Château Pouget, quatrième cru classé en appellation Margaux, fait peu parler de lui et c’est en toute discrétion qu’il fait son chemin. Et voici que Duclot, négociant réputé de la place de Bordeaux, a contractualisé en 2016 avec la propriété et commercialise son premier millésime, le 2018. Une nouvelle stratégie de la part du château ?

A Pouget, tout est d’abord une affaire de famille. Lucien Guillemet est officiellement à la tête de la propriété mais c’est Olivier Salques, son neveu, qui co-dirige le château Pouget avec lui, mais aussi son voisin Boyd-Cantenac (troisième cru classé en appellation Margaux), et nous reçoit aujourd’hui. Les étiquettes n’ont pas beaucoup d’importance dans la famille, ce qui compte c’est le travail que l’on fait.

Une communication quasi absente

Olivier Salques explique : « On n’est pas dans le démonstratif. Ni dans une mise en avant ou de mise en scène des lieux et de la famille. Nous ne sommes dans une dynamique de communication. Ce qui fait que l’on nous trouve discret. Rien à l’aune des standards actuels ».
Mais alors cette absence de communication pénalise-t-elle la notoriété et les ventes de la propriété ? Olivier Salques répond calmement : « on arrive à exister sans cela car la place de Bordeaux fonctionne. Notre stratégie commerciale est d’être fidèle à cette place de Bordeaux. Notre dynamisme s’appuie sur nos négociants et on vient juste incarner l’authenticité en accompagnement de nos négociants lorsqu’ils le souhaitent. On travaille en partenariat avec eux. En fait, on apporte qui est derrière la bouteille ». Une stratégie commerciale épurée, loin d’une volonté d’influencer l’amateur. Mais quelles sont les raisons d’avoir contractualisé avec un deuxième négociant ? « Nous avons ouvert des exclusivités avec deux négociants, Mestrezat depuis 2008 et Duclot à partir de 2016 ». Duclot et Mestrezat se partagent donc la commercialisation de Pouget. « Deux maisons qui sont complémentaires », précise Olivier Salques. « C’est sans doute le bon format pour Château Pouget. Duclot est très présent sur le réseau des cavistes et sur internet. Mestrezat a développé des marchés mâtures depuis 2008 », notamment à l’export (71% du chiffre d’affaire).

Ce qui intéresse Olivier Salques, c’est d’éviter la grande distribution. « Pouget ne souhaite pas une distribution en GD. On privilégie les cavistes et les restaurateurs ». Et de préciser : « aucun de nos deux négociants n’a de stratégie en GD ». Sur les raisons de ce souhait, il s’explique : « Nous avons de trop faibles volumes pour la GD, nous n’avons que 10 hectares de vigne, et nos marchés les plus dynamiques sont à l’étranger et notamment en Asie (Chine et Asie du sud-est). Ce sont ces marchés auxquels on souhaite répondre ». En outre, « les opérations ponctuelles dans des chaînes de GD ne nous semblent pas opportunes ».
Sans trop développer cette mise à l’écart de la GD, Olivier Salques conclut avec habileté mais aussi lucidité sur cette question de la communication : Pouget est dans une « discrétion relative ». Et si Pouget ne voit pas l’utilité de développer sa communication c’est que, peut-être, la qualité de ses vins est son premier ambassadeur.

L’identité des vins de Château Pouget

Olivier Salques décrit « un terroir classique de croupes de graves, proche du château Kirwan avec des parcelles imbriquées. Tout cela sur une des croupes principales de l’appellation Margaux ». Et lorsqu’on se promène aux abords du château, on ne manquera pas d’être étonné par des vignes marcottées. Une aste a été plantée dans le sol et devient un pied de vigne, un pied franc comme on dit dans le jargon, mais un pied toujours relié à son pied mère par son cordon ombilical (l’aste), ce qui le protège du phylloxera, entre autres. Si on coupe le cordon, alors le pied devient vulnérable. Étonnant.
« On utilise les méthodes de conduites classiques : 10 000 pieds /ha. Une taille médocaine assez rigoureuse ». Rien de saillant ou d’original. Par contre, on sera surpris du « rendement de 35 hl/ha actuellement. C’est un rendement relativement faible ». On ajoutera que le vignoble est assez âgé ; quelques parcelles datent de la replantation suivant le gel destructeur de 1956. Ces 4 facteurs, pauvreté du sol de graves, densité de plantation, taille rigoureuse, vigne ancienne, sont les ingrédients « d’un potentiel qualitatif élevé du raisin ».

Dans le verre

« Tout cela permet d’avoir des raisins concentrés et donc des vins très solides, structurés. On peut faire des macérations longues tout en extrayant une matière fine : une macération douce sans trop de remuage ». Et c’est sans doute ce tandem solidité et matière fine qui caractérise les vins de Pouget. « On est dans le classicisme margalais. Un vin typique », conclut Olivier Salques.
Mais, pour caractériser mieux le vin de Pouget, le directeur général ajoute : « nous sommes sur une trajectoire de diminution du pourcentage de barriques neuves car il faut du temps pour intégrer la dimension aromatique de la barrique ». C’est sans doute plus compatible avec le goût actuel du consommateur. Olivier Salques précise que « les premières notes d’évolution apparaissent vers dix ans d’âge. Il vaut mieux attendre ce premier palier avant de déguster notre vin. Un vin qui a moins de barrique neuve pourra être bu un peu plus jeune ».

Comme pour illustrer le travail précis du château, Olivier Salques se plaît à dire : « on connait les origines de nos bois, on travaille avec un seul tonnelier qui goûte chaque année nos barriques par cépage. On étudie quelle combinaison bois/chauffe. Il y a un effet millésime, c’est certain mais il y a aussi une variation palpable sur le bois, même sur une même forêt. Cela rend l’exercice difficile ».
Si certains amateurs ont du mal à situer Château Pouget sur la cartographie médocaine, une rencontre et une dégustation les convaincront qu’il n’y a pas qu’une seule manière de faire exister un château et que parfois la discrétion vaut mieux que tous les effets de communication.