(photos : Frédérique Hermine)
(photos : Frédérique Hermine)

Tout en finesse et en profondeur, en syrah majeure ou en marsanne-roussanne, les hermitages font rêver les amateurs de grands vins. Leur notoriété au fil des siècles n’a cessé de grandir.

Tout en haut de la colline, à côté de la célèbre chapelle, on peut admirer le Rhône majestueux venu de Lyon, au nord, qui tourne vers les vignobles du sud, Cornas et Saint Joseph. En face de ce vignoble en terrasses exposé plein sud de la plus septentrionale et la plus petite appellation de la vallée rhodanienne (hors château Grillet) , d’autres terrasses, celles de l’une des plus importantes en volume : Crozes-Hermitage.

Une vue presque aérienne de ce que l’on appelait jadis le coteau de saint Christophe en raison de la chapelle qui lui est dédiée. Le nom d’Hermitage n’est apparu qu’au XVIIe siècle, en mémoire du chevalier Henri Gaspard de Sterimberg qui, au XIIIe siècle, après avoir guerroyé dans les croisades albigeoises, avait décidé de vivre en ermite sur cette colline cédée par la reine d’Espagne Anne de Castille. Il y aurait réimplanté, avec d’autres croisés venus le rejoindre, un vignoble baptisé Ermitage. Il existait déjà dans l’Antiquité à travers les célèbres vins de Vienne dont se sont inspirés les vins de paille aux arômes de miel et de fruits secs.

Issus de raisins surmuris séchés sur lit de paille, et contenant un minimum de 225 g de sucre résiduel/litre, ils sont encore élaborés par quelques vignerons comme Chapoutier, la cave de Tain, Jean-Louis Chave, Jean-Louis Grippat. Les vins de l’Ermitage peuvent s’enorgueillir au fil des siècles d’un joli club d’amateurs : Henri IV, Boileau, Louis XIV, Lafayette, Nicolas II, Alexandre Dumas… qui ont vanté ses louanges dans le monde entier. À ce jour, l’appellation est encore exportée pour plus de 40 %.

Avec ou sans H

Le H d’Hermitage est apparu plus tardivement, à partir de la fin du XIXe siècle pour faciliter la prononciation à la clientèle anglo-saxonne, friande de ses vins rhodaniens. Les deux orthographes entérinées par le décret d’appellation en 1937, sont désormais possibles, certains opérateurs comme Chapoutier et Jaboulet revendiquant l’usage sans H pour leurs cuvées de prestige.

L’AOC de 136 hectares qui bénéficie d’un microclimat sous influence méditerranéenne est délimitée sur trois communes de la Drôme : Tain-l’Hermitage, Crozes-Hermitage et Larnage, sur la rive gauche du Rhône. Elle compte aujourd’hui une quarantaine d’opérateurs dont une vingtaine de vinificateurs (Yann Chave, Jean-Louis Chave, Alain Graillot, Marc Sorrel…), une cave coopérative (la cave de Tain), et une douzaine de négociants (Chapoutier, Jaboulet, Guigal, Ferraton, Gabriel Meffre, Delas, Tardieu Laurent, Nicolas Perrin…). La production de ces dernières années a été particulièrement irrégulière pour cause de météo instable et de sécheresse, 3300 hl en 2016, 4000-4500 hl en moyenne, à plus des trois quarts en rouge.

L’art de l’assemblage des parcelles

Le terroir historique d’Hermitage est constitué d’arènes granitiques recouvertes de micaschistes et de gneiss, mais aussi de galets alluvionnaires. Une belle diversité qui se traduit dans la cartographie des lieux-dits (Bessards, Greffieux, Méal, Rocoule, Beaumes, Murets, etc.).

L’Hermitage, c’est avant tout l’art de l’assemblage des parcelles avec un cépage unique en rouge, la syrah (même si elle peut contenir 15 % de raisins blancs), deux en blanc, marsanne et roussanne. La syrah, autrefois agent améliorateur des bordeaux pour la couleur et la structure, donne des rouges corsés et charnus caractérisés par des notes de violette, épices, cassis, musc, cuir, tabac…

Des vins de grande garde qui méritent d’attendre au moins une douzaine d’années avant de s’épanouir dans votre verre pour accompagner truffes ou gibier. Les hermitages blancs, issus de marsanne et roussane, développent des arômes crémeux de noisette, fruits secs et confits, pêche, abricot, iris, tilleul… sur des notes miellées avec également un joli potentiel de garde pour des viandes blanches en sauce. La plupart sont en bicépages, certains en 100 % marsanne comme la Chapelle de Jaboulet, le Méal ou le Chante-Alouette de Chapoutier. Des vins rares et chers, à 35-60 €, voire plus selon les millésimes et les cuvées, qui méritent un repas de fête ou un moment de solitude en haut d’une colline, histoire de renouer avec le passé.

La Cave de Tain, Jaboulet, Ferraton et Chapoutier seront présents à Lyon Tasting les 14 et 15 octobre prochains