Dans certains vignobles, les raisins sont déjà en cuves, depuis plusieurs semaines. Dans d’autres, on commence juste à affuter les sécateurs. Où en est ce millésime 2014 en France ? Passage en revue des différentes régions.

Nous vous avons déjà offert, il y a un mois, un tour d’horizon des vendanges dans le vignoble français (suivre ce lien pour lire l’article). Alors que nous sommes mi-octobre, où en est la naissance de ce millésime 2014 ?

Dans le Languedoc, les graves inondations qui ont frappé le département de l’Hérault ces dernières semaines n’ont, globalement, pas eu une incidence trop grave sur ce millésime. Comme le rapportent nos confrère de Midi Libre, “les vendanges avaient été le plus souvent rentrées et [il] ne restait plus, selon la Chambre de l’agriculture que 15% des grappes”. Mais “les dommages importants” que l’on a pu constater dans de nombreuses vignes laisseront immanquablement des traces pour les millésimes à venir.

Plus largement, les viticulteurs languedociens mettent en exergue un millésime paradoxal, comme le rapporte encore Midi Libre : “printemps sec, été maussade et pluvieux suivi d’un début d’automne [marqué par des] épisodes météorologiques d’une rare violence […], les vendanges 2014 devraient rester dans les mémoires vigneronnes”.

En Terrasses du Larzac, malgré le temps incertain, les vendangeurs ont essayé de travailler dans la bonne humeur, comme ici au Mas de l’Ecriture :

Nathalie Caumette, présidente de l’AOP Faugères, raconte : “2014 a été l’année de tous les dangers ! On a eu l’été en hiver et l’hiver en été. Ça a été très “rock’n roll”, on aurait pu ne pas récolter du tout ! On a eu 100 mm de pluie en juillet, je n’avais jamais vu ça, on a fini avec un excédent de pluie et trois semaines de chaleur, fin août, ont permis de rattraper le retard !” Elle rappelle aussi que Faugères, situé à quelques kilomètres de la zone sinistrée de Lamalou, a été miraculeusement épargné : “On n’est pas passé entre les gouttes, on est passé entre les déluges !”

Pour Luc Cauquil, directeur des vignerons indépendants de l’Hérault, cette année les disparités entre terroirs seront “encore plus marquées qu’une année normale”. Mais malgré tout “les producteurs tablent sur un cru de bon, voire de très bon potentiel, avec un millésime cependant compliqué à vinifier”. Mais avec des quantités à la baisse…

Bref, contrairement au magnifique millésime 2013, il y aura sans doute des réussites assez diverses dans le Languedoc sur ce millésime 2014. Pour avoir un aperçu du déroulement des vendanges dans les Coteaux du Languedoc, découvrez ce bel album photo du Mas de la Barben :

Muscadet : 2014 comme 2007 ?

Dans la Loire, dans le vignoble du Muscadet, le viticulteur Pascal Guilbaud annonce : “nos vendanges ont débuté le 15 septembre. Après des mois d’été contrastés (juillet : beau et chaud et août : mitigé et frais), septembre nous a comblé ! Etat sanitaire parfait, rendement assuré, la maturité s’est faite lentement mais sûrement. A première vue, ce millésime 2014 à venir nous fait penser à 2007 qui fut un millésime de très belle facture et doté d’une grande capacité de garde. La vérité sera connue d’ici quelques semaines…”

La Provence au beau fixe

En Provence, du côté du domaine Saint-André de Figuière, 2014 s’annonce comme un beau millésime… qui permet même quelques expérimentations : “”on a vendangé plus tôt que d’habitude, entre le 21 août et le 15 septembre : cette année l’ennemi ce n’étaient pas les sangliers (80 % du domaine étant désormais équipé de clôtures électriques), mais le mistral, qui a soufflé pendant toute une semaine. Le risque de sur-concentration des raisins a imposé des vendanges précoces. Précoces mais mûres : les jus sont beaux et complexes, déroulant de très jolis arômes. Le petit stress thermique subi par les raisins a généré un millésime sur la fraîcheur. Un beau millésime, on se prédestine notamment à de jolis rouges avec une bonne matière et pas trop de chaleur.
Et pour s’amuser, en sus des cuvées classiques reconnues du Domaine, et parce qu’on est curieux à Figuière, cette année on a choisi de tester différents principes de vinification et d’élevage, comme par exemple :
– une micro-cuvée de 70 hl de Syrah en macération carbonique : obtiendra-t-on un vin sur le fruit et souple ?
– une vinification comparative de deux lots du même rosé, en fût (5 hl) et en cuve inox (12 hl), avec ajout de buchettes de chêne (qui sont des assemblages de plusieurs chauffes) dans les deux : laissons le temps au temps.
Bien sûr, la destination de ces jus reste à déterminer par la dégustation une fois les fermentations achevées.”

