(photo DR)
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L’appellation des Baux de Provence a 25 ans. Pas de rallye cette année pour cet anniversaire mais bientôt une appellation “tout bio” à fêter avec la certification d’ici 2022 du dernier domaine, le Mas Sainte Berthe.

Le Mas Sainte-Berthe qui vient d’entamer sa certification en bio va enfin faire basculer l’appellation dans le tout bio, d’ici 2022. 85% des surfaces l’étaient déjà. “Au départ, les précurseurs de l’appellation était Noël Michelin de Terres Blanches, premier président du syndicat, Nicolas Cartier du Mas de Gourgonnier et Paul Cavallier de La Vallongue qui étaient déjà en bio dans les années 80, se souvient Christian Nief, le directeur technique du Mas Sainte-Berthe qui va prendre sa retraite dans quelques semaines. Quand je suis arrivé au domaine il y a 38 ans, nous étions en désherbage intégral et fumure chimique. J’ai commencé à travailler les sols, supprimé les acaricides, nous sommes passés en fumure organique il y a 15 ans, en désherbage mécanique il y a 4 ans, mais pour l’oïdium, il fallait parfois traiter. Sur le principe, c’est comme les antibiotiques, on n’en prend qu’en cas de besoin quand on ne peut pas faire autrement”. Avec l’arrivée en mars d’Eduardo Pincheira, originaire du Chili et ancien maître de chai de Château Romanin, également en Baux de Provence, la passation de relais s’est faite en douceur. Avec une fibre bio bien marquée (et même biodynamique à Romanin), il a convaincu les propriétaires, Geneviève Rolland et son fils Olivier, de passer en bio ; le dossier a été déposé cet été.

Changements de mains

L’appellation est d’abord née en 1956 VDQS (Vin Délimité de Qualité Supérieure) une dénomination aujourd’hui disparue, entre les vins de pays d’alors (rebaptisés IGP) et les AOC. Elle s’appelle alors “Les Coteaux des Baux-de-Provence” qui deviennent en 1985 Les Coteaux des Baux, dénomination de l’AOC Aix-en-Provence. Il faut attendre 1995 pour qu’elle accède au statut d’AOC à part entière, d’abord pour les rouges et rosés, pour les blancs en 2010. Elle concerne huit communes des Bouches-du-Rhône (Les Baux-de-Provence, Eygalières, Fontvieille, Mouriès, le Paradou, Maussanne-les-Alpilles, Saint-Étienne-du-Grès et Saint-Rémy- de-Provence) dans une aire de 240 hectares culminant à 490 m d’altitude et actuellement une dizaine de domaines. “Les Baux ont peu à peu vu disparaître la polyculture au profit d’une monoculture de vignes avec quelques oliviers et l’appellation est passée de 13 à 10 producteurs avec de nombreux changements à la tête des propriétés, une tendance dans l’air du temps sur toute la façade méditerranéenne, constate Christian Nief. La naissance de l’appellation a surtout permis au groupe de vignerons d’échanger entre eux”. Certains producteurs qui avaient pris le parti du cabernet-sauvignon majoritaire comme Dominique Hauvette, Eloi Dürbach (Trévallon) et Henri Milan ont abandonné les Baux quand l’Inao a validé comme cépages principaux grenache, syrah et mourvèdre pour les rouges.

Une appellation qui rosit

La répartition des couleurs a également évolué. En 1995, les Baux produisaient 75% de rouges et 25% de rosés, pas de blanc ; 15 ans plus tard les rouges avaient diminué à 60%, les rosés grimpé à 30% avec 10% de blancs. En 2020, les rouges ont encore perdu du terrain à 53%, les rosés, pour répondre à la demande, ont fait un bond à 39% et les blancs se maintiennent à 8%. “Cette troisième couleur pourrait progresser dans les prochaines années car on plante de plus en plus de cépages blancs, notamment du rolle en complément du grenache blanc, de la clairette, la roussanne…, explique la présidente de l’AOP Caroline Missoffe. L’objectif est de se développer et d’attirer peut-être de nouveaux vignerons tout en restant une appellation confidentielle”. Benoit Bateman du Domaine de Métifiot qui a repris un fermage au domaine Guilbert pourrait prochainement intégré l’appellation. D’autres domaines hors AOC mais voisins se sont montrés intéressés, à condition de trouver des parcelles dans l’aire géographique.

Ci-dessous : Geneviève Rolland et Christian Nief du Mas Sainte-Berthe (©DR)