Ce grand cru classé de Saint-Émilion est, depuis 2004, entre les mains d’un couple de Californiens, Denise et Stephen Adams. En un peu moins de vingt ans, ils ont converti le vignoble au bio, à la biodynamie, et l’ont hissé parmi les valeurs sûres de l’appellation.

Bordeaux a toujours été une terre d’accueil pour les investisseurs venus d’ailleurs et nombreuses sont les belles histoires familiales qui se sont écrites sur plusieurs générations dans le vignoble girondin en ayant leur point de départ sous d’autres latitudes. Saint-Émilion n’est pas en reste. Par sa capacité à faire rêver, par son seul nom, les amateurs du monde entier, l’appellation de la rive droite a toujours attiré de nouveaux propriétaires qui n’étaient pas « du cru » – et non, on ne parle pas seulement des Corréziens – mais se sont adaptés aux lieux pour en devenir, quelquefois, les plus fervents ambassadeurs.

Le château Fonplégade en est un brillant exemple. Cette propriété de 18 hectares à l’histoire ancienne et passionnante (son nom vient ainsi de la fontaine du XIIIème siècle qui coule encore au cœur du vignoble, « Fonplégade » signifiant « fontaine d’abondance ») est acquise en 2004 par Denise et Stephen Adams, un couple de Californiens passionnés de culture et d’art de vivre à la française – Stephen est diplômé en littérature et civilisation américaines à l’université de Yale, ainsi que d’un MBA de l’école supérieure de commerce de Stanford ; Denise est titulaire d’un diplôme de premier cycle universitaire en histoire de l’art et éducation artistique de l’université de Kent State, et d’une maîtrise en arts de l’université du Connecticut. Venus à Saint-Émilion pour leur voyage de noces, ils tombent sous le charme du village, du vignoble, et lorsqu’au cours de l’un de leurs séjours ils apprennent que Fonplégade est à vendre, ils décident de franchir le pas et de devenir vignerons.

Le choix du bio et de la biodynamie

Un changement de vie qui, depuis près de vingt ans (et hors période de pandémie de Covid-19), les amène à partager leur vie entre la Californie – où ils ont fait, en 2008, l’acquisition d’un vignoble baptisé Adamus, sur les coteaux de Howell Mountain dans la Napa Valley – et la Gironde, où ils viennent plusieurs fois par an, privilégiant de longs séjours. Pour les Adams, Fonplégade n’est pas un investissement, c’est l’histoire d’une vie : entretenant des rapports quasi familiaux avec les membres de leur équipe, investis dans chaque décision qui concerne le vignoble, ils ont, dès l’acquisition de la propriété, investi lourdement pour moderniser tout l’outil technique, développer l’hospitalité (l’offre œnotouristique est un parfait mariage entre le sens de l’accueil « à l’américaine » et « à la bordelaise »), et rénover le château du XIXème siècle dominant le coteau, allant même jusqu’à rebâtir à l’identique, en s’inspirant des anciennes étiquettes, l’une des tours détruite par un incendie il y a plus d’un siècle.

Surtout, Denise et Stephen Adams ont décidé de convertir, dès 2010, le vignoble à l’agriculture biologique. Après une certification obtenue en 2013, ils ont décidé d’aller plus loin en s’orientant vers le biodynamie à partir de 2017 – pour une certification Biodyvin obtenue en 2020. Cet engagement environnemental, qui vaut aussi pour leur propriété californienne, se veut total, puisqu’ils ont transformé l’un des bâtiments adjacents au domaine en « mini-ferme » abritant les plantes pour les préparations biodynamiques, une basse-cour, mais aussi six moutons qui assurent la tonte naturelle – et l’amendement – du vignoble au cours de l’année. Fonplégade, c’est un petit écosystème à part entière, où l’on cultive un certain sens du partage et de la fraternité, comme en témoignent Hakima Dib, qui co-dirige le château avec Mme Adams depuis 2019 après l’avoir rejoint dès 2013, et le directeur technique Romain Gonzalez.

Un futur Premier grand cru classé ?

Le goût du collectif et le sens du travail en équipe, c’est toute une culture que les Adams s’attachent à entretenir à chacun de leurs séjours dans le Bordelais. C’est aussi une ambition, celle qui les a amenés à déposer deux dossiers pour le prochain classement de Saint-Émilion : un pour conforter leur position de grand cru classé, l’autre pour postuler à une reconnaissance en Premier grand cru classé. Un scénario pas si invraisemblable : compte tenu des investissements consentis depuis 18 ans, de la qualité du terroir (on se situe sur le plateau de Saint-Émilion, au côté de Quintus et Bélair-Monange, à un jet de pierre de Canon) et de la superbe régularité des vins, comme en atteste une mini-verticale sur les millésimes 2019, 2020 et 2021 en primeurs, Fonplégade a de sérieux arguments pour se hisser parmi l’élite du classement. En attendant le verdict, en septembre prochain, toute l’équipe a déjà la tête aux futurs projets, notamment une nouvelle rénovation du cuvier, afin d’aller encore plus précisément dans le parcellaire au moment des vinifications et de continuer à varier les contenants – barriques, œufs béton, amphores – au moment des élevages. Se reposer sur ses lauriers pour regarder les trains passer, se n’est pas non plus dans l’ADN américain.

« Terre de Vins » aime :
Château Fonplégade 2019 (90% merlot 10% cabernet franc) : nez aérien et floral, de la délicatesse sous laquelle se perçoit la juste maturité. Une palette aromatique convoquant surtout le fruit rouge frais, avec une subtile touche d’épice. La bouche est droite et soyeuse, dessinant des tannins tout en finesse, à la sucrosité maîtrisée et à la texture ciselée. L’ensemble est souligné par une jolie salinité et de fins amers en finale.
Château Fonplégade 2020 (90% merlot 10% cabernet franc) : de l’intensité, de la profondeur, de la densité. On devine une puissance retenue dans ce nez complexe et camphré, aux notes atramentaires et légèrement maritimes. La bouche est tonique, pleine, juteuse, irriguée par une belle minéralité qui tient le vin et propulse sa chair onctueuse. Encore une belle définition de tannins, une grande finesse sous l’opulence.