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Les Fumées Blanches, de la Gascogne à la Bourgogne

Vignobles Les Fumées Blanches_©LesFuméesBlanches

Auteur

Frédérique
Hermine

Date

16.09.2026

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À l’approche de ses 30 ans, la marque Les Fumées Blanches, créée en 1997 par François et Jacques Lurton, change de main. Cette référence internationale entre dans le portefeuille de Boisset, la Famille des grands vins. 

François Lurton, qui conserve ses autres vignobles et activités, est peu disert sur l’opération. Chez Boisset, on assume davantage l’idée d’une acquisition, apparemment déjà communiquée auprès des clients. De fait, la marque, née en Gascogne, construite autour d’un seul cépage et devenue internationale, ouvre un nouveau chapitre de son histoire.

La transaction, intervenue au début de l’été, ne porte ni sur l’ensemble des Domaines François Lurton, ni même sur le domaine gersois des Fumées Blanches, mais uniquement sur la marque. L’approvisionnement en sauvignon demeure largement ancré dans le Gers. Le suivi, l’élaboration et l’embouteillage restent à Vayres, près de Bordeaux, avec l’appui des équipes du nouveau propriétaire. Pour Boisset, l'opération constitue surtout une porte d’entrée dans le Sud-Ouest, même s’il était déjà présent en Occitanie avec Fortant, inclus désormais dans Les Chais du Sud. 

Fondé en 1961 par Jean-Claude Boisset à Nuits-Saint-Georges, le groupe bourguignon s’est développé par croissance externe, en Chablis, Jura, Beaujolais, vallée du Rhône et Languedoc-Roussillon, jusqu’à la Californie. « Jean-Claude Boisset a toujours apprécié les Fumées Blanches dont il a toujours reconnu la qualité. Il voulait une marque porteuse et ça correspondait à un alignement des planètes. » ajoute Anne-Laure Godek, responsable de la communication. Les deux équipes ont déjà commencé à travailler ensemble, pour affiner la transmission et l’organisation de la production.

Le sauvignon dans le sang

Pour comprendre la valeur de la marque, il faut remonter à son origine et à l’obsession cépage qui l’a précédée. « Dans l’Entre-deux-Mers où était la propriété familiale de Château Bonnet, j’ai été quasiment nourri au sauvignon au biberon et j’ai exercé pendant des années mon activité de flying winemaker, en particulier pour les blancs », nous confiait François Lurton lors de notre dernier entretien. Son père André Lurton avait déjà poussé ce cépage en Pessac-Léognan. Très tôt, le sauvignon devient son terrain d’expérimentation. Avec son frère Jacques, il explore des origines différentes, des vinifications en grands contenants, des élevages sous bois, et s’intéresse au cépage dans plusieurs vignobles du monde, en Afrique du Sud, en Australie, en Nouvelle-Zélande, en l’Espagne et au Chili.

Lurton François©F.Hermine

François Lurton devient un « sauvignon addict ». Le contexte est alors particulièrement favorable aux vins de cépage. Dans une Gascogne davantage tournée vers le colombard, les deux frères Lurton identifient le potentiel du sauvignon blanc et lancent Les Fumées Blanches en 1997. Il est devenu depuis, le deuxième cépage le plus planté des Côtes de Gascogne. Ce n’est encore qu’un pari lorsqu’ils décident d’en faire le cœur d’une marque. Les Fumées Blanches font d’ailleurs référence aux brumes matinales qui enveloppent les vignes, au pied de la Montagne Noire, entre l’Atlantique et les Pyrénées. À l’origine, le vin est un assemblage de sauvignons blancs provenant de plusieurs terroirs du Gers. Une identité territoriale, associée à un cépage dont le profil aromatique est facilement identifiable : un style frais aux arômes de fruits exotiques et d’agrumes sur une finale saline.

Un ancrage gersois

Si Les Fumées Blanches naissent en Gascogne, leur développement international impose d’élargir le sourcing. Le vin reste élaboré dans le Sud-Ouest, mais les raisins ou les vins sélectionnés peuvent provenir de plusieurs régions, Gers, Minervois, Charente, Touraine... Le territoire fondateur devient ainsi un point d’ancrage plutôt qu’une limite. Mais la marque commercialisée en France ne s’approvisionne que dans la région gersoise (jusqu’à 300 hectares) pour conserver l’IGP Côtes-de-Gascogne tandis qu’elle passe en Vin de France pour être exportée, une dénomination plus porteuse à l’international. La mécanique permet de répondre aux volumes sans abandonner la méthode de sélection, d’assemblage et de vinification en monocépage.

