Depuis l’élection de son nouveau bureau en 2016, la fédération qui regroupe 250 cavistes français continue sa défense collective du métier de caviste. Et n’a pas peur d’innover, sur la forme et sur le fond, comme l’a encore prouvé son assemblée générale qui s’est tenue début avril en Bourgogne.

Pendant que d’autres préparaient les Primeurs à Bordeaux, la Fédération des Cavistes Indépendants (FCI) organisait elle son assemblée générale annuelle à Santenay, en Bourgogne, les dimanche 8 et lundi 9 avril. Retour sur deux jours entre assemblée générale statutaire, ateliers autour des thématiques au cœur du métier de caviste, salon présentant aux cavistes les vins répertoriés sur la centrale d’achat de la FCI « Vinci », sans oublier bien sûr visites de vignobles, dégustations, et intervention d’invités de prestige. La mobilisation a été record en ce millésime 2018 avec 135 cavistes au rendez-vous. Les précisions du président de la FCI, Jean Guizard (caves « Aux Grands Vins de France » et « Megavins – 34).

Vous inaugurez cette année un nouveau format pour cette assemblée générale. Expliquez-nous ce qui change.
Auparavant, notre AG se passait de façon assez classique dans le vignoble avec un programme autour des vignerons locaux. Début octobre était également organisé à Paris un salon pour permettre aux cavistes de découvrir l’offre proposée par notre centrale d’achat « Vinci ». Ce salon avait lieu en même temps que le “Salon club expert de Dugas” dédié aux spiritueux, à Paris. C’était une journée très serrée en terme de timing et nous étions un peu noyés au milieu des spiritueux. Ca n’était pas très favorable pour mettre en avant les vins de notre plateforme d’achat. Cette année, on a donc décidé de faire notre AG classique le dimanche, et de dédier le lundi au salon pour présenter l’offre proposée par « Vinci ». C’est un meilleur timing car au printemps, les vignerons sont plus disponibles qu’en octobre, cela nous permet aussi de déguster les nouveaux millésimes et de sélectionner nos vins pour le printemps et l’été. Ce nouveau format du salon en province a été un succès avec une trentaine de vignerons présents sur les 45 en référence sur « Vinci ». L’AG a également été un succès avec 135 cavistes réunis, là où les autres années on en comptait entre 50 et 80.

Après Epernay l’an dernier, vous avez choisi la Bourgogne, et plus précisément le château de Santenay pour votre AG cette année. Pourquoi ?

Pour faire venir du monde à cette AG, il fallait que le lieu soit attrayant et sexy. D’une part, on a opté pour la Bourgogne, car depuis deux ans c’est devenu compliqué pour les cavistes d’avoir des vins de Bourgogne, et ce, pour plusieurs raisons. Le vignoble a été très touché par les incidents climatiques ces dernières années, avec des baisses de rendements, et des surenchérissements des prix, avec la plupart des grands bourgognes qui partent à l’étranger, un peu comme les grands bordeaux. Les cavistes français ont beaucoup plus de mal à se fournir dans ce genre de vins. Cette conjoncture nous a obligés à repositionner notre plateforme sur des nouveaux vignerons bourguignons, des jeunes qui veulent se faire connaître ou des gens connus qui veulent bien nous accorder des allocations pour la FCI. Cette AG c’est une très bonne occasion de venir sur place. D’autre part, on a choisi le château de Santenay, haut lieu de l’histoire de la Bourgogne et de la France, château de Philippe le Hardi, fils de Jean Le Bon, roi de France. Il était très amateur de vin, et a préconisé l’emploi du pinot noir, qu’il trouvait plus noble et qualitatif que le gamay alors largement utilisé à l’époque. Aujourd’hui ce château a encore 90 hectares de vigne, des vins de très bon niveau y sont produits et le lieu est aussi un espace réceptif.

Au cours de ce week-end, vous avez organisé trois ateliers pratiques autour de thématiques phare pour la profession de caviste et son avenir. Quels sont ces thèmes au centre de l’attention de la FCI ?
Un premier atelier a été consacré à la communication, nécessaire pour nous mettre davantage en avant, et aux outils dont nous disposons, internet, réseaux sociaux, annuaire des cavistes… Nous voulons mieux communiquer tous ensemble grâce à des actions communes, des outils digitaux… On a d’ailleurs parlé de la chronique sur l’actualité des cavistes que vous nous consacrez dans le magazine « Terre de Vins » ! La partie communication a énormément avancé depuis l’an dernier, notamment pour aider au référencement de notre site www.cavistes.org sur lequel tous les cavistes sont renseignés. Aujourd’hui, 70 à 80% des cavistes ont une page Facebook, là où il y a un ou deux ans seuls 50% en avaient, et il y a trois ans seuls peut-être 10 ou 20%. On a boosté nos confrères à se lancer sur la question et à dépasser leur réticences. Il faut prendre conscience qu’aujourd’hui on ne peut plus rester derrière son comptoir à attendre le client. Ca y est, ça commence à rentrer, c’est bien.
Un deuxième atelier a abordé un chantier démarré depuis maintenant six mois : la mise en place du « Label Caviste », pour être plus visible et mieux identifié. Tout le monde utilise le mot « caviste » un peu à tort et à travers. Le label doit permettre de qualifier un caviste et son vrai métier, pour qu’il y ait un signe de reconnaissance pour le client final et pour donner une image de qualité. Aujourd’hui, les gens sont en quête de circuits courts et de commerces de proximité, et le caviste en est un par essence. On peut donner du conseil, on connaît tous nos produits. Un logo manifestera l’appartenance à ce « Label caviste ».
Enfin, notre troisième atelier a été dédié à la présentation du gros travail effectué pendant un an pour mettre en place un contrat d’assurance-groupe. Les cavistes, comme beaucoup de commerçants, sont souvent mal assurés. Par exemple, il y a un an ou deux, un confrère a subi un incendie, le contrat d’assurance datait de son père, mais la cave avait grossi et le contrat n’avait pas été révisé. Ses garanties étaient celles d’il y a quinze ans. Il ne bénéficiait notamment pas de la garantie « perte d’exploitation » qui est vitale, car des charges continuent à courir. On a passé un accord avec une compagnie d’assurances indépendante, un petit groupe mutualiste, « Areas ». Avec un agent indépendant, on a monté un contrat vraiment spécifique pour tous les risques inhérents à notre métier, en prenant en compte ses spécificités, et ce, à des coûts très compétitifs.

Vous avez également convié un invité prestigieux à venir à votre rencontre. Parlez-nous de cet invité…
Guillaume d’Angerville, propriétaire du domaine Marquis d’Angerville, un des très vieux domaines familiaux de Bourgogne, à Volnay, qui exporte beaucoup, nous a honorés de sa présence. Guillaume d’Angerville a aussi fait partie de l’association qui a mis en place les climats de Bourgogne en vue du classement UNESCO, avec Aubert de Villaine. Maintenant, il est président de l’association des Climats de Bourgogne et nous a raconté toute la genèse du classement des climats, ce que ça apporte à la Bourgogne et les contraintes.