Bourgogne : des rendements difficiles

En Bourgogne, le millésime 2014 est une nouvelle fois marqué par des rendements modestes dans de nombreuses appellations. Comme l’a indiqué le vigneron Nicolas Rossignol sur sa page Facebook : “Nos instances professionnelles annoncent une belle récolte , oui mais pas pour tout le monde , la Bourgogne sera bien a deux vitesses encore cette année, une partie des scores après décuvage…
Pommard Noizons 8 Hl/Ha
Beaune 1er cru Reversées 14 Hl/Ha
Pommard 1er cru Jarolières, Charmots , Argillieres, Chanlins 11 Hl/Ha
Pommard 1er cru Epenots 12 Hl/Ha
Beaune Clos des Mouches 8Hl/Ha
Volnay 1er cru Santenots 25Hl/Ha
Volnay 1er cru Clos des Angles 20Hl/Ha
Volnay 1er cru Fremiets 13 Hl/Ha”

Malgré tout, au domaine Antonin Guyon, situé à Savigny-lès-Beaune, on se veut optimiste sur la qualité de ce millésime : “nous avons commencé les vendanges le 15 septembre et nous pensons les terminer le 1er octobre. Après un mois d’août déficitaire en ensoleillement, le beau temps de septembre est arrivé à point pour assurer une très belle maturité des raisins. Néanmoins plusieurs paires de mains s’affairent sur la table de tri : chez Antonin Guyon, le tri est très sérieux et sévère. Le millésime s’annonce de très belle qualité.”

A Chablis, au domaine Jean Durup Père & Fils, “ces vendanges ont duré près de deux semaines et le résultat est là : des degrés plutôt beaux, des rendements raisonnables (le bonheur d’avoir un millésime qui permettra de répondre aux demandes des clients, après 2012 si déficitaire !)… En effet, après un été mitigé le soleil de fin août et de septembre a été salutaire”.

En Alsace, un millésime précoce, des volumes en baisse

Au domaine Paul Blanck & Fils, les 24 jours de vendanges “se sont déroulées par un beau temps incroyable” pour s’achever début octobre… peu avant la pluie. “Ce sera un bon millésime précoce. Nous avons eu une belle maturité des cépages Riesling, Pinot blanc et Pinot gris. Le Gewürztraminer quant à lui a eu plus de difficulté depuis la floraison (récolte 30 % en-dessous de la moyenne) jusqu’à une maturité qu’il a fallu attendre. La qualité globale sera supérieure à 2013, par contre les volumes sont moyens bas, inférieurs à la moyenne des 5 dernières années. Les vins sont très aromatiques, avec une belle fraîcheur, et des acidités supérieures à la moyenne (impliquant des vinifications plus longues et plus lentes requérant une grande attention) : assurément des vins de garde très expressifs.”

Gaillac : un grand millésime en blanc ?

Pour l’appellation Gaillac dans le Sud-Ouest, l’été “complexe” (températures basses, pluies régulières et faible luminosité) a été rattrapé par “la clémence d’un exceptionnel mois de septembre qui a permis aux baies d’achever leur maturité sereinement. Grâce à ces conditions climatiques, le millésime 2014 présente de belles acidités et des maturités phénoliques plus que prometteuses sur ces cépages autochtones que sont le Prunelart et le Braucol”. Mais dans le vignoble du Tarn, on tient surtout à mettre en avant “un grand millésime de blanc” : “grâce à un été frais, l’équilibre sucre / acidité / arômes devrait être proche de l’idéal. Si le soleil estival n’a pas vraiment doré la peau des vacanciers, il n’a pas non plus grillé les arômes délicats des raisins blancs. La dégustation des baies révélait déjà des arômes intenses et prometteurs”.

Beaujolais : une récolte entre 750 000 hl et 800 000 hl.

Les vendanges dans le Beaujolais se sont achevées fin septembre et ont duré environ trois semaines. Comme dans la plupart des autres régions, le début d’année chaud et sec suivi d’un printemps ensoleillé a permis à la floraison de se dérouler dans de bonnes conditions. L’été s’est avéré un peu plus arrosé mais avec des températures plutôt basses favorisant un bon état sanitaire des vignes et enfin une belle arrière-saison avec un soleil radieux et des nuits fraîches. Selon l’interprofession, “la maturation s’est ainsi déroulée dans de parfaites conditions, à un rythme lent et progressif et les vignerons ont pu récolter des raisins d’une qualité exceptionnelle, bien mûrs, frais, sucrés avec une pellicule épaisse et colorée et de très beaux degrés alcooliques naturels (entre 12 et 13 % vol.). Les premières dégustations dévoilent des vins souples, ronds, avec une jolie longueur en bouche et parfaitement équilibrés. Une pointe de fraîcheur relève une belle complexité aromatique. A noter également la très belle qualité des chardonnays récoltés cette année. Les Beaujolais et Beaujolais Villages blancs 2014 s’annoncent de grande qualité avec des vins voluptueux offrant un très beau volume en bouche. A suivre de près !” En volume, la récolte 2014 devrait se situer entre 750 000 hl et 800 000 hl.

Bordeaux : le millésime du rebond ?

