(Photo Hervé Lefevre)
(Photo Hervé Lefevre)

L’homme d’affaires Jean-Claude Fayat, à la tête de l’un des plus grands groupes de BTP français, nourrit de grandes ambitions pour ses différents domaines bordelais qu’il continue à étendre.

L’histoire viticole de la famille Fayat n’est pas nouvelle et ne suit aucune mode. Il faut en effet remonter à 1969 pour voir l’intérêt de Clément Fayat, fondateur du groupe et père de Jean-Claude, se concrétiser avec l’achat du château La Dominique. Ce cru classé de Saint-Emilion voisin du célèbre Cheval Blanc n’en a pas le prestige car d’importants investissements ont besoin d’être réalisés pour lui redonner le lustre qui devrait être le sien. Cette ère nouvelle initiée il y a près de 50 ans ne s’est jamais refermée. L’envie de porter cette propriété toujours plus haut continue d’animer la famille Fayat et les grands chantiers menés ces dernières années en sont la preuve, comme le nouveau chai (signé Jean Nouvel) inauguré en 2013. Désormais doté d’infrastructures modernes, le château continue de faire l’objet d’attentions particulières, notamment quant à son encépagement. Largement dominé par le merlot (81% actuellement), il voit toutefois sa composition évoluer. Les cabernets, cabernet-franc en tête, montent progressivement en puissance. Le directeur technique, Pierre Meylheuc, place beaucoup d’espoir en eux. Le cabernet-franc représente un pourcentage croissant dans l’assemblage final du grand vin. De 5% en 2011 et 2012, il entrait pour 18% de sa composition sur les millésimes 2014 et 2015. Pour ce dernier, le cabernet-sauvignon a également été intégré à hauteur de 2%, 10 ans après avoir été plantés. L’objectif est clairement annoncé : « apporter davantage de fraîcheur, de précision et de trame tannique à l’ensemble ». Et la dégustation donne raison à Pierre Meylheuc. Si 2012 offre un fruité très agréable et 2011 un charme particulier avec des tannins ayant beaucoup de personnalité, l’évolution qualitative est nette avec 2014, d’une densité intéressante, et 2015 dont l’énergie doit encore être un peu canalisée mais très prometteur. Cette année, c’est 1,8 hectare de malbec qui va être replanté sur la propriété qui en possédait historiquement. Là encore, l’apport en matière de fruité et d’épices, pour ne parler que d’arômes, devrait être déterminant.

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Achat d’une nouvelle propriété

Les autres propriétés du groupe sont assez différentes. Château Fayat à Pomerol produit de jolis vins profonds et fins tandis que Clément-Pichon, en Haut-Médoc, joue tout sur un fruité gourmand. Pourtant, les soins qui sont apportés notamment à ce dernier sont tout aussi importants. Afin de lui conférer davantage de structure, la famille Fayat vient de se porter acquéreur d’une nouvelle propriété à quelques encablures de Saint-Julien, 35 kilomètres au nord de Clément-Pichon. Ce château, très médocain notamment dans son encépagement (60%) devrait permettre à terme de venir apporter davantage de structure au vin. Toutefois, Pierre Meylheuc est pragmatique. Il est impossible de dire aujourd’hui le pourcentage de vin issu de ces parcelles nouvellement acquises qui entreront dans l’assemblage des prochains Clément-Pichon. Il sera donc intéressant de suivre l’évolution stylistique de cette propriété, comme la Dominique, dans les années à venir. En attendant, le millésime 2017 qui n’a pas été épargné par le gel (les volumes ont diminué de moitié à la Dominique) s’annonce déjà comme un bel opus. Clément-Pichon offre déjà à ce stade un beau volume et fruit croquant. Fayat est pour sa part d’une très agréable profondeur. La Dominique est éclatant de son côté avec un toucher de bouche très plaisant et un équilibre notoire. Dans l’ensemble des vignobles Fayat, le temps n’est pas précipité. Jamais de révolutions mais des évolutions qui continuent d’élever sans cesse le niveau qualitatif et restaurent l’aura de ces propriétés. Une véritable vision patrimoniale du vin.