(photo Quentin Petit - Sud-Ouest)
(photo Quentin Petit - Sud-Ouest)

Au lendemain du gel qui a frappé le vignoble, les vignerons de l’AOC Cognac font les comptes alors que l’eau-de-vie charentaise cartonne dans le monde entier.

La date du 21 avril 1991 résonnait comme un réel traumatisme dans la campagne cognaçaise alors que le gel amputait près d’un tiers de la production ; il faut y ajouter désormais la tristement célèbre nuit du 27 avril 2017. C’est toujours le sort qui s’abat, le ciel qui tombe sur la tête pour les vignerons touchés. « Je suis en vacances au Japon, je n’ose y penser, que vais-je trouver à mon retour ? », s’alarme sur les réseaux sociaux un viticulteur en Petite Champagne, le second cru de l’AOC. Un collègue lui répond que chez lui « les vendanges sont faites », formule laconique stigmatisant la sensation d’abattement qui domine. En se baladant dans la campagne quelques jours après la terrible gelée, on peut voir des parcelles qui sont vertes et d’autres qui noircissent. Toujours dans ce genre de catastrophe naturelle, c’est au petit bonheur la chance : « En faisant le tour des propriétaires, les dégâts sont différents, certains ont été très touchés, d’autres sont épargnés », explique Olivier Paultes, le directeur des distilleries de la maison Hennessy. Les chiffres qui circulent restent édifiants, le journal Le Point parle de 80% de la Grande Champagne qui serait affecté, sans nul doute le cru le plus touché de l’appellation sachant que la grêle avait déjà frappé en septembre dernier.

Les Fins Bois autour de Barbezieux ont aussi morflé. En allant vers la côte et l’estuaire, les températures semblent être moins descendues en dessous de zéro. Au Château de Beaulon, Christian Thomas a perdu environ 10% de la future récolte : « Une dizaine d’hectares ont été touchés, pas les coteaux, mais surtout dans les bas et les zones privées d’air, certains ont connu pire, je vais à une réunion ce soir pour en savoir un peu plus », souligne-t-il. En tout, 25 000 hectares sur les 75 000 hectares ont été plus ou moins atteints. Pour certains jeunes viticulteurs qui ont emprunté de fortes sommes aux banques, le coup risque d’être rude. Des demandes d’aides financières au Gouvernement devraient avoir lieu dans les prochaines semaines, une fois le bilan bien établi. Il y a aussi la réserve climatique pour ceux qui l’ont constituée qui peut amortir quelque peu les pertes. Enfin, les assurances vont sortir les prudents de l’impasse. « Dans mon portefeuille, autour d’un viticulteur sur 10 prend cette garantie multirisque récolte qui doit être légalement signée avant le 28 février », explique un agent basé à Jonzac avant d’ajouter : « Ça va sauver des jeunes qui viennent de s’installer ». Toujours est-il, alors que le marché du cognac bat son plein, cette gelée de 2017 pénalise sévèrement la viticulture. Reste à savoir si le négoce a les stocks pour supporter ce manque, si les cours vont monter, si les vignerons vont surmonter ce 27 Avril ?