Accueil Champagne: vignerons et maisons s’accordent pour faire le plein de raisin !

Champagne: vignerons et maisons s’accordent pour faire le plein de raisin !

Auteur

Yves
Tesson

Date

20.07.2022

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C’est le baromètre de la Champagne, comme chaque année le président du Syndicat général des vignerons et le président de l’Union des Maisons de Champagne se sont entendus sur le rendement commercialisable, avec pour cette vendange 2022 une nette hausse et un système astucieux de crédit…

En Champagne, sauf accident, la vendange s’annonce sous les meilleurs auspices puisque le rendement agronomique devrait s’établir autour de 14.500 kilos hectare. S’ajoute un contexte économique favorable, avec un premier semestre en forte hausse (+13,8%) par rapport à la même période l’année dernière, et à fin juin « sur douze mois glissants », des ventes qui s’élèvent à 336 millions de bouteilles. On anticipe un atterrissage à la fin de l’année davantage autour de 320 millions, compte tenu d’un ralentissement probable.

Malgré les difficultés économiques mondiales qui se profilent à l’horizon et l’inflation, David Chatillon, le président de l’Union des Maisons de Champagne reste optimiste : « Le confinement a fait apparaître de nouveaux modes de consommation à domicile, moins formels, qui perdurent, cela s’accompagne de l’intérêt de nouveaux consommateurs, plus jeunes. Nous exportons aussi vers des marchés qui sont moins impactés par la crise actuelle que l’Europe et nous sommes sur un produit dont les consommateurs sont moins sensibles à l’inflation que d’autres ». C’est fort de ce constat que vignerons et négociants se sont entendus sur un rendement commercialisable de 12.000 kilos, un sommet jamais atteint depuis quinze ans. Globalement, ce niveau de rendement équivaut à une production de 330 millions de bouteilles, qui permettra à la fois de suivre l’évolution de la demande et de reconstituer les stocks passés de 3,8 années à 3,5 années.

En 2021 où le rendement agronomique moyen était tombé à 7500 kilos, le système de la réserve interprofessionnelle avait été d’une grande aide aux vignerons, mais avait aussi montré ses limites. Ainsi, selon Maxime Toubart, 940 récoltants n’avaient pas pu atteindre, faute d’une réserve suffisante, les 10.000 kilos commercialisables. Les deux syndicats ont donc imaginé un nouveau système encore plus souple qui sera d’autant plus utile à l’avenir que le dérèglement climatique pourrait entraîner des vendanges de plus en plus aléatoires. Désormais, les vignerons qui n’auront pas eu suffisamment de réserve une année, bénéficieront pour compenser leur déficit par rapport au rendement commercialisable, d’un crédit équivalent qu’ils utiliseront sur une durée de trois ans au fur et à mesure de sa reconstitution. Cette mesure aura un effet rétroactif en partant de la vendange 2021.

Enfin, vignerons et négociants, ayant pu observer l’intérêt de leur organisation collective pendant le Covid, ont décidé de renforcer l’action du Comité Champagne et son budget autour de quatre axes pour mieux anticiper encore les crises futures. Le premier défi est celui de la production, la recherche interprofessionnelle doit tout mettre en œuvre pour permettre de maintenir une offre en quantité et en qualité tout en répondant aux exigences environnementales. Le deuxième défi est celui de la régulation qui doit poursuivre son assouplissement pour mieux compenser les aléas des récoltes. Une réflexion pourrait ainsi être ouverte sur l’encadrement de l’entraide qui existe parfois entre les vignerons qui ont des excédents de récolte et ceux qui au contraire manquent de raisin. Le troisième défi est celui de la désirabilité. « On a vu pendant le confinement que les consommateurs privés de certains lieux de consommation ont été chercher le champagne là où il était, chez les cavistes. C’est dire la place qu’il a conservé dans leur cœur. Elle n’est pas acquise, elle a été conquise par 300 années d’efforts perpétuels. »

Le quatrième défi est celui de la protection, sur lequel le Comité est déjà bien engagé pour ce qui concerne la partie juridique mais qui doit aller plus loin. « Il y a aussi des enjeux d’accès aux marchés, avec des barrières tarifaires ou non tarifaires, qui viennent limiter potentiellement les exportations. Plus un nom est célèbre, plus il est contrefait, plus il est envié, et plus il est la cible de conflits géopolitiques. » Le Comité doit par ailleurs surveiller de près « les nouveaux marchés de e-commerce qui représentent 10 % des expéditions et qui sont en croissance forte. »