(Photo AFP)
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Exclure les prestigieux chablis mais accepter les beaujolais moins cotés: les viticulteurs de Bourgogne crient au sacrilège face à un projet de révision de l’appellation officielle, examiné jeudi en France, qui « menace très gravement » les vins de la région.

La nouvelle délimitation proposée par l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao), qui gère en France les appellations agricoles, conduirait à « sortir 64 communes de Bourgogne de l’aire de production » de l’Appellation d’origine contrôlée (AOC) Bourgogne, s’alarment les organisations professionnelles bourguignonnes.

Particulièrement concerné : les vins de Chablis. Ces blancs, qui font la réputation de la région, sont exportés aux deux-tiers, selon des chiffres de la profession datant de 2018. Le projet de l’Inao maintiendrait en revanche dans l’AOC Bourgogne la moitié des communes du Beaujolais.

Les beaujolais peuvent déjà prétendre à l’appellation aujourd’hui, soit une quarantaine sur 386 qui composent la Bourgogne viticole, ce qui a achevé de mettre le feu aux poudres.

« Faute contre l’histoire »

« La Bourgogne c’est la Bourgogne. Et le Beaujolais, c’est le Beaujolais », martèlent en cœur vignerons et élus, craignant une délocalisation de la production, une surproduction et à terme une baisse de l’image et du cours du bourgogne.

Les vins de Bourgogne sont « très gravement menacés », abondent douze députés et sénateurs régionaux de tous bords, qui en appellent au ministre français de l’Agriculture et aux dirigeants de l’Inao face à ce qu’ils estiment être « une faute contre l’histoire, la géographie, l’économie ».

Les vignerons sont pourtant à l’origine de cette demande de révision, un dossier ouvert en 2000 : « La Bourgogne n’a jamais achevé son travail de délimitation initié en 1937 », une situation « devenue aujourd’hui problématique », expliquent leurs représentants. Mais ils craignent que cette démarche se retourne aujourd’hui contre eux, dénonçant « l’absence d’écoute et de travail en concertation avec les producteurs ».

« Une phase d’étude »

« Aujourd’hui on est dans la phase d’étude », tempère Gilles Flutet, responsable du service Territoires et Délimitation de l’Inao, qui se veut rassurant: s’il était validé jeudi, le projet ne serait pas immédiatement « inscrit dans le marbre » et « toutes les réclamations seraient étudiées » lors d’une consultation publique.

Les zones qui sortiraient de l’aire d’appellation ne choisissent d’utiliser que « très peu » l’AOC Bourgogne, souligne M. Flutet, qui prend en exemple la préférence souvent donnée à l’AOC Chablis par les vins éponymes.

Des arguments qui passent mal chez les viticulteurs. « On a du mal à comprendre comment on peut proposer d’exclure de la Bourgogne des producteurs qui y sont depuis des siècles », lance Thiébault Huber, président de la Confédération des Appellations et Vignerons de Bourgogne. Il faut « enterrer » cette proposition dont les critères sont « proprement inacceptables », assène-t-il.

Le dossier a connu plusieurs rebondissements en France depuis 2000, dont le rejet, en 2014, d’une précédente délimitation par le Conseil d’État, plus haute instance juridique administrative française. A l’époque, ce sont les producteurs de Bourgogne en Beaujolais qui s’estimaient discriminés. « Notre cible n’est pas les vignerons du Beaujolais », assure aujourd’hui M. Huber.

Dominique Piron, président d’InterBeaujolais, dit d’ailleurs « comprendre tout à fait » la colère des Bourguignons face à l’exclusion de communes historiques: « le nom ‘Bourgogne’ a de la valeur aujourd’hui dans le monde entier ».

Mais il compte aussi « protéger » ceux qui produisent du Bourgogne dans le Beaujolais, ce qui ne concerne « qu’une petite partie » de cette région viticole. Le Beaujolais figure « historiquement comme un vignoble de la Bourgogne », insiste de son côté l’Association des producteurs de Bourgogne en Beaujolais, appelant à « ne pas confondre Bourgogne viticole et Bourgogne administrative ».

« Les viticulteurs en Beaujolais produisent à la fois des vins du Beaujolais, du Crémant de Bourgogne et du Bourgogne, c’est une réalité de la production qui doit être reconnue » et qui « ne s’oppose pas au fait de revendiquer fièrement notre identité beaujolaise », selon l’association.