En 2007, les deux frères mettent fin à leur association. Après la séparation, il conserve et développe ses activités, notamment dans le Gers, le Languedoc et le Roussillon, tout en poursuivant son aventure internationale. En 2010, François Lurton sécurise encore davantage son approvisionnement en achetant avec Pascal Debon le Domaine de l’Herré, à Manciet, dans le Gers. La centaine d’hectares sert notamment à centraliser la production des blancs, et à sécuriser l’approvisionnement dont celui des Fumées Blanches. Ce qui n’empêche pas la poursuite des partenariats avec les producteurs locaux. François Lurton revendra ses parts en 2016. 

La marque prend une dimension qui dépasse largement le vignoble propre. Il y a une dizaine d’années, François Lurton parlait de « cinq à six millions de litres vendus chaque année, soit la moitié de ma production, et plus de 90% commercialisés à l’international ». En 2022, il estimait que «  la marque représentait un approvisionnement de 700 hectares pour la référence classique dont 200 pour le Côtes-de-Gascogne bio. Et toutes mes propriétés sont en bio, et même en biodynamie au Chili ». 

Une marque qui se réinvente

Le modèle est devenu celui d’une marque mondiale, distribuée dans des dizaines de pays. Dans le top 5, le Canada, la Scandinavie, l’Allemagne et bien sûr la France. L’autre ressort de cette croissance tient à l’élargissement progressif de la gamme. Après le blanc historique, Xavier-Luc Linglin, arrivé comme directeur de l’entreprise en 2014, s’est attaché à développer des déclinaisons notamment en rosé, en pétillant, en orange et en sans alcool. Le rosé, élaboré à partir de sauvignon gris, devient même le moteur de la croissance, même si le blanc reste la locomotive.

« Pour être attractif sur le marché, il fallait se préoccuper d’une croissance continue de la marque avec des déclinaisons à l’époque avant-gardistes comme le vin orange ou les sans alcool qui répondent à de nouveaux usages et à de nouveaux marchés » commente Xavier-Luc Linglin. « Nous avions fait à une époque du rouge avec du merlot et du pinot noir, nous nous sommes finalement recentrés sur le sauvignon qui correspond à l’image de ‘François Lurton, l’homme du sauvignon”’».

En 2017, le Bordelais de génie franchit même une nouvelle frontière en lançant Sorgin, un gin distillé à partir de sauvignon blanc. Puis vient l’acquisition du domaine de Targuerie (55 hectares dans le Gers), acquis en 2022, qui va contribuer à développer également la gamme d’armagnacs. Les spiritueux sont baptisés Récapet, du nom de son arrière-grand-père, Léonce Récapet, distillateur à Branne (33) au XIXe siècle. Et Léonce pour un vermouth également à base de sauvignon. 

©LesFuméesBlanches

Préserver le style

François Lurton revendique une approche où l’acidité joue un rôle central dans la conservation du vin. Il porte une attention particulière à l’oxygène, aux levures et à la préservation de la fraîcheur. « Je n’achète jamais de vins en vrac, je préfère tout maîtriser, récolter au bon moment des raisins propres vendangés dans des remorques inertées au gaz carbonique et vinifiés sur lies à l’abri de l’oxygène et à soufre minima. L’essentiel est de travailler sur l’acidité pour qu’un vin se conserve parfaitement dans la bouteille. ». Boisset entend capitaliser sur ce qui a fait la force de la marque sans bouleverser son identité.

Le groupe devrait travailler davantage sur le potentiel de développement aux États-Unis et en Grande-Bretagne, deux marchés où François Lurton n’était pas parvenu à installer durablement Les Fumées Blanches. La réflexion sur le reste de la gamme est encore ouverte sachant que le sauvignon blanc, le sauvignon gris, le bio et le sans alcool constituent des axes de développement, sans oublier les BIB. L’avenir des bulles et du vin orange n’est en revanche pas encore tranché. Quant à François Lurton, il se recentre sur les autres domaines de son entreprise sans délaisser pour autant le sauvignon.