(photos F. Hermine)
(photos F. Hermine)

Pour lutter contre les problèmes de commercialisation en France et à l’export, contre le désamour pour les bordeaux – notamment les vins rouges – et contre le déficit d’image, l’interprofession des Vins de Bordeaux veut pousser les acteurs du vin sur le terrain et accélérer le Développement Durable et la RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises).

“Bien sûr, l’actualité ébranle le marché et le coronavirus nous plonge dans l’incertitude mais il est impossible d’en mesurer actuellement les conséquences, annonce d’emblée Bernard Farges. Le président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB) semble plus préoccupé par le marché chinois, en berne depuis mi-2018 à cause des avantages douaniers des vins chiliens et australiens, exemptés de taxes, et par les taxes Trump qui ont fait chuter les ventes de Bordeaux de 36% en valeur, de 18% en volumes sur les deux derniers mois 2019.

Les premiers marchés export sont clairement en recul, notamment la première destination, la Chine qui représente près d’une bouteille exportée sur quatre (-17 % en volume à 48 millions d’eq/bouteilles et – 18% en valeur (254 M€), sans compter une chute des expéditions vers Hong Kong (-25% à 8 millions d’eq/bouteilles). Même désaffection en Belgique, le 3e marché avec 23 millions eq/bouteilles. La Grande-Bretagne, stable, passe en zone d’incertitude, Brexit oblige. Seule l’Allemagne, au 5e rang, progresse en volumes mais peu valorisés, à l’instar du Japon, au 6e rang, grâce à l’accord de libre-échange entré en vigueur en février 2019.

Le marché français avec 56% de la commercialisation redevient donc un “enjeu stratégique déterminant car on y constate une baisse structurelle, reconnait le président. Nous avons perdu 1/5e de nos volumes sur les cinq dernières années, essentiellement sur les vins entre 3 et 5€”. La faute selon le CIVB aux changements d’habitudes de consommation, au désintérêt pour l’alcool en général et pour les vins rouges en particulier, notamment au profit des blancs, des rosés mais surtout de la bière qui préempte désormais l’apéritif chez les millenials.

Agir contre le déficit d’image

Bernard Farges reconnait néanmoins un déficit d’image pour les bordeaux “qui ne sont pas associés à des vins modernes, accessibles, fruités et faciles à boire, plébiscités aujourd’hui par les consommateurs, mais plutôt synonymes de tradition, d’héritage et de cherté”. Qu’à cela ne tienne : pour prouver que Bordeaux est une marque forte qui bouge et pas seulement une terre de grands crus et de crus classés, l’interprofession a décidé de “faire son coming out” et de miser sur “les gueules et les histoires de vignerons et négociants” avec des actions de promotion poussant les opérateurs sur le terrain, au contact en priorité des professionnels et des prescripteurs, tous circuits de distribution confondus.Cette nouvelle stratégie a commencé par la mise en avant des “Strong Women” bordelaises dans 70 restaurants new-yorkais en parallèle de Vinexpo début mars avec une opération de promotion de leurs vins en grands formats, et une animation à l’occasion de la Saint-Vincent avec 1300 personnes déployées pendant deux jours dans toute la France pour raconter leurs vins et leur métier. Une politique qui devrait monter en puissance avec la biennale Bordeaux fête le fin du 18 au 21 juin (la dernière édition avait accueilli 600 000 visiteurs).

Renforcer l’engagement pour le Développement Durable

Pour ce qui est du millésime 2019, qui a bénéficié d’une météo relativement clémente au regard des trois années précédentes, la récolte a été estimée à 4,9 M hl, avoisinant la moyenne décennale avec de la fraîcheur pour les vins blancs et rosés, de la souplesse et de l’équilibre pour les rouges. “Les stocks évalués à 7,7 M hl sont importants mais en valeur absolue, il n’y en a pas plus qu’avant, grâce en partie aux dernières petites récoltes, affirme Bernard Farges. C’est même le cinquième stock le plus faible des 20 dernières années”. Là ou le bât blesse, c’est la forte chute de la commercialisation, la plus faible depuis deux décennies. Dans ce contexte de crise, le CIVB a tenu à réaffirmer son engagement en matière de développement durable avec, à ce jour, plus de 65% des surfaces bordelaises certifiées (seulement 35% en 2014) pour un millier d’entreprises et 10% de surfaces en bio (5% il y a cinq ans). La prochaine étape est d’embarquer toutes les entreprises de la filière dans la RSE (responsabilité sociétale des entreprises). Un groupe pilote regroupant une trentaine d’entre elles planche sur le sujet depuis mars 2019.

Bernard Farges a tenu dans ce contexte à revenir sur le rapport alarmant de la DRAAF (direction régionale de l’agriculture) en matière de produits phytopharmaceutiques. “Si les ventes dans le secteur de la vigne ont augmenté de 15% en 2018, c’est à cause de la pression exceptionnelle de mildiou cette année-là mais aussi de l’anticipation des achats en prévision d’une hausse de prix annoncée pour début 2019. Il faut aussi tenir compte du fait que les quantités de produits bios comme le soufre et le cuivre sont utilisées à doses plus élevées que les produits de synthèse. Par exemple, pour lutter contre l’oïdium, au lieu d’utiliser 0,2 litre à l’hectare d’un produit chimique de synthèse, on utilise désormais 5 kg de soufre. Mais les produits classés dangereux (les CMR, cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques) sont passés en dix ans de plus de 30% des matières actives utilisées pour la vigne en Gironde à moins de 10%, tandis que les produits agréés bio ont doublé et sont désormais au premier rangé”. Et de rappeler l’objectif de parvenir à zéro CMR d’ici 2023.

Ci-dessous : Bernard Farges, président du CIVB, entouré de Stephan Delaux et Allan Sichel.