier.

Une vinification la moins interventionniste possible

Il a ensuite fallu acheter du vin pour proposer une gamme qui comporte désormais plus d’une vingtaine d’appellations en Côtes-de-Nuits et Côtes-de-Beaune dont une quinzaine de grands crus et premiers crus mais aussi des Grands Villages, des Villages, une cuvée Septembre en bourgogne générique et deux vins rouge et blanc dans la nouvelle appellation régionale Côte-d’Or. La maison qui a embauché comme œnologue et chef de cave Christophe Briotet défend « une philosophie de vinification avec le moins d’intervention possible pour s’effacer derrière les vins sans qu’ils soient trop marqués par l’élevage, laisser s’exprimer la parcelle et le climat ». En 2018, la maison a vinifié 267 pièces et en a acheté plus d’une centaine avec quelques raretés comme un Griottes-Chambertin et peut-être bientôt une pièce de Montrachet. Elle pré-voit de commercialiser environ 100 000 bouteilles dont plus de 80% à l’international. Dans l’Hexagone, les vins seront présents dans la belle restauration. En perspective, une distribution dans les compagnies aériennes, « histoire de renouer avec la communication historique de la maison présente pendant des décennies dans les Wagons-Lits, la Compagnie transatlantique et l’Orient Express ».

www.edouard-delaunay.com

De gauche à droite, le chef de cave d’Edouard Delaunay, Ch Briotet, L.Delaunay, et le directeur marketing et communication de Badet-Clément E de Salve (©F.Hermine)