À Villeneuve-lès-Maguelone sur la métropole de Montpellier, le Mas numérique est un projet innovant et unique de SupAgro, installé sur leur exploitation agricole du Domaine du Chapitre. On y expérimente en conditions réelles des outils numériques existants : quoi de neuf pour les vendanges ?

Le Domaine du Chapitre s’étend sur une centaine d’hectares, de vignes, d’oliviers, de grandes cultures et de garrigues. Ses solides bâtiments en pierre claire et sa cour avec ses tracteurs ressemblent à des centaines d’autres en Languedoc, les vignes qui l’entourent aussi. Seul un œil averti repère des détails insolites dans les cépages, des variétés nouvelles ou peu connues, expérimentées pour leur capacité de résistance aux évolutions climatiques : le marselan, le caladoc, l’aranel et le chasan. Au total, 35 hectares de vignes, expérimentales et traditionnelles, sont exploités. Une partie est vinifiée sur place, l’autre livrée en coopérative ; toutes sont travaillées à l’aide d’outils numériques, à chaque étape. C’est le Mas numérique, un projet unique développé par SupAgro Montpellier.

Initiée fin 2016, cette expérimentation en temps et grandeur réels utilise en production des solutions mises à disposition par dix-sept entreprises spécialistes de l’agriculture numérique dont les entreprises Vivelys, ITK et Pellenc. Les outils sont actuellement commercialisés, permettant aux futurs ingénieurs agronomes et techniciens agricoles de se former, montrant les outils à l’œuvre aux professionnels. “À ce jour, ce sont les logiciels de traçabilité les plus utilisés, ils sont présents sur environ 30% des exploitations”, explique Thomas Crestey, ingénieur SupAgro. Responsable du Mas numérique depuis sa création, il expérimente et échange avec les entreprises partenaires, dans un double principe de réalité : celle d’un domaine en production, et celle d’entreprises privées, avec leurs contraintes commerciales et leur stratégie. Il évalue la complémentarité possible entre les technologies, ou pointe les manques d’interopérabilité entre les solutions, ou des solutions envers les dossiers et demandes administratives.

Les vendanges 2.0

Voici la “trousse à outils” du Mas numérique pour les vendanges.
AGREO est un logiciel de gestion pour la traçabilité technico-economique parcellaire du vignoble, pour le cahier des charges réglementaires (traitements…) Utile toute l’année, il permet de déclarer les poids des vendanges et peut poursuivre la traçabilité jusqu’en cave… mais il faut entrer ses données à la main,
OENOVIEW est un service d’appréciation de la vigueur de la vigne. Il fonctionne à l’aide d’images satellites prises à véraison (une image par an). Adossé aux conseils de l’ICV, des cartes aident à la préparation des vendanges, aux sélections et regroupements parcellaires.
DYOSTEM est une solution matérielle et logicielle de Vivelys, qui permet de suivre l’évolution de la maturité des baies de raisin, avec un plateau d’analyse qui mesure taille, taux de sucre, teinte.
LE PRESSOIR CONNECTÉ mesure en direct, lors du pressurage, différents paramètres comme la pression, la conductivité etc. Ces nouvelles informations permettent de mieux piloter l’opération et les séparations des jus. C’est une option qui s’ajoute sur le pressoir de marque Perrin, à un coût marginal par rapport à un budget total, précise Thomas Crestey.
SCALYA, pilotage sécurisé de la fermentation, facilite le travail de l’œnologue en suivant l’évolution de la fermentation par capteur de CO2, et celle de la température par une thermosonde qui commande des électrovannes pour suivre la température cible. Les résultats peuvent consulté sur écran et à distance : le logiciel génère des alertes sur Smartphone en cas de problème.

Alléger la charge mentale vigneron

Thomas Crestey passe les solutions dématérialisées au tamis du quotidien : le smartphone s’avère bien peu pratique avec des mains humides, et se décharge bien trop vite pour une journée dans les vignes. Mais il constate aussi que ces outils permettent de faire des choses ingérables à la main, fiabilisent la collecte et la transmission d’informations, en particulier dans les grandes équipes. Le résultat final est quantitatif, avec gains financiers. Il est tout autant qualitatif, apportant confort de travail et tranquillité d’esprit en en basant ses décisions sur des données objectives : “Les outils peuvent s’adresser à des grands ou des petits domaines, bios ou pas, à des agriculteurs, mais aussi à des techniciens”, souligne le responsable du Mas numérique. Et la visite virtuelle sur le site permet de s’en faire une idée.

http://lemasnumerique.agrotic.org