©F. Hermine
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Pascaline Lepeltier représentera la France au prochain Concours du Meilleur Sommelier du Monde en 2023.  Exilée depuis une douzaine d’années aux Etats-Unis, l’ancienne khâgneuse, titulaire d’une maitrise de philosophie avant de se reconvertir dans la sommellerie, elle est néanmoins une habituée des concours. Elle a déjà participé à trois finales de Meilleur Sommelier de France avant de devenir en 2014 l’une des rares femmes Master of Sommelier, et décrochant en 2018 à la fois le titre de Meilleur Ouvrier de France-Sommellerie et celui de Meilleur Sommelier de France. Elle est associée dans le restaurant Racines NY qui fait peau neuve et est connue pour son travail sur les vins bio, biodynamiques et nature. 

Interview exclusive pour Terre de Vins de Pascaline Lepeltier après l’annonce de sa nomination :

 Vous semblez surprise d’avoir été choisie comme représentante de la France. Vous ne vous attendiez vraiment pas à cette annonce?

Pas du tout car je ne m’étais pas préparée; j’ai arrêté de travailler les concours en 2018 et les deux dernières années ont été très compliquées avec la Covid. J’en ai profité pour revenir un peu plus en France et comme j’aime beaucoup David Biraud, il m’a incité à participer à la sélection juste pour voir le niveau des concours. Nous sommes un groupe d’amis qui nous connaissons depuis des années, notamment avec Benjamin Roffet et je pensais juste venir voir le niveau d’exigence du concours pour aider en tant qu’équipière à accompagner le candidat français dans sa préparation comme je l’ai fait fait en 2016 quand j’avais travaillé avec John Arvid Rosengren à New York. Je pensais vraiment n’avoir aucune chance car je n’avais rien révisé, je suis juste venue avec mes acquis et un peu de pratique la semaine dernière.

Les acquis sont donc très solides pour avoir remporté les épreuves du jour…

Bien sûr ça fait 17 ans que je travaille dans le vin mais tout s’oublie très vite. Mon gros avantage, c’est l’anglais car vivre dans un pays anglophone aide à ne pas penser à la langue et il y a moins de stress et plus d’aisance. Mais je n’ai pas forcément reconnu les vins et j’ai fait plein d’erreurs. Mon niveau n’était pas idéal par rapport à la performance possible.

Certaines épreuves vous ont semblé plus difficiles?

Tout était compliqué avec beaucoup de stress à gérer, surtout pour le service. Ça fait plusieurs mois que mon restaurant est en travaux et que je ne suis pas en salle – ça se joue sur des microsecondes, Et j’ai goûté beaucoup moins de vins ces derniers temps avec la Covid donc la dégustation à l’aveugle était plus difficile et les temps étaient très courts. Je ne connais pas non plus la grille de notations et je pense que le jury note surtout la façon d’expliquer les vins, de comprendre, d’appréhender et de mettre en place. Les connaissances sur les boissons du monde apprennent aussi beaucoup sur les vins, sur les amers avec les bières, sur les alcools avec sakés, sur les tanins avec les thés et on devient meilleur dégustateur.

Pensez-vous que remporter un tel titre aide à faire connaître son restaurant?

Quand j’ai eu le MOF et le titre de Meilleur Sommelier de France, ça n’a pas changé grand chose car il y a finalement peu de connaisseurs sensibles à ça aux Etats-Unis qui ont de plus été longtemps absents de l’ASI (Association de la Sommellerie Internationale). Du coup, ça évite d’attraper la grosse tête et ça remet en place dans la réalité du quotidien. Mais en effet, ça attire une clientèle française et européenne dans le restaurant. 

Qu’appréhendez-vous le plus dans les prochains mois?

Je suis très fière d’avoir été choisie comme représentante de la France mais j’ouvre un restaurant à Manhattan dans un mois et demi et je prépare un livre (chez Hachette) pour fin mai, celui que j’aurais aimé avoir entre les mains en commençant dans le métier pour comprendre le vin, donner des clés et des grilles de lecture. J’appréhende donc la masse de travail et de théorie à digérer car si on ne passe pas la théorie, on n’arrive pas en quart de finale et il faudra que je planche aussi sur le travail de service. Je compte beaucoup sur mes amis pour m’aider sur la théorie et mettre en place une équipe technique à New York avec l’aide du comité français pour organiser des ateliers. Les vins sont tous disponibles à New York de toute façon.