(photo F. Hermine)
(photo F. Hermine)

Les vignerons corses se décarcassent pour trouver des solutions depuis le début du confinement d’abord à la crise du coronavirus mais en prévision des prochains mois qui s’annoncent difficiles pour la commercialisation de leurs bouteilles.

Les vins corses, avec la fermeture des bars et restaurants qui représentent un tiers de leurs ventes dans l’île (20% sur le continent), sont en souffrance. “Nous avons d’abord travaillé sur les mesures sanitaires avec des synthèses au fur et à mesure que tombaient les consignes nationales, explique Caroline Franchi, directrice marketing du CIV Corse. A l’annonce du prolongement du confinement, nous avons multiplié les réunions pour trouver des moyens d’aider les caves particulières sur le marché local, en particulier celles qui vendaient exclusivement au CHR, afin de ne pas tomber dans la distillation de crise qui contribuerait à faire s’effondrer le marché”. Les quatre caves coopératives (UVIB, Vignerons Corsicans, Aghione et Saint Antoine) ont ainsi proposé aux caves particulières (130 au total dans l’île) qui le souhaitaient de leur racheter les hectolitres qu’elles pensaient ne pas pouvoir écouler cette année. “Cela permettra de vider les caves pour rentrer la prochaine récolte et d’apporter un peu de trésorerie aux domaines en difficulté, précise le président des vins corses Eric Poli. Les coopératives, tirées par la GD du continent, ont joué la solidarité. En ce moment, elles vendent bien leurs vins en MDD premiers prix et en bag-in-box, deux catégories dont les ventes ont explosé ces dernières semaines, en particulier en rosé”. Le plus gros opérateur de l’île, Jean-François Renucci (Terra Vecchia-Clos Poggiale) s’est également proposé de participer à ce système inédit qui pourrait porter sur des volumes estimés à l’heure actuelle à plus de 25 000 hl. Une façon originale de réguler le marché et qui accompagne la commercialisation du millésime 2019, “presque heureusement plus petit que la moyenne, autour de 305 000 hl au lieu de 370 000” ajoute Caroline Franchi.

Des solutions inédites

Autre solution à l’étude avec l’Odarc, l’Office de Développement Agricole et Rural de Corse, principal financeur de la viticulture : une aide à l’achat de cuverie (qui pourrait être subventionné à 40% pour les “ainés”, à 60% pour les jeunes agriculteurs) afin de pouvoir rentrer toute la vendange 2020 si les chais sont encore pleins, et un projet de subvention par l’État de stockages privés “en attendant des jours meilleurs car la grosse inquiétude est encore à venir si l’on n’arrive pas à sauver la saison touristique sans parler des problèmes accrus avec l’insularité”, complète Caroline Franchi. Des solutions pour réguler le marché des rosés qui représentent les deux tiers de la production mais “qui pourraient aussi permettre de commencer à élever et à faire vieillir un peu plus de vins rouges pour la garde et pour offrir autre chose que le dernier millésime aux distributeurs, avance Eric Poli. Ce serait presque un mal pour un bien”.

Lives gourmands et nouveaux sites solidaires

Côté promotion, les vins corses qui ont dû annuler tous les salons et opérations de promotion prévus au printemps et cet été, ont choisi d’investir dans les réseaux sociaux avec un jeu concours et des vidéos en live deux fois par semaine, les jeudi soir et dimanche matin, “Tous aux fourneaux”, pour commenter des recettes corses en compagnie du chef sommelier animateur Romain Aicardi. “L’idée est de montrer qu’on a toujours la pêche avec des lives très conviviaux, parfois même rock’n’roll” ironise Caroline Franchi. Une quinzaine de vidéos ont été postées pour apprendre comment cuisiner des cromesquis au veau corse ou un flan à la châtaigne, tout en parlant de vins corses avec leurs producteurs ou en compagnie de sommeliers de l’île.

La plupart des vignerons se sont convertis aux livraisons à domicile ou au drive comme sur le marché de Bastia qui a été ouvert à tous les producteurs dont 4 ou 5 vignerons avec pré-commandes en ligne obligatoires. “Il n’y a pas de ventes sur place, les clients commandent et paient à l’avance par téléphone ou sur internet et on met les marchandises dans leur coffre, ra-conte Marie Françoise Devighi (Domaine Devighi) qui participe à l’opération. On enregistre même plus de commandes que d’habitude, les gens consommant sans doute davantage à domicile puisque les restaurants sont fermés. Ils se sont facilement habitués aux livraisons à domicile mais le drive permet de tout récupérer en un seul passage. Ce qui est le plus étonnant, c’est que les Corses découvrent les producteurs souvent à côté de chez eux”. Les contacts devraient perdurer au-delà du confinement. D’autant que l’union des commerçants de Bastia qui a référencé une quarantaine de producteurs envisage de pérenniser la démarche en créant un marketplace de produits corses.

Dans le même esprit, le bastiais Pierrick Chinot a mis en place depuis fin mars un marché virtuel sur Facebook baptisé “Du producteur au consommateur” afin de mettre en relation producteurs, artisans, commerçants avec des consommateurs. Le site recense également les services comme le drive et les livraisons à domicile des producteurs pour faire savoir aux Corses où acheter quoi pendant cette période délicate. La page de Haute Corse est déjà suivie par 15 000 personnes, celle de Corse du Sud, mise en œuvre dans la foulée par le syndicat des Jeunes Agriculteurs par plus de 7600 internautes et c’est au total près de 400 producteurs qui ont été répertoriés. Outre les petites annonces, ces pages Facebook renvoie à celles des producteurs et boostent leur trafic et leurs ventes. Outre cette aide bénéfique et solidaire, les pages visent également à promouvoir la consommation de produits locaux et devraient perdurer au-delà du confinement.