Le premier salon mondial des vins bio était implanté en Languedoc-Roussillon depuis 1993. Concurrence internationale, multiplication des salons, resserrage des agendas, Millésime Bio a choisi de partir loin de Vinisud qui a annoncé des dates concurrentes pour l’édition 2017.

Connaissez-vous Vinisud et Millésime Bio ? En 2016, ces deux salons réservés aux professionnels du vin approchaient les vingt-cinq ans de coexistence pacifique, faisant – chaque année et en alternance – de Montpellier le centre gravitationnel du monde du vin entre janvier et février. Les professionnels du vin venaient du monde entier dans la capitale héraultaise déguster les vins bio du monde à Millésime Bio et les vins méditerranéens à Vinisud. Enfin, venaient…

Février 2015 : Vinisud, le salon professionnel consacré aux vins du Sud (entendez vins venus de tout le pourtour méditerranéen, Languedoc et Roussillon, bien sûr, mais aussi Rhône, Provence, Italie, Espagne, Grèce, Liban…) annonce une révolution stratégique. Non seulement le salon devient annuel (il avait lieu jusque là tous les deux ans) mais ses dates (habituellement fin février) sont avancées de deux semaines. Objectif affiché : mieux concurrencer Prowein, le salon international de tous les vins du Monde qui se tient tous les ans fin mars à Düsseldorf.

Pour les vins du Sud, porteur d’une image et d’une production de vins d’été (rosés bien sûr, mais aussi blancs et rouges légers), fin mars c’est tard dans la saison commerciale, fin février c’est limite. Avancer la date du salon Vinisud de quinze jours à mi-février avait donc du sens. Mais cette décision faisait une victime collatérale. Millésime Bio, le salon international des vins bio, leader mondial dans ce marché en forte croissance, avait lieu depuis 1993 tous les ans fin janvier à Montpellier. A quinze jours d’écart, Vinisud prenait donc le risque de phagocyter Millésime Bio plus que d’inquiéter Prowein.

Les responsables de Millésime Bio s’en sont inquiétés dès 2015. Après l’édition 2016 des deux salons en février, silence, puis depuis fin mai, à quinze jours d’écart, on passe du plein soleil à la tempête. Le 30 mai, Vinisud annonce avoir changé ses dates : le salon aura lieu les 29-30 et 31 janvier 2017 au Parc des Expositions de Montpellier, « ainsi les acheteurs internationaux pourront optimiser leur venue à Montpellier en participant à la fois à Vinisud et à Millésime Bio ».

Oui mais Millésime Bio avait annoncé depuis longtemps que sa propre édition 2017 se tiendrait les 30-31 janvier et 1er février au même Parc Expo. On va agrandir le Parc Expo pour les 30 et 31 janvier ? Ou y a-t-il quelque chose de pourri au royaume des salons du vin ? « Chaque salon gardera son identité et son autonomie, installées depuis plus de vingt ans (1993 pour Millésime Bio, 1994 pour Vinisud), en espérant qu’à terme des collaborations verront le jour (…) Les membres du Conseil d’Administration de Vinisud y sont très favorables », expliquait Fabrice Rieu, Président de Vinisud dans son communiqué, se voulant rassurant et constructif.

Ce 14 juin, patatras ! Un nouveau communiqué tombe : Millésime Bio déménage à Marseille. SudVinBio, organisateur de Millésime Bio, explique avoir consulté ses exposants sur l’éventualité d’un rapprochement de dates entre Vinisud et Millésime Bio, se déclarant favorable à un Vinisud placé immédiatement avant ou après Millésime Bio… Mais certainement pas pendant et au même endroit. Dans la foulée, le 30 mai, donc, Vinisud aurait donc cependant et « unilatéralement » annoncé ses dates des 29-30-31 janvier 2017 au parc des Expositions de Montpellier, en conflit d’agenda avec les dates de Millésime Bio.

Alors Millésime Bio déménage, contraint et forcé précise le communiqué, « Vinisud s’étant montré inflexible sur ses dates communiquées à ses exposants ». Et hors-région, « malgré le soutien de la Région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées à Millésime Bio » précise le communiqué. SudVinBio, le salon part en Provence et aura lieu du lundi 30 janvier au mercredi 1er février au Parc des Expositions… de Marseille-Chanot.

Une conférence de presse est prévue le 16 juin au matin pour préciser les modalités du déménagement. En attendant les producteurs s’interrogent. Que choisir ? Pour les bio comme John Bojanowski au Clos du Gravillas, ce sera Millésime Bio : « un salon c’est avant tout un rendez-vous avec des clients existants. C’est peut être le moment de se demander si les gros salons sont réellement un endroit pour prospecter de nouveaux clients et surtout pour VENDRE. Ce chambardement est peut-être une opportunité de renouveler Millésime Bio, peut-être allons-nous rencontrer de nouveaux clients à Marseille, être moins inquiétés par la concurrence des salons off ?… En tous cas les modèles de prospection sont à réinventer et les rencontres avec les acheteurs organisés par des organismes comme Sud de France semblent plus adaptés que les gros salons pour la rencontre efficace de nouveaux clients. »