(photo J.W. Boisson)
(photo J.W. Boisson)

Deux nouveaux produits et une explication. Laurent-Perrier a dévoilé hier son millésimé 2008, ainsi qu’un tout nouveau blanc de blancs, construit en brut nature. Quant aux bouteilles Grand Siècle, elles font désormais l’objet d’un décryptage.

Ce n’est pas une mais trois nouveautés que le Champagne Laurent-Perrier a dévoilé hier à la presse. « L’innovation est au cœur de nos vins », a repris en leitmotiv le chef de caves Michel Fauconnet, rappelant que la croissance de la société à partir des années 60, sous l’égide de Bernard de Nonancourt, était la résultante de cuvées sans équivalent, citant Grand Siècle (1959) première cuvée de prestige non millésimée, le premier rosé 100 % pinot noir de macération (1968) ou l’ultra-brut (1976) alors même que la catégorie non-dosé n’existait pas en Champagne.

« Dès le début, Bernard de Nonancourt avait la vision de vins frais, élégants et apéritifs que l’on pouvait déguster à tout moment [NDLR : innovant dans les années 50-60 où l’on buvait le champagne en dessert !]. Il voulait mettre le chardonnay au cœur du brut ; une position que tenaient peu de maisons à l’époque. Pour faire ces vins là, il a fallu chercher des chardonnays précis et acquérir la technique dans les chais [NDLR : travail en inox, vinification à basses températures, protection de l’oxygène…]. »
Après le tournant des années 2000, Laurent-Perrier commence à accroître son approvisionnement en raisins, portant ses achats dans plus de 100 communes différentes. Au total, il constitue aujourd’hui un approvisionnement de 1500 ha, dont 150 ha du vignoble propre Laurent-Perrier et 300 ha exploités sous contrat. A partir de ces approvisionnements et donc des chardonnays qu’ils contienent, la définition du brut s’affine peu à peu pour devenir en 2017 La Cuvée.

Création d’un blanc de blancs

Ce 25 avril 2019, un nouvel étage a été porté à la fusée, avec la création d’un blanc de blancs. « C’est un champagne que nous n’avions pas dans la gamme alors même que le chardonnay nous est identitaire, note Michel Fauconnet. Mais dans l’esprit Laurent-Perrier, nous avons sélectionné les crus secteur par secteur, avec une idée très précise : les raisins de Villers-Marmery pour le côté ciselé et tendu ; Tours-sur-Marne pour l’amplitude ; Rilly-la-Montagne pour les notes citronnées ; Cramant pour le crémeux ; enfin certains autres crus de la côte des Blancs pour le travail de finale nette et vive ».
Et là – surprise ! -, l’inventeur en 1981 de l’ultra-brut réitère son choix avec un blanc de blancs non dosé. Parti-pris certain que de sélectionner le raisin le plus tendu de la Champagne et d’y adjoindre un modus operandi qui ne permet d’arrondir aucun angle ! De fait, la tension est très présente, surtout à l’attaque et en fin de bouche, mais l’élevage et l’assemblage (une base de la vendange tendue 2012, mais tout de même 40 % du solaire millésime 2009 pour assouplir l’ensemble et lui apporter du volume) donnent à ce blanc de blancs une nouvelle définition. Un vin ultra-rafraîchissant qui appelle tous les apéritifs, fruits de mer, carpaccios et ceviches de poissons et autres produits crus et salins (72 €).

Millésimé 2008

Deuxième acte révélé ce 25 avril, le millésimé 2008. L’habillage a été revu dans la continuité du remodelage de la gamme. L’approche est là un peu différente, à parité entre le pinot noir et le chardonnay. Et puis il s’agit d’exprimer « à la fois le style Laurent-Perrier et le caractère de l’année ».
2008, année à la météo maussade jusqu’aux vendanges, a permis au raisin de mûrir en gardant un côté frais. Une année qui a conquis le chef de caves Michel Fauconnet : « je n’avais jamais senti un côté aussi aromatique lors des fermentations. »
Voici un vin à la fois frais (notes agrumes et salines) et ample (fruits à noyau, pignon finement grillé) avec un remarquable crémeux de mousse, et pourtant toujours un fil de tension de citron yuzu ! Une réussite absolue de Laurent-Perrier pour un des meilleurs rapport/prix (55 €) et un véritable potentiel de garde où il pourra peu à peu se confronter à des mets de volaille ou de veau (pithivier de pintade aux pistaches par exemple).

Grand Siècle fait peau neuve

Troisième et dernier acte. Plus qu’un nouveau produit, une explication. Car si la cuvée Grand Siècle a été créé en 1959 avec comme devise « Au-delà des millésimes rares, recréer l’année parfaite », aucune mention n’en expliquait le détail, ni n’indiquait les 3 années différentes qui entraient dans sa composition. « Il y a une demande des sommeliers et des collectionneurs qui ont besoin d’avoir une référence, reconnaît Michel Fauconnet. Avec ce nouveau système, ils pourront vivre l’expérience Grand Siècle avec plus d’informations. » D’où le choix de faire figurer sur le col de la bouteille un numéro baptisé « Itération », de la même manière que Krug nomme ses assemblages « Editions ».

La nouvelle bouteille Grand Siècle mise ce jour en marché porte ainsi le N°24 sur sa colerette (128 €). Il s’agit de la 24e itération, en d’autres termes la 24e fois qu’un Grand Siècle est produit. Un coup d’œil au site internet permet d’apprendre qu’il s’agit d’un assemblage des vendanges complémentaires 2004, 2006 et 2007 et d’un assemblage 55% chardonnay, 45% pinot noir de 11 des 17 grands crus de la Champagne, avec leur détail.

Dans le même temps, est commercialisée une version uniquement magnum de Grand Siècle itération N°22 (vendanges 2004, 2002, 1999 ; 260 €). Enfin, emboîtant le pas de la création de valeur, Laurent-Perrier choisit de remettre en marché certains grands flacons (magnums et jéroboams) de Grand Siècle conservés dans ses caves après une période de vieillissement supplémentaire. Etiquette ouvragée en métal, col fermé façon « couture », cette itération baptisée « les Réserves » joue l’ultra-luxe (1350 €). Il s’agit aujourd’hui de l’itération N°17 (années 1995, 1993, 1990).