Après des millésimes 2011 et 2012 décevants et un 2013 très compliqué, 2014 s’annonce comme le millésime du rebond à Bordeaux. Sur la Rive Droite, du côté des vignobles Joseph Janoueix (Château La Croix à Pomerol et Château Haut Sarpe à Saint-Emilion), “la récolte 2014 s’annonce prometteuse grâce à un beau mois de juin, la floraison s’est bien passée cette année et les grappes sont bien fournies. La période estivale a été plus mitigée. Depuis le 29 août, ce que nous appelons ici l’été indien s’est installé. Après les années 2011, 2012 et 2013 plus délicates, nous nous acheminons vers un grand millésime 2014 qui fera du bien à toute la viticulture.”

Au château La Conseillante, propriété emblématique de Pomerol, les vendanges se sont déroulées du 23 septembre au 6 octobre. On annonce des jus qui “ont du goût et de la couleur, grâce à une belle acidité et une concentration naturelle des baies, permise par l’apparition de contraintes hydriques sur la deuxième phase de maturation. Elles ont également nettement favorisé l’affinage des tanins et la maturation des pépins. Notons toutefois l’hétérogénéité du millésime, due en particulier aux conditions fraîches et humides lors de la floraison. L’indicateur type est la présence de baies rosées au cœur des grappes, bien sûr écartées sur la table de tri. La vendange était cependant saine et mûre, permettant un égrenage facile et un tri tout aussi aisé. Ce millésime a définitivement été sauvé par la climatologie estivale qui s’est installée à partir du 27 août. Des températures nettement supérieures à la moyenne décennale et des amplitudes thermiques propices à une bonne maturité nous ont accompagnées au cours de ce dernier mois. Nous devrions atteindre à La Conseillante un très bon niveau de qualité, avec un degré moyen estimé autour de 13, 2 % d’alcool et un pH de 3, 6. Les volumes quant à eux seront proches de 39 hl/ha… Un heureux dénouement et un millésime 2014 qui, nous l’espérons à Pomerol, sera à rapprocher du style des 2001 ou des 2006 !”

Au château Fleur Cardinale, Grand Cru Classé de Saint-Emilion, les vendanges peuvent être suivies quasiment en direct sur le blog de la propriété, tenu par Caroline Decoster. Les premiers coups de sécateurs ont été donnés le 9 octobre. Hier, 5 hectares avaient été vendangés, sur les 23, 5 que compte la propriété : “avec ce millésime 2014, nous pouvons vendanger « à la carte », petit à petit, sans nous presser, à maturité optimale, en surveillant chaque jour l’évolution de la maturité de chaque parcelle restante. Il faut dire que les conditions climatiques sont miraculeuses ! Ça y est, je l’ai dit, mais je m’en vais vous le prouver avec… des chiffres : hier, l’amplitude thermique en journée était superbe, avec 6°C le matin, 25°C l’après-midi, parfait pour peaufiner les maturités et donc intensifier les arômes.”

Dans le Médoc, septembre a également été le mois du soulagement après un été très difficile. Comme nous le confiait Thomas Duroux (Château Palmer), “cet été, on n’était pas très optimiste, c’est sûr. Au moment du débourrement, on s’est rendu compte qu’il n’y avait pas un énorme potentiel de récolte, ce qui s’explique en partie par les conditions météo difficiles de l’année précédente. Ensuite, la floraison s’est relativement bien passée. Puis nous avons eu une saison où il a plu assez régulièrement. Il a donc fallu gérer la pression mildiou. La véraison a un peu traîné, on craignait donc d’avoir de l’hétérogénéité d’une grappe à l’autre, mais finalement ce n’est pas le cas, tout s’est nivelé grâce à ce très beau mois de septembre. Ce qui est surtout important pour nous, qui avons commencé nos essais en biodynamie en 2008, c’est qu’en menant la vigne de cette façon, on gagne 4 à 5 jours en maturité”.

Du côté des vignobles Dourthe (Château Belgrave, Château Reysson), “ce n’était pas gagné pour les rouges à la fin du mois d’août, les conditions humides et fraîches de l’été ayant été beaucoup plus propices à la pousse de la vigne et à l’agressivité du Mildiou qu’à la maturation du fruit. Nous avons été tenaces, et travaillé sans relâche dans le vignoble pour mettre le raisin dans les meilleures conditions lorsque la météo se déciderait à être plus clémente.

Le château Gruaud Larose invite lui aussi à suivre ses vendanges pratiquement en temps réel sur Twitter. Des vendanges qui se déroulent jusqu’à présent sous les meilleurs auspices, annonçant “une superbe récolte”.

Enfin, du côté des Sweet Bordeaux (les appellations de liquoreux), les vendanges ont débuté troisième semaine de septembre. La récolte bat son plein actuellement, et annonce un millésime 2014 marqué par de faibles volumes et de belles concentrations. “Aujourd’hui le botrytis, responsable de la pourriture noble, s’implante dans le vignoble sur les raisons surmuris par cet été indien, gorgés de sucre et qui vont donc se concentrer très rapidement. Des phénomènes de passerillage apparaissent, donnant des goûts fruités avec une belle vivacité. Ce mélange de passerillage et de pourriture noble sera incontestablement une caractéristique de ce millésime”, explique l’œnologue Edouard Massie.