Mercredi 22 Juillet, le Comité Champagne dans sa traditionnelle conférence de presse devait annoncer le rendement par hectare qui aurait droit cette année à l’appellation. Mais le Syndicat général des vignerons et l’Union des Maisons de Champagne n’ont finalement pas réussi à s’entendre et les discussions devraient se poursuivre dans les jours voire les semaines à venir.

En Champagne, à la différence des autres régions viticoles, les négociants participent à la fixation annuelle du rendement. Une particularité qui s’explique par le fait qu’ils achètent environ 80 % des raisins des vignerons et qu’ils sont souvent liés avec leurs livreurs par des contrats déterminant le prix pour une durée de cinq ans tout en les obligeant à acheter l’intégralité des vendanges des vignes engagées.

Mercredi 22 juillet, comme chaque année, les journalistes se sont donc rassemblés dans la salle de conférence du Comité Champagne et ont attendu l’arrivée des deux présidents du Syndicat général des vignerons et de l’Union des Maisons de Champagne, pour la déclaration conjointe habituelle. Mais c’est le directeur de la communication seul, Thibault Le Mailloux, qui s’est présenté pour annoncer que les discussions n’avaient pas encore pu aboutir. Sur le moment, on n’a pas pu en savoir davantage, aucun commentaire ne pouvant être fait sur une négociation encore en cours. Pareil incident n’est pas unique dans l’histoire de la Champagne, mais cela faisait sans doute plusieurs dizaines d’années qu’il n’était pas survenu et la crise du Coronavirus en est évidemment la principale explication. Les deux parties réussiront-elles à s’entendre ? Il leur reste un peu moins d’un mois avant les vendanges. En cas d’impasse, peu probable, c’est l’INAO qui devra trancher, sur proposition de l’Organisme de défense et de gestion (en Champagne dépendant du Syndicat général des vignerons).

Une baisse des ventes attendue entre -20% et -40%

Quelle sont aujourd’hui les positions respectives ? On l’ignore. Jean-Marie Barillère, le président de l’UMC, dans un communiqué de presse publié fin juin dans les colonnes de l’Union avait évoqué la nécessité d’un rendement qui ne dépasse pas 7000 kilos hectare, estimant que la perte des ventes en 2020 pourrait se situer entre 20% et 40% et atteindre 100 millions de bouteilles sur les 300 commercialisées en moyenne ces dernières années par l’appellation. Pour se faire une idée du recul, en 2019, le rendement déjà en baisse avait été fixé à 10200 kilos.

Hier soir, un communiqué de presse du Syndicat général des vignerons indiquait ne pas comprendre “pourquoi le négoce propose des niveaux de rendement faibles qui ne correspondent pas à ses propres prévisions d’expéditions en 2020.” Ainsi, selon le SGV, le principal objectif des maisons de champagne serait en réalité d’alléger les stocks. Le SGV souligne aussi que les données du mois de juin témoignent d’un “rebond de l’activité” et que même si le vignoble est naturellement conscient du ralentissement économique mondial, il souhaite “rester résolument optimiste pour l’avenir”, un rendement trop bas lié à une sous-estimation des ventes pouvant avoir des conséquences dramatiques pour la survie d’un certain nombre d’exploitations viticoles. Enfin, si on se doit de prendre en compte les données économiques, on doit aussi examiner les données agronomiques : la récolte s’annonce qualitative et cette vendange fraîche est essentielle au maintien de l’excellence des vins.