L’ancien directeur technique du Château Pontet-Canet s’est décidé à créer sa société de consulting. Fort de son expérience et de ses convictions, Jean-Michel Comme souhaite élargir le champ de la biodynamie. En exclusivité pour Terre de Vins, il nous explique ses choix.

Vous avez quitté le Château Pontet-Canet au mois de mai dernier, comment l’idée a-t-elle germé de créer une société de consulting sachant que vous êtes aussi propriétaire du Château du Champ des Treilles à Sainte-Foy-la-Grande ?
J’aide mon épouse Corinne dans cette propriété où j’ai mes racines. Depuis plus de 10 ans, elle accompagne des domaines en biodynamie. J’ai maintenant envie de partager moi aussi mon savoir. C’est donc naturellement que j’ai décidé de créer ma société, COMME CONSULTING. Je commence ma nouvelle vie, toujours avec la passion de la vigne et du vin. Je veux proposer une intervention cousu-main. Pour cela, je ne souhaite avoir que quelques clients pour les former et les accompagner autant que nécessaire. Je veux surtout faire les choses bien dans l’intérêt supérieur du domaine, transmettre un savoir-faire puis les laisser vivre leur vie après le nombre d’années nécessaire. Et surtout, en ayant vu l’augmentation de la qualité du vin ! C’est primordial.

Toujours en lien étroit avec votre fils ?
Basé à Napa, en Californie, mon fils fait la même chose avec une société californienne qui a le même nom. Pour là-bas, nous avons décidé de travailler ensemble, en équipe comme nous le faisions dans nos anciennes vies. Lui fait le suivi quotidien et moi, j’y vais de temps en temps pour affiner les choses en fonction de mon expérience. On se parle tous les jours. Enfin, c’est un schéma post-covid…

Comment allez-vous conseiller la biodynamie ?
Cette question est primordiale ; même si elle parait simple. Notre activité est basée sur une vision élargie, dépoussiérée entre guillemets de la biodynamie pour être en phase avec chaque situation de cépage, terroir, climat… Le but est d’avoir une production régulière de vins avec une meilleure qualité. De plus, si on fait de la biodynamie pour piller le tiers-monde, les nappes phréatiques ou être en conflit avec tout le monde, cela n’a aucun intérêt. Il faut une vision éthique. Nous avons décidé d’appeler notre démarche “Harmonie Globale”. Cela nous permet aussi d’intégrer à cette biodynamie élargie, des préoccupations sociales et sociétales, indispensables dans nos sociétés modernes. Aux États-Unis, la culture amérindienne que j’ai étudiée, est très pertinente. Elle peut nous donner les fondements d’un modèle de pensée parfaitement adapté aux conditions locales. La biodynamie reste une expression occidentale des relations avec le vivant. Il n’y a pas de recette universelle qu’on peut appliquer partout de la même façon.

Les Indiens ne produisaient pas de vin…
Certes, mais Steiner n’en buvait pas non plus, pourtant la grande majorité de fermes biodynamiques sont des exploitations viticoles ! Pour la Californie, il faut juste utiliser la compréhension du vivant et la façon de l’orienter qu’avaient les Indiens. Sur cette base, on peut construire les outils capables d’accompagner les besoins de la vigne dans toutes les conditions de sol et de cépage dans des différentes variations du climat californien. Plus généralement, il faut utiliser les connaissances de chaque civilisation. Je ne suis pas sûr que “biodynamie” soit le bon terme. C’est donc un changement d’époque que je propose pour la viticulture et même l’agriculture au sens large. Évidemment, pour cela il faut déjà avoir laissé de côté dans les faits et dans sa tête l’usage des pesticides…

Steiner serait-il dépassé ?
S’il vivait maintenant, il aurait obligatoirement fait évoluer ses principes pour les adapter plus largement aux conditions de l’endroit et de la culture. Trop souvent, la biodynamie se résume à appliquer les préparats et c’est tout. Sans vraiment comprendre pourquoi. Les recettes qu’il a proposées et qui ont ensuite pris le nom de biodynamie correspondaient à une région du monde avec un climat, des sols et des plantes cultivées bien définis. Ainsi, dès que l’on confronte ces principes figés à des climats, les sols ou même les espèces cultivées, on arrive assez vite à des actions aberrantes qui peuvent même finir par être néfastes au bien-être des plantes. Pourtant, après toutes ces années, ses réflexions, nous paraissent toujours – et de plus en plus – particulièrement clairvoyantes. Mais on ne peut pas demander à deux seules clés de pouvoir être aptes à réparer toutes les machines. Un mécanicien a besoin d’une boite à outils complète pour effectuer son travail avec efficacité. A l’identique, on ne peut pas demander à deux préparats biodynamiques d’être la solution à tous les maux.

Cela veut-il dire que vous proposez de nouveaux remèdes, et si oui pouvez-vous donner un exemple ?
Le mot “remède” fait assez “médicament”, ce n’est pas trop notre idée… Notre cheminement permet justement d’avoir cette boite à outils bien garnie pour s’adapter avec pertinence à chaque situation. Rien (plante, minéral, métal, animal…) n’est définitivement bon ou mauvais pour ma vigne. Chacun a son intérêt dans un contexte déterminé (terroir, cépage, climat…) Avec les années et l’expérience, nous avons appris et compris les “clés de lecture” du vivant ; même si cette quête est sans fin. Le cœur du sujet réside là. Je le redis, le but est de produire de meilleurs vins avec une plus grande fiabilité sans pesticide et dans une dimension éthique. La biodynamie ne doit pas se substituer aux bases agricoles. Il faut toujours agir par priorité avant de se focaliser sur le détail. Des actions pertinentes permettent de créer une plus-value pour le vin. Ensuite, cette plus-value donne les moyens d’aller plus loin dans toutes les directions (qualité, social, environnement…) On est alors entré dans un cercle vertueux où tout devient possible. Vaste programme… La vigne est ma passion et je ne tiens pas à la trahir !