Tout ce week-end, les dix membres de la prestigieuse association bordelaise sont au rendez-vous dans l’enceinte du Palais de la Bourse pour faire déguster leur vins, dont en commun le millésime 2015. A quelques jours des fêtes de fin d’année, cinq d’entre eux se sont prêtés au jeu des questions sur un ton décalé. Florilège (ou plutôt “sapinège”) de réponses.

Ce n’est pas parce qu’on fait partie d’une appellation bordelaise de légende, aux flacons de prestige rares et précieux, qu’on ne peut pas faire preuve d’une approche décomplexée du vin. Preuve en est donnée avec les réponses dans le ton de Monique Bailly (business development, Château Clinet), Jean-Baptiste Bourotte (propriétaire – directeur général, Clos du Clocher), Vincent Priou (directeur général, Château Beauregard), Eric Monneret (directeur général, Château La Pointe) et Alain Moueix (directeur, Château Mazeyres) à un trio de questions illuminées telles une guirlande, autour du millésime 2015.

Ce millésime 2015, est-il plutôt : doux comme la barbe du Père Noël, puissant comme un renne du traîneau, dynamique comme un lutin en pleine effervescence ?
Château Clinet :
 Noble comme un majestueux sapin prêt à rassembler autour de lui une généreuse réunion de famille !
Clos du Clocher : Ces trois qualités sont la marque des très grands millésimes, et 2015 est l’un des rares à les conjuguer de façon aussi éclatante. Il faudrait donc imaginer Clos du Clocher 2015 sous la forme d’un lutin barbu chevauchant le renne.
Château La Pointe : Puissance et douceur. Goûter au 2015, c’est comme méditer sur la beauté brute d’un massif enneigé depuis la fenêtre d’un chalet douillet.
Château Beauregard : Beauregard 2015 possède la rondeur et l’éclat d’une belle boule rouge dans le sapin de Noël !
Château Mazeyres : Nous avons tous commandé au père Noël un 2015 pour les vendanges 2020 ! Comme tous les grands millésimes, il me semble que le 2015 est un peu les trois : doux, puissant et dynamique. Mais si je dois choisir une des trois caractéristiques, je choisis le lutin. Bien que 2015 soit une année solaire, la biodynamie en place au château Mazeyres nous permet de produire un vin tonique et dynamique comme un lutin. Et puis Jung disait que nous avons tous un “enfant intérieur” symbolisé par le lutin. Quel meilleur moment pour le convoquer que durant la période de Noël?

Si vous deviez donner un conseil de dégustation et accords mets-vins de ce millésime 2015 au Père Noël, quel serait-il ? 
Château Clinet :
Dans un premier temps, ne pas laisser la bouteille dans le coffre du traîneau à -20° C,  ni au coin du feu d’ailleurs. A déguster avec un délicieux ragoût de renne mais aussi avec un gigot d’agneau au pruneaux de deux temps. 
Clos du Clocher : Le gibier est parfait, mais j’hésite à lui proposer de faire cuire Rudolph ! En tout état de cause : décanter deux heures à l’avance, servir à 19°C, accompagner d’une côte de bœuf de la taille de la hotte, d’une volaille en habit de fête ou oser un plat légèrement épicé pour oublier que dehors, il va avoir bien froid…
Château La Pointe : Une piste bien balisée garantirait le plaisir avec un pigeonneau en trois cuissons, poireaux grillés, purée de céleri fumé, jus de carcasse réduit. Un hors-piste offrirait le grand frisson avec une salade d’œuf poché, Pata Negra, légumes, huile de truffe et Parmesan.
Château Beauregard : Après un passage de 2h en carafe, ce 2015 s’alliera parfaitement avec une bécasse à la ficelle ou bien un civet de chevreuil accompagné d’un gratin dauphinois
Château Mazeyres : Un conseil : le déguster après avoir livré tous les jouets. Ensuite, il n’aura qu’envie d’en profiter. Un accord met-vin : une dinde de Noël bien sûr, mais ne pas oublier de glisser quelques fines lamelles de truffe entre la peau et la chair de la volaille, et quelques ceps dans la farce. Le Pomerol aime bien ce qui évoque le sous-bois.

Combien de temps votre grand oncle peut-il garder ce précieux flacon en cave ? 
Château Clinet :
Les vins du Château Clinet lui ont survécu, en revanche à notre petite cousine, nous conseillons d’avoir sous la main plusieurs bouteilles, une pour apprécier le croquant dès aujourd’hui (après une heure d’ouverture), une autre parce qu’elle aura envie de recommencer l’expérience avec ses amis, puis deux magnums pour ses 30 ans en 2025 et autant de bouteilles qu’elle pourra se permettre pour toutes les années et générations à venir !
Clos du Clocher : On est ce que l’on boit… Longue vie à mon grand-oncle qui devrait donc, s’il commence aujourd’hui, affronter les prochaines décennies avec autant de sérénité que le Père Noël !
Château La Pointe : Mon grand-oncle aime garder longtemps les grands vins de Pomerol, mais son petit neveu vient régulièrement lui soutirer quelques bouteilles plus jeunes, car il sait que le cépage merlot est charmeur dès ses premières années.
Château Beauregard : Il peut le garder 25 ans sans problème, mais il peut surtout partager ce beau flacon très rapidement ! Il découvrira la jeunesse de ses arômes de fruits noirs et de chocolat comme une gourmandise de Noël. S’il a un peu de patience, dans cinq ans, la truffe noire s’invitera au bouquet de ce vin.
Château Mazeyres : Mon grand oncle va bien merci, mais ce n’est pas le sujet. Je lui conseille d’acheter trois caisses pour pouvoir en boire une bouteille tous les ans à Noël et se rassurer sur les bienfaits du temps qui passe. À partager avec les jeunes qui l’entourent et qui apprécieront cette subtile alliance de douceur, force et fraîcheur. Tonton, j-11 pour la première bouteille ! N’oublie pas de la décanter avant d’ouvrir les paquets. Le plaisir commence là. 

Photos JB Nadeau