Les premières nuits d’avril ont été froides en Alsace. Malgré des températures qui sont descendues entre – 4 et – 5, il semble que les dégâts soient modérés, même si le bilan ne sera pas définitif avant plusieurs jours.

« Entre moins 4 et moins 5 ce matin, avec le soleil derrière qui peut cuire. Le réchauffage rapide ce n’est pas bon. Les rhododendrons sont déjà cuits » déclarait Etienne Loew, à Westhoffen (Bas-Rhin) le 4 avril. Le lendemain, après avoir fait le tour des vignes il n’ose encore se prononcer : « On n’aura peut-être pas de dégâts dans les bas. Et dans les coteaux, on verra d’ici 15 jours si les bourgeons ont été touchés à cœur ». Il rappelle que ce sont «seulement » deux nuits et que pour les cépages tardifs, le bourgeon était encore presque au stade hivernal et poursuit : « Pour les cépages précoces gewurztraminer et chardonnay, le bourgeon était gonflé, mais les pointes vertes à l’intérieur pourraient avoir été protégées. Toutefois, l’an dernier, des endroits où on pensait avoir des fruits étaient morts ». Le bouleversement climatique explique la nouvelle donne. « Autrefois, on avait des hivers beaucoup plus longs et froids, aujourd’hui on a un redoux en février ou mars, il y a une montée de sève beaucoup plus tôt et puis un retour massif du froid avec ces conséquences » explique-t-il.

Pas encore de solution en Alsace

L’Alsace est-elle préparée à lutter contre le gel comme d’autres régions ? Pas encore. « On n’a pas encore été suffisamment traumatisés par 2021 » suggère Etienne Loew. La solution de tailler tard pour retarder le départ de végétation semble bien sur le papier, mais impossible à appliquer car il y a trop à faire au printemps entre la vigne, la cave et le commerce. Jean Dirler, au domaine Dirler-Cadé à Bergholtz (Haut-Rhin) confirme qu’il ne peut retarder la taille qu’à petite échelle : « On le fait sur quelques vignes qu’on privilégie. Cette année je l’ai fait sur une parcelle du grand cru Saering qui avait gelé en deuxième année. Nous, on avait été épargnés jusqu’à maintenant mais la zone de Colmar avait déjà été bien touchée dès 2017 ». En biodynamie, on préconise des traitements à base de valériane, pour son effet réchauffant. Etienne Loew constate que cela n’a pas suffi l’an passé. Jean Dirler rappelle que cela peut fonctionner avec des gels à moins 2 degrés, mais pas au-delà. Chez lui, il craint un peu pour les gewurztraminers, précoces, en bas de coteau. Le haut semble épargné. Et pour les rieslings, tous les bourgeons n’étaient pas dehors.

Le vent était une chance

« Samedi il y a eu la neige et la pluie, puis dimanche un froid sec et lundi beaucoup de vent » explique Eric Freyburger, chef de culture au domaine Albert Mann à Wettolsheim (Haut-Rhin)  « une chance, c’était une gelée noire, pas une blanche, le ressenti était froid, mais le froid n’était pas installé ». Aujourd’hui au milieu des gewurztraminers, dans les hauts du grand cru Furstentum, il constate que les vignes qui étaient déjà presque au stade pointes vertes, n’ont pas été touchées et se réjouit car « après 24 h, ce serait déjà noir ». Mêmes conclusions sur le grand cru Praelatenberg de Kintzheim (Bas-Rhin). « L’an dernier, on a eu beaucoup de gel de gewurztraminer sur le coteau, mais cette année, c’était moins avancé. C’est encore assez dans la bourre, c’est serré et donc pas trop fragile, malgré les moins 4 ou moins 5 degrés » estime Olivier Bemrich, vigneron à la cave Les Faitières de Orschwiller-Kintzheim.