En ouverture de la huitième édition de Découvertes en Vallée du Rhône, qui se déroule du 2 au 5 mars entre Ampuis et Avignon, Michel Chapoutier, président d’Inter-Rhône, dresse un état des lieux.

Avec 650 exposants représentant 24 appellations de la Vallée du Rhône et répartis sur 14 lieux différents en quatre jours, d’Ampuis à Avignon ; avec plus de 2000 professionnels attendus, dont 40% d’étrangers issus de 25 pays différents, la huitième édition de Découvertes en Vallée du Rhône s’annonce sous de bons auspices. Ce rendez-vous professionnel de dégustation et de vente, dédié à l’intégralité des appellations rhodaniennes, s’est imposé depuis 2001 comme un événement majeur.

Du rosé, du blanc, du bio

Élu en novembre dernier président d’Inter-Rhône
, l’interprofession des vins de la Vallée du Rhône, le vigneron et négociant Michel Chapoutier dresse un état des lieux avec son équipe : “parmi les grandes tendances à mettre en avant en 2014, citons d’abord la continuation de l’essor des rosé, dont la production a augmenté de +8%. C’est un train qu’il ne fallait pas manquer, et nous nous devons de répondre à la demande croissante, d’autant que les cépages rhodaniens correspondent totalement à ce que doit être un bon rosé. Ensuite, il y a l’essor des vins blancs, qui représentent une production relativement faible pour l’ensemble de la vallée du Rhône (164 000 hl), mais appelée à se développer (+6, 7%), notamment à l’occasion de plans collectifs de restructuration du vignoble. Il ne faut pas rater cette évolution des blancs, pour une raison simple : elle correspond aux changements de consommation, à une hygiène de vie, à une diététique de certains consommateurs, qui du reste ont admis qu’un vin blanc n’était pas forcément synonyme d’acidité, mais pouvait être sur la salinité, sur l’amer, et donc ouvrir beaucoup de combinaisons avec la cuisine moderne. C’est un point fort des blancs de la Vallée du Rhône. Enfin, il faut souligner le développement de la production de vins bio. Ils représentent aujourd’hui 12% de la production, soit une superficie de 5300 hectares certifiés – sans compter les surfaces en conversion. On a assisté à une grande mutation de la filière bio, tant au niveau de la production que de la consommation. Aujourd’hui, le bio est pointu, précis, structuré, il n’y a plus d’incertitude qualitative de la part des consommateurs. Mieux encore, nous devons leur faire comprendre que le bio, c’est dans la logique même de la défense des AOC. Le bio, c’est une réalité microbiologique dans l’expression des sols, c’est une vérité qualitative dans l’expression des appellations et des terroirs.”

Miser sur l’export

En 2014, les vins de Vallée du Rhône ont subi, comme d’autres vignobles, les effets d’un millésime 2013 compliqué : une récolte en forte baisse, une nécessité de puiser dans les stocks pour alimenter les marchés. Malgré une baisse globale de 2, 6% de la commercialisation en volume, les vins de la Vallée du Rhône ont réussi à s’adapter à un contexte difficile : “il n’y a pas eu d’effet significatif de substitution de la part des acheteurs”, se réjouit Michel Chapoutier.

Au contraire, parmi les motifs de satisfaction, il souligne une augmentation de la présence des vins rhodaniens dans la restauration, en particulier pour les rouges (deuxième région représentée après Bordeaux), et un amortissement des exportations, malgré une baisse de 6, 5% en volume à cause du millésime 2013. “L’export est une préoccupation majeure. Nous voulons mener un développement équilibré entre le marché domestique et les marchés à fort potentiel de progression, où nous avons la prétention d’occuper une place importante”. Par marchés à fort potentiel de progression, il ne faut pas forcément entendre la Chine. Michel Chapoutier explique : “la Chine est un marché porteur, évidemment, mais nous ne voulons pas lâcher la proie pour l’ombre. Nous tenons à renforcer nos marchés traditionnels, comme les États-Unis, le Canada. De façon général, l’intérêt croissant de l’Amérique du Nord pour nos vins est un “renvoi d’ascenseur” pour la fidélité de la vallée du Rhône, qui n’a pas tout misé sur la spéculation du marché chinois.”

Des ambitions d’avenir

En tant que président d’Inter-Rhône, Michel Chapoutier a également à cœur de préparer l’avenir : soutenir le renouvellement du matériel végétal (“pas en naviguant à vue, mais en collectant précisément les ambitions de chacun et en établissant des plans sur plus de dix ans”), inciter les nouvelles générations à reprendre les exploitations, mais aussi inscrire pleinement les vins de la vallée du Rhône dans le concert de la mondialisation : “il faut renforcer notre force commerciale. Le but de la vallée du Rhône, c’est de devenir leader. Or si nous voulons être une région leader, nous devons nous inscrire sur du long terme, et former les jeunes, nos futurs vignerons, nos futurs professionnels du vin, à être non seulement des passionnés, des spécialistes, mais aussi des polyglottes, ouverts sur le monde. Renforcer l’apprentissage précoce de l’anglais, instaurer des programmes d’échanges, motiver les expériences dans les vignobles d’ailleurs… C’est ainsi que nous ferons de la vallée du Rhône un vignoble résolument ouvert vers l’étranger”.

Fort de ses expériences personnelles, Michel Chapoutier n’est pas craintif face à la concurrence mondiale : “notre force, c’est le marketing de l’offre. nous avons pour nous nos AOC, qui sont autant d’identités, d’histoires à raconter”. C’est dans cette logique que Découvertes en Vallée du Rhône met toujours davantage l’accent sur les Master Classes, les échanges, les tables rondes, les animations thématiques (voir le programme complet en suivant ce lien)… Pour refléter et transmettre au mieux toute la diversité du vignoble rhodanien. Et Michel Chapoutier de conclure : “nous voulons rester un rendez-vous dynamique, convivial, authentique, jusque dans la multiplication des événements “off”. Il faut que le vin reste libre. Après tout, si l’on donne le pouvoir aux vignerons, il n’y aura plus de guerre !”

Mathieu Doumenge

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