(Photos Nevio Doz et Frédérique Hermine)
(Photos Nevio Doz et Frédérique Hermine)

Gianfranco Bisol a retrouvé dans les jardins de Venise quelques pieds d’un cépage autochtone, le dorona, qui produit un rare nectar, le Venissa, désormais disponible en France.

Une jolie histoire, presqu’un miracle que ce vin de Venise sauvé des eaux puis de l’oubli, alors tout le monde pensait le vignoble disparu avec « l’acqua alta » en 1966. Cette année-là, les ceps habitués à être immergés quelques heures quand la mer inonde la lagune avaient été noyés pendant quatre jours et n’y avaient pas survécu. On pensait la dorona, dernière variété autochtone, éteinte. L’agriculture avait été abandonnée à cause d’une trop grande salinité des sols, les paysans préférant partir travailler dans les verreries de Murano. Dans les quelques vignes restantes, on avait replanté du trebbiano, du verduzzo, du pinot mais on avait renoncé au dorona.

Le dorona sauvé des eaux

En se promenant un jour dans l’île, un producteur de prosecco Gianluca Bisol, s’arrête devant des pieds de vigne sauvages d’un jardin. La curiosité le pousse à interroger la propriétaire qui voulait les arracher. L’ampélographe qu’il consulte confirme qu’il s’agit bien de la variété indigène que l’on croyait disparue. Le producteur rachète in extremis les derniers pieds, part à la recherche d’autres ceps dans l’île et en récupère plus de 80 transférés sur l’ile de Mazzorbo pour y être marcottés dans un domaine appartenant à la cité de Venise. Ainsi renaissent 4800 pieds sur l’ile au nord de la lagune vénitienne où les terres ne représentent que 8%. Les 0,8 ha plantés en sélection massale sur les 2 ha de la propriété, entre fleurs et vergers, produisent désormais 4000 bouteilles (150 pour le premier millésime 2010). La propriété qui abrite également un restaurant gastronomique et des chambres d’hôtes est désormais gérée par l’un des fils de Gianluca. Elle est conduite sans pesticide ni herbicide, en biodynamie.

Un nectar d’exception

Les raisins récoltés macèrent en grappes entières 40 jours avant de fermenter 3 ans en cuves avant embouteillage. Ils donnent un nectar doré avec la fraicheur et l’aromatique des blancs, la garde et la structure des rouges, sur des notes de noix et de fruits secs, de miel et d’amande, avec une pointe acidulée et bien sûr légèrement saline. L’œnologue, Roberto Cipresso rappelle souvent que « ce terroir exceptionnel donne des vins à forte personnalité comme la viticulture héroïque des vignobles de montagne ». Les Bisol ont voulu pour ce nectar un flacon d’exception. Dorées à l’or fin comme la basilique Saint Marc, les bouteilles numérotées en verre de Murano frappé d’une feuille de vigne et imaginées par le designer Giovanni Moretti de Murano font référence à toute l’histoire vénitienne. Barrère et Capdevielle en importe depuis quelques mois quelques centaines de bouteilles en France, disponibles notamment chez Soif d’Ailleurs à Paris (180 €).