Philippe Bourrier est vigneron en bio au Château de l’Ou et président du Conseil Interprofessionnel des Vins du Roussillon. De la taille aux conséquences économiques sur la filière, il a l’œil sur tous les effets du confinement face au Coronavirus.

“Taille tôt, taille tard, rien ne vaut la taille de mars”, l’adage vaut cette année ?
Ah non ! Cette année, rien ne valait la taille de février ! Pour deux raisons bien distinctes : l’hiver particulièrement doux a entraîné un débourrement très précoce donc il a fallu tailler tôt. Ensuite il y a la question de la disponibilité de main d’œuvre depuis le début du confinement. Mais le gros des conséquences du confinement reste à venir et elles sont économiques. Les mises en bouteilles et surtout les expéditions sont interrompues. Nos clients restaurateurs et cavistes sont fermés, tous les marchés sont bloqués, des contrats sont cassés, des salons reportés (mais à quand ?)… Or dans le même temps, les entreprises vont devoir payer leurs charges, acheter des produits de traitement pour la vigne… Face à une baisse de revenus, une usine peut cesser de produire. Nous n’avons pas cette souplesse avec la vigne !

Qu’espérez-vous une fois l’épisode de confinement passé ?
J’ai entendu le président Macron s’engager à ne laisser aucune entreprise sur le bord de la route. Il y aura un effort particulier à mener pour aider les restaurateurs, les cavistes… c’est toute la chaîne de distribution de notre filière qu’il faudra soutenir pour que, tous, nous passions le cap et puissions repartir très vite. Sinon on va laisser sur le carreau beaucoup de jeunes vignerons, affaiblir les caves coopératives et toute la filière.
Au-delà de cette aide sur le marché domestique, j’attends des pouvoirs publics une vraie prise de conscience, un vrai soutien pour l’export car nous sommes les perdants des accords de libre-échange qui pénalisent notre développement au Canada, aux Etats-Unis, en Chine… Un accord est en train d’être conclu avec le Vietnam, le gouvernement, dans sa mission de diplomatie, doit absolument s’engager pour soutenir la filière vin à l’export.

Ces inquiétudes sont communes à toutes les régions de France…
En effet. Mais en Roussillon nous avons la particularité d’avoir des rendements particulièrement bas et de travailler sur le marché des vins secs mais aussi des vins doux naturels avec les appellations Banyuls, Rivesaltes et Maury. Notre diversité est notre force mais elle nous impose un gros travail de pédagogie sur ces vins auprès de nos clients. Beaucoup plus que la plupart des régions françaises, nous avons besoin de rencontrer, d’expliquer, de montrer nos paysages et de faire déguster le fruit de nos savoir-faire. C’est évidemment incompatible avec le confinement… d’où notre besoin de soutien des pouvoirs publics, pour nous, pour nos clients et sur les marchés export pour rebondir vite après cette épreuve.