Créé en collaboration avec les équipes de la Cité du Vin de Bordeaux, le projet chinois a continué à avancer pendant le confinement, avec une ouverture prévue en 2021. Plus de détails avec Philippe Massol, directeur général de la Fondation pour la culture et les civilisations du vin.

Philippe Massol, pouvez-vous rappeler à nos lecteur la genèse du projet de Cité du Vin en Chine ?
A l’initiative du projet, il y a Weixing Tang, un entrepreneur chinois, francophile et francophone. Il a créé il y 25 ans, dans le sud de la ville de Pékin, avec des Français, le vignoble bio de Bolongbao, l’un des dix meilleurs vins chinois. Cet amoureux de la France a toujours œuvré pour les relations franco-chinoises et aidé plusieurs groupes français à s’installer en Chine. Sur sa propriété, il voulait aménager un espace pour expliquer la spécificité culturelle du vin. Il a eu l’occasion de rencontrer le sénateur César, qui lui a recommandé de venir à Bordeaux pour nous rencontrer avec Sylvie Cazes, ce qu’il a fait. On a ensuite été invités à aller en Chine pour rencontrer les instances municipales, et on a signé un protocole d’accord avec le district de Fangshan, au sud de la ville de Pékin, qui compte 33 propriétés viticoles, dont celle de Weixing Tang. Il y a six mois, ce qui a complètement changé, c’est que la ville de Pékin a décidé d’être l’investisseur unique du projet, Weixing Tang en demeurant l’exploitant. Ca va dans le sens de l’histoire, le gouvernement ayant décidé d’acculturer les Chinois au vin. Au départ, ce lieu s’appelait “Les Chemins de la connaissance du vin”, aujourd’hui, il s’appelle “Musée universel du vin”, et son nom va encore certainement évoluer. Ce musée de 18 000 m² sera le premier élément d’un village international du vin, un pôle touristique et de loisirs, aussi bien pour les habitants de Pékin que pour les touristes, qui devrait comprendre de l’hôtellerie, des résidences de tourisme, des restaurants, des boutiques, un centre équestre…

Quel rôle joue la Fondation pour la culture et les civilisations du vin dans ce projet ?
On les accompagne à la fois sur conduite du projet, la conception et la construction, et sur le projet scientifique, coordonné par Véronique Lemoine, qui a déjà coordonné celui de la Cité du Vin de Bordeaux. On a fait le projet muséographique avec Laurence Chesneau-Dupin, qui était jusqu’à il y a peu a directrice de la Fondation. On va rester responsables de tous ces domaines, en travaillant avec eux sur tous les contenus multimédias. On les accompagnera dans la programmation culturelle avant l’ouverture, en termes d’exposition, d’ateliers, de dégustations, d’événements, et dans les cinq ans suivant l’ouverture. On a notamment prévu que les expositions qu’on ferait à la Cité du Vin à partir de 2022 seraient d’abord faites à Bordeaux, et partiraient ensuite à la Cité du Vin de Pékin. Nous travaillons en collaboration avec l’architecte « Architecture-Studio », qui présente la spécificité d’avoir aussi une agence en Chine, et avec la scénographe Adeline Rispal, qui a une agence très reconnue en France et à l’étranger, et a notamment fait le pavillon français de l’exposition universelle de Milan. C’était un souhait de la ville de Pékin d’avoir un projet avec un savoir-faire entièrement français.

A quelle étape en est actuellement le projet, quelles avancées ont eu lieu récemment ?
L’avant-projet détaillé est en cours d’élaboration, la scénographie est en décalage, on a l’esquisse. Le projet muséographique a été validé, on connaît tous les espaces, leurs thèmes. Il n’y aura pas plus d’objets qu’à la Cité du Vin, mais peut-être plus de fac-similés. On sait tout ce qui sera fait dans le parcours permanent. Il sera très différent du nôtre, notamment dans son approche. A Bordeaux, on a un parcours permanent très libre, avec dix-neuf modules et des univers qu’on ne perçoit pas forcément. Là-bas, il y aura six univers très distincts, dans six espaces différents, pour aider les visiteurs chinois à se repérer dans l’espace. Le concept scénographique sera aussi très différent. Le premier module sera consacré au raisin, à la vigne, à apprendre comment on fait du vin, ce sera très bien expliqué. Une deuxième partie sera un peu l’équivalent de notre « galerie des civilisations », mais présentée très différemment. On racontera la grande histoire du vin, et on fera un parallèle entre l’histoire du vin dans le monde hors de la Chine et l’histoire des vins de fruits chinoise, car c’est très comparable. La troisième partie sera assez extraordinaire. C’est une salle de treize mètres de haut, sur deux étages, un genre de belvédère où les sols, murs et plafond sont des écrans couverts de LED. On ne sera pas uniquement sur des survols de vignobles, on va présenter douze grands pays du vin à travers des images symboliques de ce que veut dire le vin dans six pays de l’Ancien Monde et six du Nouveau Monde. Le quatrième univers est consacré aux sens du vin, il y a aura les couleurs de vins, les odeurs, sur le principe de la “table des cinq sens” de la Cité du Vin, mais totalement revisitée en termes d’expérience, avec notamment des séquences vidéo avec l’explication du principe de la dégustation. La cinquième partie est très pratico-pratique, pour guider de l’achat à la consommation, comment on achète un vin, on le choisit, le conserve, le consomme, comment on ouvre une bouteille, on sert un verre… C’est l’occasion de présenter l’histoire de la bouteille, du tire-bouchon, du verre. Un parcours ponctué par des rencontres avec des sommeliers, chefs, cavistes est aussi prévu, avec un format une question-une réponse. Le dernier espace est consacré à la dégustation. Finalement, travailler sur ce projet nous a aussi donné des idées pour la Cité du Vu de Bordeaux. Nos visiteurs trouvent qu’on ne leur explique pas assez comment on fait le vin dans le parcours permanent. C’était un choix volontaire de notre part, car on voulait que cette partie se passe dans les propriétés. Mais en tenant compte de ces remarques, lors du renouvellement de deux modules du parcours l’an prochain, on en profitera pour introduire une présentation simple de la confection du vin.

Le Coronavirus a-t-il eu un impact sur l’avancée du chantier en Chine ?
La date d’ouverture prévisionnelle est maintenue pour octobre 2021, elle n’a pas changé à cause du Coronavirus.

Outre ce projet chinois, d’autres projets de cités du vin ou apparentés sont-ils prévus ailleurs sur la planète ?
On a deux autres projets en cours, mais ils sont beaucoup moins avancés. Un premier projet privé avec la Corée du Sud, de moindre envergure, consiste comme en Chine à créer une sorte de resort, combinant en un même lieu des composantes d’hébergement, de dégustation, d’achat, avec une partie culturelle importante. Le deuxième projet se situe en Inde. Le deuxième producteur de vin indien a actuellement quatre sites dans lesquels il fait de l’œnotourisme de façon très basique, et veut introduire dans chacun d’eux une partie muséale. On lui a envoyé des propositions peu de temps avant le confinement quasi-général de la planète.