Les vignerons de Rilly-la-Montagne ont mis en place un drive pour distribuer les diffuseurs de phéromones et maintenir l’effort environnemental malgré le coronavirus.

Depuis le début des années 1990, la Champagne s’est placée à l’avant-garde de la confusion sexuelle qui offre une alternative à l’utilisation des insecticides. Le principe est simple : on place chaque année dans les vignes des diffuseurs qui saturent l’air de phéromones et empêchent les papillons (Cochylis) de s’accoupler, évitant la multiplication des vers de la grappe qui perforent les raisins et favorisent la pourriture.

Une telle pratique nécessite une organisation collective. En effet, pour être performante, il faut que les surfaces soient importantes et continues, un vrai défi quand on connaît le caractère morcelé du vignoble champenois. Habituellement, les sections locales viticoles, qui centralisent la distribution des diffuseurs, réunissent un maximum de vignerons et de bénévoles le temps d’une matinée pour les poser. Des petites équipes de dix personnes se voient octroyées chacune une zone à quadriller. On économise ainsi le nombre de diffuseurs en évitant les doublons en bordure de parcelles tout en s’assurant de leur pose massive et simultanée.

Rilly-la-Montagne aux avant-postes

Cette année, le Coronavirus risque de retarder la campagne. Le Comité Champagne, avec prudence, recommande d’attendre la fin probable du confinement fin avril, début mai. Les conséquences seront limitées. On impactera sans doute moins la première génération, mais l’efficacité sera réelle sur la seconde, la plus nocive. Il propose sinon une pose individuelle. Quelques communes se sont engagées dans cette voie.

À Rilly-la-Montagne, région particulièrement concernée par le ver de la grappe, on vient de mettre au point une organisation astucieuse qui devrait permettre de procéder dans ce cru à la pose dès le 15 avril. En observant les clients des grandes surfaces qui privilégient les « drives » pour éviter tout risque de contamination, Julien Dumont s’est demandé pourquoi on n’étendrait pas ce système à la distribution des diffuseurs. Chaque vigneron devra réserver un créneau horaire et prélever ses diffuseurs à la Coopérative vinicole de Rilly. La pose sera individuelle, mais le système d’enregistrement permettra de vérifier que chacun procède bien à l’installation des diffuseurs. Pour Julien Dumont, les avantages sont conséquents : « Qui sait où en sera le confinement au mois de Mai ? Et puis, la végétation cette année est précoce, on sera déjà débordé par d’autres tâches. Peut-être que certains traiteront, il faudra alors composer avec le délai de réentrée ? Sans parler de nos fournisseurs, qui doivent garder en attendant les diffuseurs avec la crainte de se retrouver avec ces stocks sur les bras. » Séverine Couvreur, la présidente de la section, se réjouit quant à elle de cette organisation qui évitera que certains vignerons, par crainte de perdre un peu de volume, ne ressortent leurs pulvérisateurs.