Jean-Michel Comme
Jean-Michel Comme

Le consultant biodynamiste Jean-Michel Comme tire quelques enseignements du millésime caniculaire qui vient de rentrer au chai. Et s’étonne notamment des changements de cépages comme du concept de l’agroforesterie qui fait florès un peu partout, au risque de perturber le cycle du vivant. 

On sort d’un millésime 2022 très chaud si ce n’est caniculaire, comment l’avez-vous abordé avec la biodynamie ?

Nous avons eu de très bons résultats dans tous les endroits où nous intervenons. C’est justement là l’avantage du raisonnement biodynamique, lorsqu’il ne se limite pas à la simple application de recettes, toujours les mêmes partout et tout le temps. Au contraire, on a une « boite à outils » très complète capable de nous aider dans toutes les conditions. Pour pouvoir cultiver sans irrigation en Californie, nous avons mis au point un savoir-faire spécifique à cet endroit chaud et très sec. Cette année à Bordeaux, nous avions des conditions météo similaires, donc on a appliqué les mêmes principes, avec efficacité. Idem pour l’Arménie dont le climat estival est très proche de celui de la Californie. Nous y avons produit le premier vin sans irrigation depuis très longtemps.

Les très beaux jus prouvent-ils que le problème ne réside pas dans la variété du cépage ?

Avant de changer les cépages, il faut déjà remettre en question tous les gestes viticoles en évaluant leur pertinence dans un contexte plus chaud et plus sec (palissage, taille, effeuillage, vendanges en vert, enherbement…). Un cépage n’est pas seulement adapté à un climat, il est aussi adapté à un type de terroir. L’un ne va pas sans l’autre. Ce n’est pas en prenant des cépages plus « sudistes » qu’on aura de meilleurs vins, si le type de sol ne leur convient pas.

Vous vous étonnez aussi de la « mode » de l’agroforesterie, pouvez-vous nous en dire davantage ?

Nombreuses sont les réalisations en cours ou à venir. Mais très rarement on s’est posé la question du pourquoi, du comment et de la suite, c’est-à-dire la présence d’arbres au milieu des parcelles quand ils seront devenus adultes… S’ils n’ont pas été coupés avant… Évidemment, je ne parle pas de l’arbre ou de la haie plantés dans un coin reculé pour satisfaire les besoins d’un site internet ou des réseaux sociaux. Les arbres ou les vignes ont leurs propres exigences, souvent bien loin de celles dans lesquelles on aimerait les contraindre !! La viticulture reste une « culture », c’est-à-dire une production issue d’un chemin commun entre l’homme et la vigne. Comme dans toute chose, c’est une question de bon sens et de priorités. La culture de la vigne reste une monoculture. Au vigneron de la rendre la plus harmonieuse possible sans se tromper de moyens pour y parvenir.
La meilleure démarche consiste avant tout à éviter de trop perturber le cycle du vivant. C’est déjà un grand pas vers le respect de la nature.