Jérôme Delord vient d’être désigné Président du Bureau National Interprofessionnel de l’Armagnac (BNIA) pour un mandat de trois ans. À l’heure de prendre ses nouvelles responsabilités, le producteur-négociant nous donne les grands caps de sa présidence qu’il définit comme « un capitanat ».

Vous succédez à Patrick Farbos à la présidence de l’interprofession. Quel état des lieux dressez-vous sur la situation de l’armagnac, et quels grands caps souhaitez-vous donner à votre mandat ?
Cela fait plus de vingt ans que je suis en Armagnac, et j’ai rapidement intégré les rouages de l’interprofession. J’ai donc pu voir les choses évoluer de l’intérieur depuis plusieurs années… Le monde a changé, et l’armagnac avec lui. L’armagnac est plus présent, plus dynamique, plus jeune, plus tendance, en conformité avec la formidable évolution de l’univers des spiritueux. Il y a vingt ans, on nous regardait de haut, aujourd’hui l’armagnac est parfaitement dans le tempo de ce renouveau mondial des spiritueux. J’ai la chance de prendre la présidence de l’interprofession sur ce temps fort… Mon job va être de continuer à accompagner ce renouveau, de fédérer, de faire avancer tout le monde ensemble, être un vrai capitaine.

L’armagnac se trouve à une croisée des chemins, entre une modernisation déjà entamée et une image à faire perdurer, celle d’un alcool historique, authentique, ancré…
C’est ce grand écart que nous devons continuer de réussir. L’armagnac doit revenir au niveau qui est le sien, dans l’imaginaire des consommateurs, et dans le cœur de tous les Gascons. Comme vous le dites, c’est un produit empreint de fierté, d’Histoire, d’authenticité. Mais il y aussi beaucoup de sang neuf, de nouveaux entrants qui bousculent les codes par le style de leurs eaux-de-vie, leurs packagings, par une volonté de toucher l’univers de la mixologie mais aussi de jeunes consommateurs. L’armagnac, c’est « à chacun son style », on peut avoir des eaux-de-vie vieillies pendant des décennies, taillées pour des moments de consommation plutôt traditionnels, mais aussi des eaux-de-vie sur la jeunesse, la vivacité, le fruit. Cette diversité est une force.

Vous évoquez les « nouveaux entrants »… est-ce que le renouvellement des générations est un axe prioritaire de votre mission de président ?
L’une des prérogatives de l’interprofession – et donc de son président – est en effet de donner envie aux nouvelles générations de reprendre le flambeau des propriétés, de continuer à faire vivre le territoire. On voit de jeunes vignerons qui sont fiers de défendre l’armagnac, de perpétuer une histoire familiale et de la réinventer quelquefois, de faire bouger les lignes ; mais on a aussi des opérateurs qui s’installent dans la région, parfois venus de loin, car ils croient au potentiel de ce produit. On voit aussi de plus en plus de producteurs de Côtes de Gascogne qui remettent de l’armagnac dans leur gamme… Plus nous serons nombreux, plus nous serons divers, et plus nous seront forts.

Quels sont les territoires de conquête de l’armagnac pour les années à venir ?
C’est une question très large. Il y a autant de territoires à conquérir que de profils d’entreprises, entre un vigneron qui vend son armagnac sur les marchés locaux et un opérateur qui va vouloir développer l’export. L’export, justement, et sans doute un de nos axes de progrès. On doit le développer, tout en consolidant notre marché national, notre présence auprès des bartenders, des sommeliers… Comme je l’ai annoncé lors de mon discours inaugural, l’objectif est que dans cinq ans, les ventes de bouteilles d’armagnac soient multipliées par deux. Cela équivaut à environ 7 millions de bouteilles, ce qui est un objectif tout à fait réalisable. Pour y parvenir, tout le monde doit aller dans le même sens : le viticulteur, le distillateur, le négociant… J’y crois fermement car le renouveau est déjà lancé, tout le monde « sent » qu’il se passe quelque chose ici. À nous de le confirmer.

Le spiritourisme, en s’appuyant notamment sur les atouts du territoire gascon, fait-il partie de vos autres axes de développement ?
Dans le cadre du plan « Armagnac 2030 » qui a été récemment dévoilé, le spiritourisme fait en effet partie des points de progrès qui ont été identifiés. Notre territoire a d’énormes atouts à faire valoir pour attirer les visiteurs, et nous pouvons y arriver avec le soutient des offices de tourisme. Mais pour faire venir le public jusqu’à nous, nous devons aussi porter la bonne parole hors de nos frontières. Tous les acteurs économiques du territoire doivent être des ambassadeurs de l’armagnac et contribuer à faire rayonner ce produit.

Quelles sont les premières grandes échéances de votre mandat ?
La première grande échéance sera l’inauguration de la nouvelle maison du vignoble Gascogne-Armagnac à Eauze, qui aura lieu le 9 novembre et sera présidée par mon prédécesseur Patrick Farbos, qui a porté ce beau projet. En tant que président, ma première intervention se fera le 25 novembre, dans le cadre de la dégustation du concours des armagnacs, qui est toujours un temps fort. Ensuite viendront d’autres moments importants au contact des professionnels, comme Wine Paris & Vinexpo Paris. Je tiens d’ailleurs à saluer l’excellent travail qui est fait par notre directeur Olivier Goujon et par Maeva Vidonne à la communication et la promotion. L’armagnac, c’est un collectif, c’est aussi une continuité que j’entends préserver, tout en m’efforçant de garder un œil neuf. Nous avons plein de choses à accomplir, une somme de détails à conquérir : comme pour un champion olympique, on ne peut décrocher un titre qu’en améliorant chaque détail. Nous pouvons le faire, pour continuer de progresser et gagner la partie.

Retrouvez notre reportage « Sang neuf en Armagnac » et notre sélection de pépites dans notre hors-série Spiritueux, à paraître le 16 novembre dans les kiosques.
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