Le cognaçais n’échappe pas à la loi de la canicule avec des vendanges précoces qui s’effectuent sur l’ensemble de l’appellation. Laurent Vallet, propriétaire du Château Montifaud, nous fait prendre le pouls de cette récolte particulière.

Cette année, le BNIC a conseillé de vendanger très tôt, avez-vous suivi ce conseil ?

Oui tout à fait. Mais cette année, je ne me suis pas posé la question. En effet, nous avons subi l’orage de grêle du mois de juin. La conséquence a été une accélération de l’ensemble des paramètres : augmentation du TAVP (Titre Alcoométrique Volumique Potentiel ) et du pH, diminution de l’acidité. Nous avons donc commencé dans les premiers le 7 septembre.

En quelques mots, pouvez-vous nous décrire ce millésime caniculaire 2022 ?  

A la vue et dégustation des premiers vins, nous avons trop de degré et pas assez d’acidité. Les vins vont avoir du mal à se conserver. Il va falloir commencer à distiller très tôt et j’ai peur que les eaux-de-vie soient lourdes… Nous essaierons d’adapter les paramètres de distillation et, malheureusement en contrepartie, nous allons un peu neutraliser l’eau-de-vie.

Est-ce une année pour les vignobles historiquement plantés sur des sols calcaires et donc non drainants ? 

Afin que le sol calcaire puisse mieux stocker les nutriments et l’eau, il faut ajouter de la matière organique. C’est ce que nous faisons depuis 15 ans en ajoutant des engrais organiques tous les ans. De ce fait, la vigne n’a pas souffert énormément visuellement. Cependant, à l’arrivée des vendanges, on se rend bien compte que la sécheresse a eu un gros impact sur la vigne, y compris – à mon avis – sur la qualité de la récolte.

Comment jongle-t-on entre la quête de la maturité et le souci du volume ? 

Les années précédentes, il est vrai que nous étions toujours partagés entre la maturité, le volume et le degré. Parfois, on voudrait attendre la pluie pour avoir plus de volume, mais si la pluie ne vient pas, on va finalement perdre du volume. Si on attend trop, le degré monte et l’alcool pur avec, mais souvent au détriment de la qualité. Au final, je préfère me baser sur la maturité qui est atteinte avec un pH d’environ 3. C’est ce pH qui me fait déclencher mes vendanges. L’optimum se situe entre 3 et 3,20. Cette année, je ne me suis pas posé la question du volume, vu les dégâts de grêle…