Le Château Pontet-Canet a révélé le nom de son nouveau directeur technique. Il s’agit de Mathieu Bessonnet. C’est une succession dans la continuité ; il était le second de Jean-Michel Comme, qui vient d’annoncer son départ de la propriété. Portrait du nouveau gardien du temple biodynamique du Grand Cru Classé 1855 de Pauillac.

Mathieu Bessonnet a baroudé. Il n’a pas été retrouvé dans un couffin dérivant sur un ancien marais pauillacais truffé de roseaux. Il a eu une vie avant Pontet-Canet. Elle se comprend d’abord autour d’un déclic intervenu lors d’un cours de biologie en Prépa à Bordeaux. “J’avais un prof de géographie passionnant, on a fini l’année en faisant une dégustation de vins, avec différentes expressions des terroirs ; je suis tombé amoureux, il y avait à la fois de l’observation, de la science et des traditions”, raconte Mathieu. Il est mordu. Millésime 81, natif de Pessac, petits-fils d’ouvriers agricoles, Mathieu Bessonnet fonce vers un diplôme d’ingénieur viti-œno en dressant son bâton de pèlerin vers le titre d’œnologue. Il passe le début des années 2000 à Toulouse et effectue des stages dans l’Entre-Deux-Mers (Château Bonne Espérance), au Maroc (Thalvin) et à Listrac (Château Fourcas-Hosten). Bessonnet s’envole ensuite pour l’Australie où il découvre la biodynamie. Nous sommes dans le domaine de Sutton Grange, Mathieu apprend aux côtés de l’œnologue Gilles Lapalus. Deuxième déclic. Six mois plus tard, il atterrit en Sicile dans une propriété (Cantina Di Giovanna) également conduite sous les préceptes de Steiner. “C’était magique, je reste aussi six mois avant de rentrer en France en 2006 au Château Couronneau, juste à côté de la propriété d’un certain Jean-Michel Comme, le Château du Champ des Treilles…”, souligne Mathieu Bessonnet. Mais ils ne se rencontrent pas. Toutefois, le domaine est en biodynamie, Mathieu fait une saison complète dans les vignes et déniche un poste au Château Le Bon Pasteur, la propriété de Michel Rolland à Pomerol. Bessonnet est dans les petits papiers.

C’est tout Comme

Non loin, à Saint-Émilion, le Château de Pressac lui ouvre ensuite ses portes avec un poste de directeur technique. En 2012, il a encore des fourmis dans les jambes et il ne résiste pas à un appel de l’aventure en Arménie. Une grosse structure : Armenia Wine. Mathieu vit avec sa compagne Edyta et leur fils Gabriel. L’expérience est fantastique, il enclenche la conversion bio. Après 3 ans passés au pays de Khachadour Abovian, il met le cap vers Michel Chapoutier et devient directeur des entités en Alsace, dans le Beaujolais, en Provence, en Ribera del Duero, au Portugal et en Australie. “C’était passionnant, j’ai beaucoup apprécié l’exigence de Michel ; au bout de quelques années, la région de Bordeaux m’a manqué et je voulais revenir plus près de la vigne car chez M. Chapoutier je passais d’un vignoble à un autre”, souligne Mathieu. Bordeaux, biodynamie… Plusieurs rencontres s’opèrent avec Jean-Michel Comme. Le courant passe. Il devient son second. “On partage des choix forts, les chevaux, le non rognage, j’entendais parler de Pontet-Canet depuis 2007, et puis il a pris sa décision de partir mais il m’a assuré qu’il continuerait à se rendre disponible. Avec Justine [Tesseron], nous allons poursuivre l’œuvre”, conclut Mathieu.