(photo AFP)
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Si riz, pâtes, farine et papier toilette affichent des hausses de ventes spectaculaires depuis le début du confinement, les vins et spiritueux peinent à se maintenir dans les hypers et supermarchés, sauf les Bag-in-Box, les rosés et les vins de cépage au beau fixe.

Après une flambée des ventes des produits de grande consommation, juste avant et après le début du confinement, la raison s’installe, les courses s’étalent davantage sur la semaine et les Français, passé le premier coup de massue, retrouvent à nouveau l’envie de se faire plaisir à domicile, dans l’assiette et le verre. “Le drive et les livraisons à domicile ne cessent de progresser depuis l’arrivée du coronavirus, commente Eric Marzec, directeur d’unité chez IRI*. Ils sont devenus les circuits stars de cette période, toujours extrêmement dynamiques la dernière semaine de mars (à +59%)”. Après que les hypermarchés ont d’abord été pris d’assaut (le lundi de pré-confinement enregistre une hausse historique de ventes), ce sont les supers et les commerces de proximité qui ont pris le relais et sont désormais privilégiés. Si la fréquentation des magasins est toutefois en baisse, le panier moyen est en forte hausse (de 89% la dernière semaine de mars) : on sort moins faire les courses mais on en achète pour plus longtemps, voire parfois pour plusieurs foyers.

Ambiance rosé

Au global, après un coup d’arrêt la deuxième semaine de confinement, les ventes au rayon Alcools et Liqueurs se révèlent plutôt stables fin mars mais avec des résultats très hétéroclites selon les catégories. Les vins tranquilles résistent bien malgré une baisse des dépenses. Ce sont les IGP qui tirent leur épingle du jeu avec un gain de près de 10 points, en particulier les marques de distributeurs toutes appellations (+34%) aux dépens des AOP, en recul de 7,3 points. Par ailleurs, les ventes de Bag-in-Box explosent de plus de 47%, là encore principalement avec des vins de cépages de toutes origines et surtout en bio. Les rosés, météo oblige, se vendent un peu plus.

En revanche, les bulles n’ont pas la cote, l’ambiance n’étant guère à la fête. Les ventes de champagne ont décroché de plus de 35%, les effervescents au global ont perdu 15% de chiffre d’affaires en mars et même le prosecco qui affichait depuis plusieurs années une croissance continue a reculé de 15% la deuxième semaine de confinement. “Les crises accélèrent les tendances et confirment que les hypers vont mal, que les commerces de proximité explosent mais confortent également la progression des BIB qui permettent d’aller moins souvent en magasin et des rosés qui ne gagnent plus en volumes mais encore en parts de marchés, précise Eric Marzec. Au global, on peut se rassurer en se disant que les ventes de vins tranquilles résistent plutôt bien en ce moment en GD par rapport à ce que l’on a pu voir ces deux dernières années. Par contre, il ne faut pas oublier que ça ne compense pas tout ce qui n’est pas vendu dans les autres circuits (hors domicile, cavistes…) Et surtout que cela se fait au prix d’une dévalorisation”.

La quête de bons rapports qualité-prix

Chez Auchan, on confirme les tendances : “Les bières et spiritueux sont en chute mais il est clair que les vins et champagnes sont la catégorie la plus touchée de l’agroalimentaire, reconnait Charles Cousineau, manager Vins & Champagnes. Le drive est heureusement parvenu à compenser ce recul avec +27% d’achats de vins, +30% d’alcools. Comparé au +40% de tout l’agroalimentaire, ça semble faible mais c’est plus qu’en période de Noël. Quant aux supers, ils ont souffert au départ mais les queues interminables dans les hypers ont découragé beaucoup de consommateurs qui se sont ensuite redirigés vers ce format de magasin où nous avons enregistré une croissance de 8% des vins et alcools”. Pour l’enseigne, les achats se sont réorientés aussi vers les vins entrées de gamme comme les IGP et sur les BIB.

Daniel Travini, directeur d’un Intermarché à Cognac (16), fait le même constat : “les BIB explosent, surtout en 2,25 et 3 litres”. Gérard Brégeon, adhérent de Système U en Vendée, confirme également “une progression de nos vins en marques de distributeur – Club des Vins & Terroirs, en particulier en BIB (à 80%) sur toutes les contenances, du 1,5 au 5 litres, et des vins de cépage. Les clients cherchent davantage le bon rapport qualité-prix. Et les ventes de rosé commencent à décoller”. Un responsable Vins & Alcools d’un hyper Leclerc de Provence estime que depuis le confinement, les ventes de vins chez lui ont chuté de 15%, les alcools de 10% et les champagnes de 60% “car ce sont des aliments plaisir à partager et même avec la découverte des apéros connectés, ça ne compense pas la suspension des animations-dégustations, des fêtes entre amis ou en famille et la baisse de fréquentation des hypers. Mais pour le rayon Liquides, le drive et les livraisons à domicile ont quand-même progressé de 30 à 50% depuis le confinement”. Le responsable Vins précise d’ailleurs que l’enseigne “aide les petits vignerons en difficulté de trésorerie en payant désormais les factures au cul du camion”.

* Chiffres IRI fin mars