(Photo JMB)
(Photo JMB)

Peut-être moins sur le devant de la scène que certaines de ses voisins également crus classés, le château Cos Labory n’en possède pas moins un magnifique terroir lui permettant d’exprimer à merveille la typicité des grands Saint-Estèphe.

Pas évident d’arriver jusqu’à Saint-Estèphe tant les kilomètres s’égrainent depuis Bordeaux. Mais ce terroir si particulier se mérite et il faut donc remonter le long de l’estuaire jusqu’à son cru communal le plus septentrional. Pas de premiers grands crus classés ici, même si le voisin Lafite y possède tout de même 5 hectares de vignes, mais des noms fort prestigieux comme Montrose et Calon-Ségur. Cos Labory n’est pas le château qui vient immédiatement en tête pourtant ses arguments sont sérieux, preuve que son classement comme 5ème cru classé en 1855 n’était pas usurpé. Déjà, il y a un terroir très particulier, celui de la croupe de Caux. Cette (très) légère colline est celle, excusez du peu, de Cos d’Estournel ainsi que du très bon château Lafon-Rochet. Son sol est fait de graves, pierres roulées apportées il y a des millénaires par l’eau venue des montagnes. Ces galets ont ici une importance absolument fondamentale puisqu’ils vont emmagasiner de la chaleur tout au long de la journée et la restituer le soir, assurant une maturation lente et optimale des baies de cabernet-sauvignon ici majoritaire. Mais le sous-sol est lui aussi déterminant et donne à Saint-Estèphe en général et Cos Labory en particulier sa typicité puisqu’il est composé d’une importante couche d’argiles retenant l’eau telle une éponge. Ici donc, les vignes ne souffrent pas ou beaucoup moins en cas de millésime très chaud comme en 2003.

Concentration et belle fluidité

Le château Cos Labory avait été acheté par des cousins argentins de la famille Weber. Ils enverront George, le grand-père texan de l’actuel propriétaire, s’occuper du château. C’est ainsi que la famille Audoy prendra les rênes de cette belle propriété de 18 hectares au charme discret. Depuis près d’un siècle, de nombreux investissements ont permis de hisser encore davantage la qualité des vins et ceux-ci font aujourd’hui partie des tous meilleurs de l’appellation. Avec un style très typé, mélange d’une grande concentration, exempte de sur-maturité, et d’un toucher de bouche admirable de soyeux. Parmi les millésimes des 15 dernières années, 2012 (30 €) est sans nul doute celui qui aujourd’hui provoque la plus belle émotion de dégustation tant son fruité est éclatant. Une gourmandise déjà très accessible comme son aîné, le 2009 (à la fraîcheur étonnante. On retrouve d’ailleurs cette souplesse dans le 2003 qui fait un véritable pied-de-nez à la canicule qui ne l’a pas atteint. Les argiles, toujours les argiles… dans des styles encore différents, il convient également de ne pas oublier le 2010 (39 €) à la personnalité très forte qui est pour le moment tempétueux et relativement insondable. Une bouteille à attendre encore patiemment. Une matière dense et profonde que l’on retrouve dans le 2015 (33 €), pleine de promesses mais tellement jeune. Une réalité partagée par le futur 2016 aux fruits noirs délicieux et à la pointe épicée élégante en finale. Le tout porté, comme à l’accoutumée, par des tannins bien présents mais délicats comme du velours.