(photo : Famille Hugel)
(photo : Famille Hugel)

Avec son climat continental, le vignoble alsacien bénéficie d’un certain décalage par rapport au reste de la France. Les dégâts sont pour l’instant minimes mais le risque persistera jusqu’à mi-mai.

“Merci d’être tardif” s’exclame Jean-Frédéric Hugel, téléphone en main au milieu du grand cru Sporen de Riquewihr (Haut-Rhin) où il vérifie l’état de sa parcelle de gewurztraminer. “L’année est un peu hâtive, mais une à deux semaines seulement, ce n’est pas un record” poursuit-il. C’est le vignoble alsacien qui est tardif par rapport au reste de la France, de par sa position continentale au nord-est du pays. Il rappelle que sa commune de Riquewihr a peu de zones gélives, dans les bas. Mais il se souvient de 2017, qui avait détruit 20 à 25% de la récolte, et bien sûr 1991 qui est resté dans les annales de toute la France.

Peu de dégâts pour le moment

Comparativement à la plus grande partie du vignoble français, l’Alsace a pour l’instant très peu souffert des températures polaires qui se sont abattues depuis les premiers jours d’avril, puisque l’hiver y est plus marqué et plus longtemps froid qu’ailleurs. Pour Jean-Marie Haag, vigneron à Soultzmatt (Haut-Rhin), on ne peut pas encore dire ce qu’il adviendra des bourgeons grillés, principalement sur le gewurztraminer, le cépage le plus précoce car “ce sont des bourgeons de 3 centimètres encore fermés, on ne voit pas”. Quant à la précocité, elle est relative, puisque l’an dernier était plus hâtif, mais s’en est bien sorti car il n’y a pas eu de gelées postérieures.

Surtout les cépages précoces

Arthur Froehly, responsable du pôle technique au CIVA, Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace, a observé quelques dégâts dans les secteurs précoces comme les grands crus Schlossberg, Mambourg, Vorbourg, sur les cépages précoces, gewurztraminer et chardonnay, ce dernier utilisé pour le crémant d’Alsace, dans des couloirs de froid ou des cuvettes. Mais “ce qui a gelé, ça peut être les feuilles extérieures, le bourgeon intérieur peut n’avoir pas brûlé”. Sur sa parcelle de référence à Bergheim (Haut-Rhin) suivie depuis 1976, le mi-débourrement sur le gewurztraminer a été observé les 6-7 avril, ce qui le place dans les dix plus hâtifs des 45 dernières années. Mais même le riesling, qui prend normalement son temps pour sortir, arrive aujourd’hui à 30% de débourrement.

La végétation était peu avancée

Au domaine Roland Schmitt de Bergbieten (Bas-Rhin) Lucile Schmitt se réjouit que la végétation soit peu avancée : “Les bourgeons ne sont pas encore dans le coton, donc pas de problème sauf sur les jeunes vignes et les complants”. Son frère Julien, qui veille au vignoble, sait qu’il faut tenir encore un mois, car l’an dernier, il a gelé en mai, y compris sur des milieux de coteaux, du pinot noir qui fait le crémant et un très bon terroir de sylvaner : “Je n’ai que vingt ans de métier, mais je vois le risque grandir. Bien sûr il y a les contre-bourgeons, mais quand ils produisent, la floraison est retardée. L’an dernier, j’ai coupé ce qui en était issu, des petites grappes pas mures qui auraient perturbé les vendangeurs”.

Vignes et fruitiers en danger

En Alsace, le prix de vente des vins ne permet pas vraiment de s’équiper contre le gel. “Heureusement il y peu de coins gélifs et les exploitations sont très dispersées, un avantage par rapport aux régions où le vignoble est quasiment d’un seul tenant” explique Aura Meyer, du domaine Meyer-Fonné à Katzenthal (Haut-Rhin). Elle constate tout de même qu’il y a plus de gels de printemps ces dernières années. Les viticulteurs qui ont aussi des vergers utilisent principalement des braseros et des bougies pour protéger leurs vignes. Corentin Schillinger, technicien viticole chez Bestheim, le groupe coopératif basé à Benwhihr (Bas-Rhin) explique que la variation de température n’a pas été aussi brutale que dans les régions qui sont passées de + 26 à -7°C : “On n’est pas descendu en dessous de –4°C et c’est surtout la nuit du 6 avril qui a été la plus froide, ensuite les températures sont remontées”. Les températures faiblement négatives ont contenu le danger, mais elles menacent encore jusqu’à la fin de la semaine. Un des adhérents de la cave a signalé qu’au matin du mardi 12 avril, sa parcelle de gewurztraminer du grand cru Schlossberg à Kientzheim (Haut-Rhin) était touchée. En toute logique : cépage précoce sur terroir précoce.