(photo Marion Lefebvre)
(photo Marion Lefebvre)

Vous connaissez ses marques, moins la société qui se cache derrière le signe SJB. Entrez dans la philosophie familiale et l’univers discret d’une des plus belles holding viticoles françaises, à l’heure d’une transition de velours.

Certaines de ses marques font partie du très select Cercle Colbert : Champagne Bollinger, Champagne Ayala, Langlois-Château (Loire) et Château de Fontaine-Audon (Sancerre), Domaine Chanson (Bourgogne), Delamain (Cognac). La SJB (Société Jacques Bollinger) est une de ces holdings familiales qui, depuis Jacques-Joseph Bollinger (1829), font rayonner de prestigieuses marques viticoles.

Actuellement présidé par Jean-Marc Courau, le conseil d’administration a décidé de nommer Etienne Bizot président directeur général de SJB. Membre de la famille Bollinger, Etienne Bizot a passé 26 ans dans les différentes sociétés du groupe, dont les 5 dernières années comme directeur général. Pour le seconder et superviser les filiales opérationnelles du groupe, Jérôme Philipon, actuellement président de Champagne Bollinger, a été nommé directeur général délégué.

Dès le lendemain, SJB annonçait dans un discret communiqué être devenu majoritaire dans le capital du Cognac Delamain aux côtés de la famille éponyme. Une évolution là aussi de velours, qui laisse en présager d’autres ?

Fin 2015, Etienne Bizot s’était confié « pour la première fois », insistait-t-il, dans une interview dont nous reprenons ici certains extraits (propos recueillis par Rodolphe Wartel)

Etienne Bizot, vous êtes le descendant direct de la famille Bollinger. Alors que les consommateurs aiment les lignées, la préservation des valeurs familiales, pourquoi êtes-vous aussi discret ?
Je ne suis pas le seul membre de la famille présent dans le groupe. J’ai recruté il y a trois ans un jeune de trente ans qui est parti aux Etats-Unis y faire la promotion de nos vins. Il s’agit de Cyril Delarue qui est le neveu de mon prédécesseur, Arnaud de Hautefeuille. Le conseil d’administration familial est également présidé par Jean-Marc Courau, membre de la famille Montgolfier. La volonté de la famille est de s’assurer que quelques-uns de ses membres peuvent travailler au sein du groupe, et ceci pour plusieurs raisons : on porte un projet familial et un membre de la famille peut mieux le défendre. Ensuite, l’une des valeurs de Bollinger est l’indépendance ! C’est une indépendance financière, mais c’est aussi l’indépendance dans la prise de décision et dans le choix des grandes orientations stratégiques. Le principal patrimoine de Bollinger, ce sont ses marques. Ce qui nous importe le plus est de communiquer sur nos marques et sur les valeurs de nos marques.

Taittinger, Thienot, Drappier, tant d’autres mettent en avant les générations qui se sont succédé… Pourquoi pas vous ?
On ne le fait pas depuis cinq ans mais nous l’avons toujours fait auparavant. Il a fallu mettre en place cette génération que j’incarne. Je suis porteur d’un projet que m’a confié ma famille. Progressivement, la famille souhaite montrer sa présence : elle le fait sur le marché américain. Les Américains adorent ! Ensuite, nous avons toujours été discrets…

Quelle est votre feuille de route ?
Ce sont des valeurs. Nos valeurs, ce sont le terroir (nous possédons plus de 270 hectares de vignes dans les grandes appellations françaises), l’excellence, le long terme, et l’international. C’est aussi l’attachement aux hommes et à leur développement, leur permettre de les faire grandir. Cela permet de traverser différentes crises que le monde a traversées. Nous sommes ainsi prêts pour le rebond qui s’annonce. L’autre caractéristique est notre indépendance vis à vis des banques. C’est une indépendance dans les grandes orientations stratégiques, sans intervention extérieure. L’autre élément, enfin, est la mobilisation et la sensibilisation des membres de notre famille et de tous les cadres du groupe au projet d’entreprise.

Vous incarnez une lignée qui a commencé avec le commerce du champagne en 1829 avec Jacques Bollinger. Cette saga est-elle souvent présente en vous ? Vous habite-t-elle ?

Oui, évidemment ! Je ne suis qu’un élément dans la saga familiale. La famille m’a fait confiance et je les en remercie mais je ne suis qu’un élément. Je suis assez intransigeant, à titre personnel, sur ce projet qui existe depuis 1829, et qui doit permette de transmettre le flambeau. Je vais tout faire pour qu’il perdure. Je ne suis qu’un maillon de la chaîne. C’est une chance extraordinaire d’être aujourd’hui à la place où je suis.

De Jacques Bollinger justement, le fondateur, à Tante Lily (Elisabeth Law qui a dirigé la maison pendant 30 ans), quels sont les grands moments que l’histoire vous laisse en héritage et qui vous ont marqué ?
C’est la façon dont la famille a géré les différentes successions. C’est une force. On ne peut pas dire que cela se fait toujours facilement mais c’est une force. Le fait que la marque Bollinger soit l’un des cinq fournisseurs de la couronne d’Angleterre est un autre élément marquant. Bollinger fait partie de la saga Bond, et c’est une sorte de clin d’œil. Cela fait plus de trente ans que nous sommes partenaires de la famille Brocoli dans ce film… Il y a aussi des millésimes, 1928, 1914 qui sont fabuleux. Le 1985, le 1988 ! C’est la vie de notre entreprise ! Ce sont de grands moments. C’est aussi quand dans les années 1990, notre famille a décidé, après la Loire dans les années 1970, d’investir dans d’autres terroirs. On a décidé de pousser. On devrait continuer à pousser les frontières…