Laure Colombo et Jean-Jacques Dubourdieu viennent de présenter leur nouvelle cuvée, assemblage rhodano-bordelais qui modernise la grande tradition des Bordeaux hermitagés d’antan.

Leur rencontre s’est faite de manière fortuite, à Bordeaux, au cours d’une soirée étudiante alors que Laure et Jean-Jacques y suivaient tous deux leur cursus. Elle, fille de Jean-Luc, célèbre vigneron rhodanien de Cornas lui, fils du regretté Denis, œnologue-vigneron à la réputation internationale. Deux grands messieurs du vin dont la similitude des parcours de vie aura certainement été l’un des points communs que ces deux jeunes vignerons vont se découvrir. Les années vont ensuite passer mais l’amitié entre eux perdurera et avec elle naîtra l’envie de projets communs. Toutefois, Bordeaux et Cornas, ce sont à vol d’oiseau plus de 500 km de distance. L’aventure aurait pu se faire à exact mi-chemin, dans la ville de Mauriac, comme un clin d’œil à ce Bordelais célèbre. Mais les terroirs ne laissaient pas augurer de grandes choses… De manière très pragmatique, c’est donc en regardant l’histoire viticole commune de leurs régions respectives que l’idée est venue.

L’histoire viticole revisitée

Au cours des XVIIIème et XIXème siècles, les cahiers des charges des AOP n’avaient pas même été imaginés. La liberté était donc totale et le plaisir des clients primait… Lorsqu’un Bordeaux s’avérait un peu maigrelet, ce n’est autre que du vin de la vallée du Rhône, parfois du prestigieux Hermitage, qui venait l’épauler en lui apportant matière et couleur. Les vins hermitagés étaient nés. Une réalité pas seulement limitée à des domaines sans importance. Le très grand château Palmer en produisait. Il a d’ailleurs réédité l’expérience depuis 2004 en sortant régulièrement un « Historical XIXth century wine » aux 10% de syrah rhodanienne.

Mais en l’espèce, Laure et Jean-Jacques ne se sont pas inscrits dans la même tradition. Ils l’ont mise au goût du jour. Résultat ? Une cuvée baptisée « Carnivore » (29 €), symbole de l’épicurisme de ses deux parents, à l’assemblage détonnant : 55% de syrah issue de la belle cuvée de Cornas « Terres brulées » et 45% de cabernet-sauvignon en provenance directe du Clos Floridène. Laure s’amuse de cet assemblage qu’elle qualifie de « Cornas gravisé » ! Mais elle le répète à l’envi : il ne s’agit pas de la rencontre des deux cépages dans la lignée d’un Trévallon rouge aux Baux de Provence mais bien « du mariage de deux terroirs ». Le gore (granit de Cornas) et le calcaire de Barsac. Au final, la dégustation déroute mais le vin s’avère charmeur, oscillant entre droiture et folie épicée. Une rareté (600 bouteilles) en appellation « vin de France » qui témoigne de l’esprit jeune et vif de Laure et Jean-Jacques. La preuve que le vin est avant tout question d’amusement, même s’il est teinté d’un professionnalisme sans faille derrière. Chapeau les artistes !