© Besnard Apprentis d'Auteuil
© Besnard Apprentis d'Auteuil

Le fonds VitiRev Innovation est le premier fond européen dédié à la transition écologique de l’univers viti-vinicole. La Région Nouvelle-Aquitaine s’y engage pleinement. Pierre Cazeneuve, le bouillant propriétaire du Château Paloumey, s’est empressé d’intégrer le processus. Il nous explique les tenants et les aboutissants de ce fonds.

Pierre Cazeneuve, pouvez-vous expliquer aux lecteurs de Terre de Vins ce qu’est le fonds VitiRev Innovation ?

VitiRev Innovation est un fonds d’innovation unique car c’est le premier fonds européen sectoriel dédié à la transition écologique du monde viti-vinicole. Il est géré par Demeter, un des spécialistes de l’investissement de la transition écologique.

C’est un fonds important, pouvez-vous nous donner quelques chiffres ?

Comme l’indique le communiqué de presse, Demeter, qui vise 50 millions d’euros pour VitiRev Innovation, a déjà̀ sécurisé́ plus de 33 millions d’euros avec les engagements de la Région Nouvelle-Aquitaine, de la Banque des Territoires pour le compte de l’État, d’institutionnels tels que le Crédit Mutuel Arkéa, maison-mère du Crédit Mutuel du Sud-Ouest, Groupama, de caisses régionales du Crédit Agricole et de la Caisse d’Épargne, de producteurs comme les Domaines Barons de Rothschild (Lafite), le Château Sainte Roseline, les Vignobles Clément Fayat, notre Château Paloumey ainsi que des industriels, des family offices et entrepreneurs.

Pourquoi êtes-vous l’un des premiers vignerons à emboîter le pas ?

D’abord en référence avec mon histoire personnelle… J’ai créé avec mon frère, en début de parcours professionnel, une entreprise innovante et en forte croissance dans l’environnement et plus précisément dans la dépollution des sols (hesus). Cette expérience d’entreprenariat dans la famille des start-ups environnementales m’a donné la conviction très claire que c’est en avançant, en innovant, en ouvrant la créativité que l’on peut trouver des réponses aux défis auxquels nous faisons face.

Ensuite, j’ai été séduit par le dispositif très particulier qui consiste à intégrer dans le processus de sélection, de validation et même d’accompagnement plus tard les viticulteurs. Ce fonds a un fonctionnement que je trouve particulièrement intéressant car toutes les familles sont représentées que ce soit les gestionnaires de fonds, les financiers, la Nouvelle Aquitaine, les institutionnels, les entrepreneurs mais également les vignerons. C’est essentiel car nous, vignerons, sommes à la fois à même d’identifier sur le terrain les axes importants de recherche, d’innovation ou les problématiques à résoudre mais également de tester ce qui marche comme solutions. N’oublions pas que le diable est dans les détails. C’est très intéressant de participer à la validation puis à l’accompagnement des structures sélectionnées de manière à les faire grandir, notamment commercialement car nous pouvons les intégrer dans nos propriétés et/ou promouvoir leurs solutions au sein de notre réseau.

Enfin, pour Paloumey, c’est une implication très intéressante car c’est une forme de veille de l’écosystème de l’innovation. En tant que propriétés, nous sommes souvent dans nos outils et habitudes de production et nous n’avons donc pas nécessairement le temps d’être ouverts aux innovations, aux différentes technos qui émergent. Ce fonds permet à Paloumey de bénéficier d’une veille plus efficace car organisée et structurée par des professionnels compétents.

En quoi ce fonds annonce la viticulture de demain ?

Je pense que l’innovation est en mesure de répondre, même partiellement, aux enjeux auxquels nous faisons face. Le monde agricole, au cours de son histoire, a toujours su démontrer que l’innovation était l’une des voies très importantes permettant de lever une grande partie des challenges auxquels il est exposé. Attention, lnnovation ne veut pas nécessairement dire « technologique », elle peut-être low-tech ! Cela soit prendre des formes très concrètes : Imaginez que nous puissions trouver très rapidement des substitutions aux produits phytosanitaires parce que nous savons que les produits que nous utilisons actuellement, dont le cuivre, sont limités et que pour produire plus « propre », nous avons besoin d’outils plus efficaces pour le traitement des maladies de la vigne. Autre exemple, le vigneron, de par son métier, est exposé aux troubles musculo-squelettiques (TMS) et c’est un vrai enjeu. Le développement d’exosquelettes pourrait aider grandement tous les vignerons sur le terrain ! Évidemment, l’innovation ne peut pas résoudre tous les problèmes, certes, mais je suis convaincu qu’elle peut en résoudre une grande partie !