(photo ©CIVJ)
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Et voici un quatrième mandat pour Jean-Charles Tissot, 47 ans, à la présidence de l’interprofession des vins du Jura. Le viticulteur de 11 hectares à Montigny-les-Arsures (39), coopérateur de la Fruitière d’Arbois, a déjà effectué trois mandats entre 2009 et 2018 et prend la succession de Franck Vichet qui représentait le négoce.

Franck Vichet est parti avec soulagement après un bilan estimé “difficile sanitairement, économiquement et climatiquement”. Et c’est peu dire que les difficultés s’accumulent sur le vignoble jurassien : une directrice restée en poste moins d’un an après le départ de Baudouin de Chassey et une vacance avant l’arrivée du bourguignon Olivier Badoureaux en novembre dernier, trois gels en cinq ans qui ont fortement réduit les volumes de récolte et donc les moyens de l’interprofession, une flambée des prix du foncier notamment avec la dernière vente du domaine Ganevat à un milliardaire russe… Dernière catastrophe en date, mi juillet, avec un glissement de terrain à Château-Chalon et Ménétru-le-Vignoble après de forts épisodes de pluies et qui a détruit des routes d’accès et ravagé une partie du vignoble des domaines Credoz et Macle. Les ventes sont passées en dix ans de 80 000 hl à 59 000 hl avec la mise à mal d’une viticulture familiale et le vieillissement des actifs.

C’est dans ce contexte guère encourageant que Jean-Charles Tissot revient avec Arnaud Van der Voorde, directeur technique des Grands Chais de France à la vice-présidence. “Ce qui m’inquiète le plus, c’est la pesanteur terrible des dossiers, reconnait le viticulteur jurassien. Nous sommes pénalisés par la lourdeur administrative comme avec la mise en place de la DRM dématérialisée qui engendre des coûts supplémentaires pour la filière et se heurte à la difficulté de formation des opérateurs et à certains réfractaires au numérique même si, à terme, nous allons bien sûr y gagner en efficacité et en statistiques”. L’interpro jurassienne va heureusement bénéficier de la mise à disposition du logiciel de l’interpro bourguignonne (BIVB) mais il devra néanmoins être adapté, “ce qui représente du temps et un coût de 20-25 000€ non négligeable pour un budget annuel d’environ 400 000€”.

Un modèle familial menacé

Mais Jean-Charles Tissot redoute surtout la mise à mal du modèle familial par une pression foncière croissante et relativement nouvelle. Il avait déjà lancé l’alerte il y a cinq ans et proposer un recensement des vignobles disponibles notamment sur Arbois et Château-Chalon pour faciliter les rachats. Une fiche “S’installer dans le Jura” avait été mise en œuvre sur le site du CIVJ pour aider à la transmission. “Il faut vraiment accompagner les candidats à la reprise, ce que ne fait pas la Chambre d’Agriculture qui se soucie plus de la filière Comté, et les aider à monter un business plan, à se familiariser avec l’administratif. Certains ont des parrains professionnels prestigieux mais cela ne suffit pas au quotidien”. Avec le départ du provocateur Nicolas Caire, président de la Société Jurassienne de Viticulture “avec lequel aucun dialogue n’était possible”, le CIVJ pourrait se rapprocher de la SVJ, désormais présidée depuis mars dernier par la dynamique Valérie Closset (domaine Champ Divin) “avec qui on peut au moins échanger”, souligne Jean-Charles Tissot.

Autre projet en souffrance, la Cité des Vins validée sur les trois sites complémentaires de Château-Chalon, Arbois et Orbagna mais “qui n’avance pas à cause de la multitude des partenaires et des collectivités territoriales impliqués, sans compter le changement de municipalité à Arbois qui n’aide pas non plus, alors que nous disposons déjà de plus de 85% du financement estimé à environ 4 M€” s’agace le président qui milite depuis des années pour une véritable ambition œnotouristique pour le Jura. Le prochain chantier sera de réactiver à l’automne la cellule export pour étudier d’éventuelles actions qui pourraient bénéficier d’aides dans le cadre du plan de relance même si les prochains volumes de récolte risquent d’être faibles à cause des pertes dues au gel d’avril.

A PROPOS DU VIGNOBLE JURASSIEN

Le Jura représente 2000 ha de vignoble et 4 AOC dont Arbois, la première déclarée en 1936 et qui représente 32% des ventes, Côtes du Jura 31%, Crémant du Jura 27%, Macvin 6%, Château Chalon 1%, L’Etoile 1%.

40% des volumes du Jura en 2019-2020 sont en vins blancs, 27% de crémant, 22% de rouges, 6% de macvin et 1% de vins jaunes.

181 producteurs indépendants, 29 maisons de négoce et 4 coopératives (fruitières).