Vous souhaitez visiter la Champagne sans quitter Bordeaux ? Rendez-vous à Bordeaux tasting ce week-end, sur l’Espace Saint-Rémi, où tous les grands terroirs de l’appellation seront représentés à travers les plus belles cuvées de vignerons. Pour vous donner un aperçu du voyage, Terre de vins vous propose une première sélection de cinq cuvées issues de cinq terroirs iconiques de la région, à déguster évidemment accompagnées de spécialités bordelaises…

Lemaire Père & Fils, Rosé réserve, Massif Saint-Thierry (36,60 €)

Le Massif Saint-Thierry et ses sols plus sableux est souvent ignoré du public. Il était pourtant très célèbre au XIXe siècle pour ses vins rouges qui figuraient en tête de liste, rivalisant avec ceux de Bouzy… Un précieux atout lorsque l’on souhaite comme Lemaire élaborer de jolis rosés d’assemblage. Au nez on est séduit par les arômes juteux de pêche, d’ananas et de pamplemousse. En bouche, on appréciera l’intensité de ces arômes de fruits rouges écrasés. La fraise et la cerise en particulier sont très repérables. Une pointe de cannelle adoucit l’ensemble et quelques notes de sous-bois vous projettent dans un autre univers. De toute évidence, nous sommes déjà sur un rosé un peu évolué et plus seulement sur un rosé de fraîcheur. La finale sur des notes fumées est exquise. Pour ce champagne de première classe (55% pinot noir, 15% meunier, 30% chardonnay) Terre de vins vous propose un Magret de Canard des Landes aux cerises de Benauge.

H. Blin Rosé de saignée, Vallée de la Marne (45€)

La Vallée de la Marne est un enchantement pour les amoureux du meunier et la coopérative H. Blin à Vincelles n’a pas son pareil pour en révéler tout le charme. Après un rosé d’assemblage, place à l’art du rosé de saignée. Cette technique qui s’appuie sur la macération, produit souvent des rosés plus vineux, comme le suggère la robe plus foncée de cette cuvée qui tire sur le rubis. Le vin a du corps, et les fruits rouges s’adossent à une belle complexité avec des notes très délicates de noisette. Il n’en reste pas moins dynamique, porté par la fraîcheur du pamplemousse. La vinosité appelle une belle entrecôte à la Bordelaise cuite sur des sarments et agrémentée d’un hachis d’échalotes, de persille et de moelle de Bœuf.

Paques et fils : Paradoxe, Face nord de la Montagne (22€)

Sur la Face Nord de la Montagne, à Rilly-la-Montagne, Paques et Fils élaborent un blanc de noirs qui ne manque pas de caractère. Dès le premier nez, les arômes de fruits rouges sont à la fête. Rien à voir avec un vulgaire jus de fraise, vous ne trouverez que les plus nobles de ces baies : la groseille, la framboise… Vous vous souvenez ? Vous alliez les chaparder dans le verger des grands-parents, dans la première fraîcheur du mois de septembre, pour vous consoler de la rentrée et mieux dire adieu à l’été. C’est que déjà s’annoncent l’automne et l’hiver suggérés par l’amertume de l’écorce d’orange et ces notes vives de citron jaune. Comme le vin ne manque pas de puissance, vous pouvez attaquer un plat de résistance, un Gratton de Lormont par exemple. Cette terrine assemble jambon frais, épaule et épices. Pourquoi « Gratton » ? Parce qu’on la confectionnait autrefois en grattant le fond de la casserole.

 A & S Boever: Trois filles de caractère, Face Sud de la Montagne (32,20€)

Sur la face Sud de la montagne, arrêtez-vous à Tauxières-Mutry pour découvrir les « Trois filles de caractère », un assemblage de trois vieux millésimes 2008, 2009 et 2010 (50/50 Pinot noir-Chardonnay). Le résultat est détonant : le nez truffé évoque les arômes de sous-bois et suggère déjà une belle évolution. On pense à un vieux Sauternes. Attention… Ce champagne n’est pas à mettre entre toutes les mains et choquera ceux qui gardent pour référence l’aspect pimpant que l’on trouve habituellement au champagne. Non pas que la vieillesse soit un naufrage, mais il faut savoir apprécier la performance d’une expression préservée à travers le temps, devenue nécessairement plus discrète et suggestive, tandis que les nobles rides que forment les arômes tertiaires se font plus marquées. En bouche, la découverte se poursuit ainsi sur des arômes de fruits secs, de chocolat, de pruneau et de noisette. Le vin garde une certaine fraîcheur et la minéralité se rappelle à nous à travers quelques notes délicieusement salines. Pour jouer avec le côté fruits secs, on le dégustera accompagné de quelques Pralines de Blaye, un dessert diplomatique créé par le cuisinier du Duc de Choiselles pour apaiser la révolte des Bordelais contre Louis XIV en 1649.

Paul Goerg : millésime 2012, Côte des Blancs (52€)

Après les noirs, direction la Côte des Blancs et la coopérative de la Goutte d’Or à Vertus, passée maître dans l’art de sublimer le chardonnay. Vertus est un terroir de transition et d’équilibre. Au Nord, vous tombez sur les crus plus austères qui privilégient l’expression minérale et plutôt agrumes du chardonnay, au Sud s’étend le Sézannais, crémeux, floral et pâtissier. La délicatesse de ce champagne qui ne tombe ni d’un côté, ni de l’autre, exprime à merveille cette situation. Le nez qui allie l’aubépine et la vanille est une pure merveille. La bouche légèrement citronnée et saline évolue en se réchauffant vers une aromatique plus empyreumatique. Et quelle texture ! Le touché évoque celui de la flanelle, de la soie… On notera aussi quelques notes de fruits jaunes sans doute apportées par la légère proportion de pinot noir. Pour faire honneur à son côté floral et à sa légèreté, on tentera les beignets de fleur d’acacia. Le robinet-faux-acacia prolifère dans le Sauternais.

Delot : Montre-cul, Côte des Bar (22,50 €)

Si la Côte des Bar, dans l’Aube, est davantage connue pour ses pinots noirs, elle offre, elle aussi, de très beaux chardonnays. La cuvée parcellaire de « Montrecul » compte parmi les spécimens les plus intéressants. Le nom interpelle évidemment. Les vignerons se rendaient autrefois à bicyclette travailler sur ce coteau. La pente très forte obligeait les valeureux cyclistes à se pencher en avant, laissant apparaître leur céans… Le voisinage devait apprécier le spectacle puisque la parcelle d’en face se nomme « Beau Regard ». Comme quoi la toponymie et l’étymologie ne sont pas toujours affaire de doctes dérivations latines. L’habillage du flacon détonne avec son blason, son écriture gothique, et sa jupe rouge. Il ressemble presque à celui d’une bouteille de Bourgogne : faut-il y voir une volonté du vigneron de rappeler cette proximité identitaire et géographique ? A l’intérieur nous attend en tout cas un chardonnay qui décoiffe ! Amertume assez calcaire, citron vert, arômes poivrés, le vin est droit, net et précis et ferait un malheur sur une bourriche d’huîtres péchées dans le Bassin d’Arcachon. Le point fort de ces huîtres creuses ? Elles ont la réputation d’être plus charnues et d’un goût plus prononcé.

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