(photo JM Brouard)
(photo JM Brouard)

Ce Grand Cru Classé, qui fêtera l’an prochain les 40 ans de son rachat par la famille Bich, continue de progresser, d’innover et de se réinventer. Une belle réussite.

« Je vais changer mon eau en vin » ! C’est par ces paroles presque christiques que le baron Bich, père de Pauline Bich Chandon-Moët, l’actuelle propriétaire du château, présenta un jour lors d’un repas de famille ce qui allait devenir l’un des grands projets de sa vie. Après avoir vendu les parts qu’il détenait dans une société commercialisant de l’eau minérale, le baron décida un jour de 1978 de racheter une propriété de Saint-Émilion dont il était tombé amoureux : le château de Ferrand. Et l’on imagine aisément ce qui a pu conduire cet homme visionnaire, créateur de la société Bic, à être le second entrepreneur à acquérir une propriété saint-émilionnaise après Marcel Dassault en 1955. Tout ici émerveille le regard du visiteur : la bâtisse de 1702 imposante et raffinée, la vue sur une boucle de la Dordogne, les arbres tricentenaires classés du parc, les 10 hectares de bois mais aussi les grottes qui ont attiré en leur temps la cour de Louis XIV sous l’égide de Mme de Scudéry. Un lieu splendide dans lequel le baron Bich va investir massivement. Une politique continuée par Pauline et son mari Philippe Chandon-Moët qui ont décidé en 2005 de se consacrer entièrement à la propriété. D’importants travaux ont ainsi été menés, notamment la rénovation totale du cuvier et du chai en 2009. Parallèlement, une partie du vignoble a été replantée, les densités de plantation augmentées, tout comme la hauteur du feuillage des vignes. Un travail méticuleux qui va permettre au château d’obtenir la distinction tant attendue, l’entrée dans le cercle très fermé des grands crus classés de Saint-Emilion en 2012. Une consécration vécue avec humilité par Pauline qui se presse de préciser que « ce classement a été obtenu sur le travail de nos prédécesseurs. Nous ne sommes que des témoins, des passeurs ».

Second vin, œnotourisme et nouveaux travaux

Le classement du château n’est pas usurpé. La qualité des vins est tout à fait admirable, dans un style assez ferme et ample où la maturité de fruit apparaît comme fil rouge. Bon an mal an, le grand vin représente 70% des 180 000 bouteilles produites. Le solde correspond au second vin de la propriété, le Différent de château de Ferrand. Au-delà du jeu de mots, l’on est surpris de la qualité de ce vin cadet, notamment sur des millésimes aux conditions délicates comme 2013. Celui-ci présente un nez fruité teinté de réglisse et s’avère rond et suave quoiqu’encore un peu serré en bouche. Un symbole de l’évolution qualitative de la propriété. Plus accessible que le grand vin avec son pourcentage de merlot plus élevé (90% contre 78%), il en est une excellente introduction. Celui-ci peut d’ailleurs être dégusté à la propriété où une magnifique salle de dégustation surplombant le chai et le vignoble a été créée.

La dynamique œnotouristique n’est ici pas un vain mot puisqu’une équipe de jeunes sommeliers trentenaires officie pour les dégustations. Le château propose aussi de nombreuses formules autour de la gastronomie, avec la possibilité de déguster, selon les envies, des plats signés par 5 grands chefs dont l’exceptionnel Alexandre Bourdas ou le talentueux Thomas Brasleret. Cette envie d’aller toujours de l’avant trouve cette année écho dans les nouveaux travaux initiés par les propriétaires et qui devraient s’étaler sur 2 ans. L’intérieur et l’extérieur du château et des dépendances vont être rénovés sur les conseils d’un grand architecte français et avec l’aide d’entreprises locales. Une continuation du passé fidèle à l’œuvre du baron Bich qui, s’il n’avait jamais oublié son Val d’Aoste natal qu’il avait fui, œuvrera toute sa vie durant au rayonnement de la France. Château de Ferrand continue, aujourd’hui encore, d’y contribuer.