Dans les concours, on s’émerveille souvent de découvrir des pépites de vignerons ignorés du public qui coiffent au poteau les grandes marques. Mais lorsqu’ils confirment des notoriétés anciennes, cela a aussi quelque chose de rassurant. C’est le cas cette année pour le Champagne & Sparkling Wine World Championships qui a décerné le titre de meilleur champagne du monde au magnum Dom Ruinart rosé 2004.

Terre de vins dans sa sélection de Juillet avait attribué un coup de cœur au Dom Ruinart rosé 2007. La revue n’est pas la seule à apprécier cette cuvée… Le magnum de Dom Ruinart rosé 2004 vient d’être couronné meilleur champagne du monde par le Champagne & Sparkling Wine World Championships, un concours qui voit s’affronter plus de 3000 vins effervescents. Créé par le critique britannique Tom Stevenson, le jury réunit à ses côtés le hongrois Georges Markus et la finlandaise Essi Avelan. La dégustation se fait à l’aveugle, dissimulant même les bouteilles couvertes, leur forme suffisant à révéler une marque.

On notera la persistance du trio dans ses goûts : l’année dernière, c’était déjà un magnum de rosé 2004 qui avait emporté les cœurs (un flacon de Cristal Roederer). Frédéric Panaiotis, le chef de caves de la Maison Ruinart, nous en dit plus sur les caractéristiques du nouveau champion. « Ce sont des vins que je trouve aujourd’hui encore très élégants. Au départ, beaucoup de spécialistes ont plutôt misé sur 2002 pour devenir le grand millésime des années 2000. Or 2004 a un raffinement qui sied bien au champagne et à Dom Ruinart en particulier. On est sur des vins avec davantage de tension. Je ne dirais pas qu’ils sont légers parce qu’il y a une véritable intensité aromatique, mais la texture fait penser à du taffetas. La vendange avait été généreuse par opposition à 2003. Les Champenois savent que les années abondantes ne sont pas les moins bonnes, ce qui est différent pour les vins tranquilles et en particulier les rouges. 1982, 1983 ou 2018 qui sont de grands millésimes correspondent à de grosses vendanges. Ce volume donne aussi plus de choix et permet d’être encore plus sélectif lors de l’assemblage, tout en sachant que Dom Ruinart représente au maximum 2 % du tirage. »

La cuvée incorpore 19 % de pinots noirs de Sillery, des vieilles vignes depuis arrachées. « Pour produire du vin rouge, l’ancienneté des ceps permet d’avoir davantage de concentration ce qui est encore plus précieux sur une année comme 2004 à fort rendement. Cela donne plus de couleur mais aussi de chair. Nous vinifions à la Bourguignonne avec une macération d’une dizaine de jours. »

Photo: Mathieu Bonnevie

Côté chardonnay, c’est un heureux mariage des grands crus la Côte des blancs (Avize, Cramant, le Mesnil) et de la Montagne (Sillery, Puisieulx). « Si on devait faire une comparaison avec la Bourgogne, la Côte des Blancs ce serait plutôt Meursault, Chassagne, Puligny, avec parfois un peu de Chablis au Mesnil. En revanche, sur la Montagne de Reims, je trouve qu’on a un peu moins d’élégance mais plus de puissance, de structure, de sève et j’assimilerais ces chardonnays au Corton-Charlemagne, ou au Beaune blanc qui sont un peu moins fins mais qui ont une allonge vraiment intéressante. Les deux sont donc très complémentaires. »

Un grand champagne mérite un accord recherché. Grâce au format magnum, le vin a conservé beaucoup de jeunesse et de fruit. Certes, il commence à prendre des arômes tertiaires avec de belles épices, mais sans atteindre le stade « truffe » des très vieilles cuvées. « Notre cheffe Valérie Radou travaille sur une pintade basse température, à la sauce champagne et au sumac. Cette viande fondante a en même temps beaucoup de finesse. Je pense qu’il faudra laisser le vin vieillir davantage pour aller jusqu’à la tourte au faisan et aux ceps. Si on souhaite un plat végétarien, pourquoi pas un risotto à la betterave, l’idée étant d’aller chercher cet aspect un peu terrien dans des légumes racines ? »

Prix 600€
www.ruinart.com