Près de deux mois après le décès de sa mère, propriétaire de ce grand cru classé, Hélène Capbern-Gasqueton dément la rumeur : « Nous ne vendrons pas ».

C’est l’effet papillon. L’avis de décès d’une octogénaire inconnue du grand public a provoqué des rumeurs au bout du monde. Denise Capbern-Gasqueton, propriétaire de Calon-Ségur, troisième grand cru dans le classement de 1855, à la tête de ce vignoble depuis la mort de son mari en 1995, est décédée à la veille des vendanges. Elle avait 87 ans.

Sa fille, la vicomtesse Alain de Baritault, née Hélène Capbern-Gasqueton, lui succède : « Désormais, c’est à moi de reprendre cette très longue tradition familiale, et je me réjouis de le faire en continuant à travailler dans une atmosphère confiante et amicale. »
Car Hélène Capbern-Gasqueton, élevée dans l’ombre de sa mère, assurait depuis quarante ans la direction administrative et financière des domaines Calon-Ségur, 75 hectares dont 55 de vignes, et Capbern-Gasqueton, cru bourgeois qui ne dit pas son nom, vaste de 75 hectares dont 38 plantés, tous deux voisins de Montrose (Martin Bouygues) et Meyney (Grands crus Crédit agricole). Deux domaines d’un trait, comme on en trouve peu en Médoc, ceinturant au nord le cœur du bourg de Saint-Estèphe par un mur joliment restauré. Et où les investissements lourds ont déjà été consentis : chai souterrain à Calon, cuvier et chai à Capbern…

Porter un projet

L’essentiel peut désormais être consacré au rayonnement de Calon-Ségur. Alain de Baritault et son épouse le reconnaissent : « Nous devons communiquer davantage. Nous devons recevoir davantage. » Denise Capbern-Gasqueton n’était pas du genre, en effet, à ouvrir grandes ses portes. Et si Philippe Capbern-Gasqueton fut l’un des créateurs de la Commanderie du Bontemps, son neveu, le père d’Hélène, avait pour sa part rejeté l’Union des grands crus classés. Calon-Ségur pouvait à ses yeux avancer seul, fier de ce terroir et de ce cœur arboré depuis plus d’un siècle. Ce marketing avant l’heure a fait le reste pour la Saint-Valentin, au Japon particulièrement…

Reste à redonner de l’allant, et à porter un projet. Hélène Capbern-Gasqueton et Alain de Baritault promettent de s’y employer. Ce dernier, par ailleurs représentant régional de Sotheby’s, et propriétaire du Château Mauvesin, à Moulis, vient d’ailleurs de céder, non sans regret, ses 60 hectares à la famille Barton « qui va pouvoir s’appuyer sur Léoville pour investir ». Et lui laisser par conséquent du temps pour épauler Calon. Vincent Millet, directeur de la propriété, un ancien de Château Margaux, s’y emploiera également, sûr que « Calon-Ségur est un grand terroir à cabernet ». En dégustant le 2010, son avis est sans appel : « Au premier coup de nez, il y a cette race. » Une race qui pousse la vicomtesse Alain de Baritault à ne pas s’en défaire. Rien ne les fera changer d’avis, fidèles, assurent-ils, à l’adage de cet ancien propriétaire de Calon, le marquis de Ségur, surnommé le prince des vignes : « Je fais du vin à Lafite et à Latour, mais mon cœur est à Calon. »

Photo : Laurent Theillet

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