(photo Jean-Michel Brouard)
(photo Jean-Michel Brouard)

Le domaine de Saint-Estèphe, Cru Bourgeois du Médoc, a entamé sa mue avec le rachat de la propriété par Jacky Lorenzetti à la fin des années 2000 et ne cesse depuis de progresser qualitativement.

L’histoire des châteaux de Bordeaux n’est pas linéaire. Nombre de propriétés ont changé de mains à plusieurs reprises, ont connu des heures de gloire et des parfois une certaine descente aux enfers. L’histoire du Château Lilian-Ladouys à Saint-Estèphe s’inscrit parfaitement dans ce mouvement. La propriété s’est construite progressivement depuis 1564 et a connu quelques périodes de gloire, notamment au début du XXème siècle quand le classement de 1932 lui reconnaissait la qualité de Cru Bourgeois Supérieur. Malheureusement, les conflits mondiaux et les affres du temps vont la détériorer jusqu’à l’arrivée providentielle d’un entrepreneur œnophile, Christian Thiéblot. Son amour pour la propriété n’a d’égal que celui qu’il porte à sa femme, Lilian, en l’honneur de laquelle il accolera le prénom au nom du Château Ladouys. Le rachat a lieu en 1988 et 1989, leur premier millésime, montre de belles qualités, tout comme ses successeurs 1990 et 1991. C’est le temps des grands chambardements. Sous l’impulsion de ses nouveaux propriétaires, le Château passera de 20 hectares à 46 hectares, grâce au rachat de nombreuses parcelles disséminées sur toute l’appellation Saint-Estèphe. Tant est si bien qu’au milieu des années 1990, la propriété était la plus morcelée de tout le Médoc. La stratégie de hausse des prix initiée concomitamment ne trouva pas d’écho favorable auprès des consommateurs et les propriétaires durent se séparer de leur château en 1995. S’ensuivit une longue traversée du désert jusqu’en 2008, année du rachat par Jacky Lorenzetti, fondateur du groupe Foncia, et son épouse, tous deux amoureux du Médoc.

Une mue totale

Après 13 ans d’errance, la tâche de reconstitution du domaine s’avérait immense. Il fallait ressouder les équipes autour d’un beau projet commun, améliorer chacune des étapes de production, de la vigne à la cave, repenser la constitution même de la propriété. Après une analyse précise des déficiences existantes, de grands chantiers vont être initiés : modification de la taille des vignes, relance du travail des sols et enherbement pour contrer une vigueur trop importante, dégustations régulières des baies sur chacune des 246 parcelles pour permettre une vendange à pleine maturité sur les différents secteurs. L’idée était de passer d’un modèle « au plus facile » à un modèle « au plus précis ».

Évidemment, l’approvisionnement en barriques sera lui aussi revu pour garantir davantage de finesse lors de l’élevage des vins. Mais l’action la plus spectaculaire fut, à n’en pas douter, celle de remembrement de la propriété à coups de ventes, achats et échanges de parcelles. Le but étant de se séparer de parcelles moins qualitatives et de permettre également une concentration autour du château. Entre 2008 et 2013, les sols de la propriété seront modifiés à 65% ! Avec en parallèle un travail d’arrachage de vignes plantées dans les années 1970 avec des porte-greffes garants de volumes mais pas de qualité. Le château Lilian-Ladouys d’aujourd’hui est donc bien différent d’il y a 10 ans. Les vins ont gagné en élégance, en précision aromatique, en finesse de texture. Pour s’en convaincre, il suffit de comparer les très beaux 2012 et 2014 (environ 25 €) au 2009 encore assez caricatural. Le chemin parcouru est déjà impressionnant. Nul doute que les efforts devront continuer pour que le domaine retrouve son rang. Le futur nouveau classement des crus bourgeois sera, à ce titre, un bon indicateur.