Ci-dessus : Olivier Bonville et Ferdinand Ruelle-Dudel
Ci-dessus : Olivier Bonville et Ferdinand Ruelle-Dudel

Le champagne Franck Bonville débute l’année en fanfare en nous proposant six nouveaux millésimes sur sa gamme de neuf cuvées ! Terre de Vins est allé rencontrer ce vigneron d’Avize, et vous présente ses champagnes savoureux qui offrent une porte d’entrée idéale pour découvrir trois grands crus mythiques de la Côte des blancs.

Grâce à un domaine de 15 hectares, tout vigneron qu’il est, le champagne Franck Bonville peut s’offrir une gamme aussi large et construite que celle d’une grande maison. Avec une particularité, celle d’être exclusivement spécialisé dans le chardonnay sur un terroir très resserré, celui de trois grands crus de la Côte des blancs : Avize, Oger et le Mesnil-sur-Oger. La seule trace de pinot noir se trouve dans le rosé (10%), et rentre dans les 5% de raisin que les RM ont le droit d’acheter… L’histoire remonte au grand-père qui ne voulait pas cultiver de vignes à plus d’une journée à cheval. C’est lui qui, faute d’acheteur pour son raisin pendant la crise des années 1930, a décidé d’élaborer son propre champagne en rachetant les très belles caves voûtées du XIXe siècle et le pressoir de la Maison Aubert.

En ce début d’année, le domaine géré par son petit-fils Olivier a renouvelé six millésimes. Il y a d’abord les trois monocrus (50€), Pur Oger, Pur Avize et Pur Mesnil, dont la marque sort la deuxième édition, 2014, en mai, pour remplacer 2012. L’année est moins connue en Champagne mais réserve de belles surprises. Les mois de juillet et août froids et pluvieux n’auguraient rien de bon mais le mois de septembre caniculaire avait permis au raisin d’atteindre une belle maturité.

Pur Oger, Pur Avize et Pur Mesnil

L’étude de la composition des sols sur ces trois crus nous laisse déjà envisager des expressions très différentes. Sur les parcelles du Mesnil, la craie est presque affleurante. À Avize, le sol est un peu plus épais, entre 1 mètre 20 et 1 mètre 80. À Oger, où les vignes se situent dans un creux, l’érosion a accumulé beaucoup de terre et les racines ne voient presque pas la craie. En dégustant, on constate effectivement que Pur Oger est plus gourmand, avec un côté un peu vanillé, tout en déployant une jolie palette de fruits exotiques, y compris des notes de banane.

Le Pur Avize, village où Franck Bonville possède 50 parcelles différentes, nous oriente vers davantage de fraîcheur, avec toujours ces arômes exotiques, de l’ananas, de la banane, des pointes citronnées, de la poire, bref un vrai bonbon arlequin acidulé, et en même temps davantage de minéralité, une certaine salinité.

En revanche au Mesnil, c’est une vraie surprise. On s’attendait, compte tenu du sol crayeux, à trouver une minéralité très affirmée et quelque chose d’assez austère. En réalité, les vignes ont été pour partie plantées dans les années 1960 et pour l’autre attaquée par le court-noué, si bien que les rendements sont très faibles. Cela favorise une maturité prononcée et apporte une chaleur au vin qu’on ne retrouve pas sur Avize et Oger. Le tirage liège (également employé sur les deux autres cuvées) donne aussi un caractère crémeux. Le nez est certes minéral, avec de la pierre à fusil, mais la bouche est assez gourmande avec une touche finale mentholée très rafraîchissante.

Tout juste mis sur le marché, on trouve également le millésime Grand Cru 2014 qui succède au 2013 (39€). On rejoint davantage le style habituel de la marque, avec de la richesse, un peu de gras, pour un résultat sans doute plus consensuel et moins élitiste : un nez minéral et droit, une bouche avec des fruits confits, du pain d’épice, du réglisse… Alors que les trois purs étaient sur une légère réduction, on aborde quelque chose de plus oxydatif, plus ouvert.

Retour sur le millésime 2013

Et si vous voulez comparer avec 2013, Franck Bonville vient de mettre le millésime sur le marché en Extra Brut (dosé à 2,5g, 40€). « 2012 était opulent et riche, tous les curseurs étaient à fond. 2013 a une évolution plus lente, on retrouve beaucoup de fraîcheur, mais pas une fraîcheur citrique, quelque chose de plus élégant. On n’avait pas envie d’être dans la mouvance des extra bruts citrons trop frais, on trouve plus conforme à notre identité un extra brut avec un vin qui a déjà un peu plus de corps. Il fallait six ans de cave pour cela. C’est la raison pour laquelle on exige une année de plus par rapport au Millésime Grand Cru : le dosage plus faible nécessite un vin plus vieux ». Dernière nouveauté, la sortie du millésime 2013 pour la cuvée Les Belles Voyes vinifiée sous bois. Il s’agit de la première parcelle historique achetée par les grands-parents à Oger. Avec ses 80 ares, la surface exacte pour faire un marc de 8000 kilos, elle était prédestinée ! « Sur ce champagne, c’est le toucher qui est extraordinaire, on ne sent pas le bois, en revanche il donne une onctuosité magnifique. Ce qui est étonnant avec le fût et un peu contre intuitif, c’est qu’on gagne en fraîcheur et en élégance ! » (68€)

www.champagnebonville.fr