Deux semaines après un premier épisode de grêle , le Val de Loire est de nouveau touché. La partie est de la Touraine a reçu immense trainée d’orage qui a dévasté cultures, pépinières et vignobles.

« Du jamais vu » déclare Isabelle Defrocourt, directrice de la Fédération des associations viticoles du Loir & Cher : « On n’a jamais vu une aussi importante surface traversée par un orage de grêle. Plus de 45 km sur 10 km de large, c’est énorme ». D’habitude les dommages sont beaucoup plus localisés. Certes le département s’est doté depuis les années 90 du système de protection Adelfa contre la grêle, renforcé dans les années 2000. « Les 45 générateurs ont fonctionné, mais l’orage était tellement violent qu’ils n’ont pas pu réduire son effet davantage. Ce sont des phénomènes de plus en plus fréquents et violents » regrette-t-elle.

Trop tôt pour estimer les dégâts

L’orage est arrivé dimanche soir, le 19 juin. Il est venu de l’Indre, a sauté le Cher et est remonté vers le nord-est. Sont concernées les appellations Touraine Chenonceaux, Touraine, Touraine Oisly, Cour Cheverny et Cheverny. Michel Badier, chargé de mission viticulture à la chambre d’agriculture du Loir & Cher explique qu’au moins 10% du vignoble a subi des dégâts, mais il ne fait pas d’estimation car « par expérience à moins de 8 jours, on est sûr de se tromper ». Pour le moment, la priorité est d’identifier les viticulteurs en détresse, de les accompagner. « On sort du gel, hier c’était le covid, il y a la pénurie et le coût des matières premières. Entre lundi matin et aujourd’hui, c’est déjà plus objectif, on est sorti de l’émotion » précise-t-il. La zone impactée est sans doute de quelques centaines d’hectares, mais pour la poignée de viticulteurs touchés, la suite va être très compliqué avec une récolte largement amputée, même si la plupart bénéficie d’une assurance.

Pourquoi ?

Il y a tout de même une chance cette année, c’est que jusqu’à ce dimanche à 20h, les planètes étaient alignées avec une végétation précoce et une belle charge. Les vignerons qui n’ont pas été touchés auront du volume et pourront vendre des raisins à leurs voisins. Les appellations ne sont pas en danger de pénurie comme après un gel. Et surtout l’orage n’a pas apporté que la méchante grêle. Il a aussi apporté l’eau qui manquait. « Avec 25 à 50 mm, la vigne a été nourrie, on se donne deux à trois semaines pour voir, mais cette pluie peut nous amener loin en Juillet » explique Michel Badier. Même les vignes grêlées pourront repartir, les bourgeons vont redémarrer, il y aura vite de nouvelles feuilles. La grande question qu’il faut se poser, c’est pourquoi ? « Avant, on grêlait sur une parcelle, sur une commune. C’est la responsabilité de tout le monde » conclut-il.

Isabelle Bachelard

° Le système de réduction des orages de grêle Adelfa a été expliqué dans l’article sur la Touraine