(photo Inter Rhône)
(photo Inter Rhône)

Reconnue AOC depuis 1947, Lirac demeure encore discrète par rapport à certains de ses voisins du Rhône méridional. Pourtant, ses atouts sont nombreux ; à commencer par son sens du collectif, comme l’a prouvé la rencontre entre producteurs et négociants qui se tenait vendredi dernier au sein de la Maison Ogier.

Lirac dans la lumière. Le cru de la rive droite du Rhône se retrousse les manches pour mieux se faire connaître des consommateurs et s’émanciper de ses voisins, en particulier Châteauneuf-du-Pape. Portée par une équipe dynamique et notamment par ses deux co-présidents, Rodolphe de Pins (Château de Montfaucon, représentant les producteurs) et François Miquel (Maison Ogier, représentant le négoce), l’AOC qui fête cette année ses 75 ans entend faire valoir ses atouts, et ils sont nombreux. Quelques mois après avoir présenté son plan environnemental, Lirac faisait montre, vendredi 14 janvier, de ses ambitions collectives en organisant les quatrièmes rencontres entre producteurs et négociants, dans le cadre de la Maison Ogier. Un rendez-vous qui réunissait une vingtaine de domaines et une douzaine de négoces afin de déguster les millésimes récents, provoquer des affaires mais surtout « créer du lien, remettre l’humain au cœur de notre appellation« , précisent les deux co-présidents. « Un exemple d’intelligence collective que certains commencent à nous envier et même à imiter », destinée aussi à donner envie au négoce de jouer son rôle de locomotive pour l’appellation, comme le fait la Maison Ogier depuis une trentaine d’années.

Très actif à l’export, qui représente aujourd’hui 40% des volumes expédiés (sur des marchés dynamiques comme le Royaume-Uni, la Belgique, l’Allemagne, et bien sûr les Etats-Unis malgré un léger repli ces derniers mois), Lirac veut reconquérir le marché national, en renforçant sa présence en CHR (19% des volumes), en travaillant le réseau caviste mais aussi en occupant mieux le terrain de la grande distribution. Le circuit traditionnel représente actuellement 50% en volume et 40% en valeur.

Le rouge dominant, l’avenir en blanc

« Il est important que l’on trace des perspectives ensemble, et ces rencontres production / négoce y contribuent« , souligne Rodolphe de Pins, saluant le dynamisme de la Maison Ogier mais aussi des nombreux opérateurs de Châteauneuf – une trentaine à ce jour – qui croient en l’appellation et y investissent. Avec une surface plantée d’un peu moins de 800 hectares (pour un potentiel de 1200), une production de 23 319 hectolitres en 2021 et une bonne disponibilité de stocks (32 698 hectolitres), Lirac a les moyens de se développer. Il lui reste à travailler le faire-savoir notamment par davantage de présence sur les réseaux sociaux, à peaufiner son image (en s’extirpant du statut de « Baby Châteauneuf » qui lui colle parfois à la peau), enfin à défendre l’identité de ses terroirs et de ses vins. Sols de sables, de calcaires et de galets roulés, vallons, fissures et proximité du Rhône garantissant de la fraîcheur, possibilité de produire dans les trois couleurs sont autant d’atouts à faire valoir. Si le rouge est aujourd’hui ultra dominant (87% de la production), réussissant souvent un très joli équilibre entre puissance, élégance et complexité*, le rosé reste très minoritaire (3%, rappelons que Tavel est juste à côté) et le blanc, actuellement à 10%, semble promis à un très bel avenir : tous les indicateurs poussent à une augmentation de sa part de production dans les années à venir

Actuellement l’un des crus les plus accessibles en prix de la Vallée du Rhône (248 €/hl en 2021, prix moyen à la bouteille de 7,19 €), Lirac est aussi engagé sur le front environnemental, avec 50% des surfaces en conversion ou certifiées bio. Autant dire qu’il y a ici un grand nombre de pépites à dénicher, qu’elles soient issues de coopératives (Laudun Chusclan, Vignerons de Tavel et Lirac), de maisons de négoce (Ogier, Tardieu Laurent, Xavier Vins) ou bien sûr de domaines particuliers (Montfaucon, Ségriès, Coudoulis, La Mordorée, Mas Isabelle, Amido, Maravilhas, La Lôyane pour n’en citer que quelques-uns). Avis aux amateurs !

*Lire à ce sujet, dans le n°75 de « Terre de Vins » cette semaine dans les kiosques, la rubrique « L’ABC de l’AOC » consacrée à l’appellation Lirac. Jean-Michel Brouard y a sélectionné trois pépites en rouge.