Ci-dessus : Mélanie et Lilian Barton-Sartorius.
Ci-dessus : Mélanie et Lilian Barton-Sartorius.

Il y a tout juste 10 ans, la famille Barton-Sartorius rachetait cette propriété un peu en déshérence, en appellation Moulis. Si le château et son histoire flattait l’image, le vignoble et l’outil technique n’étaient plus en bon état et les vins étaient d’une qualité contestable. Il fallait croire au potentiel du terroir et avoir confiance en son savoir-faire pour reconquérir une notoriété. Histoire d’un challenge.

La famille Barton c’est tout d’abord deux crus classés 1855 en appellation Saint Julien : Léoville Barton et Langoa Barton. De quoi bien adosser Mauvesin-Barton à un savoir faire et l’aider à être reconnu plus facilement. Mais lorsqu’en 2011 Lilian Barton-Sartorius achète le château Mauvesin, le vignoble est à relever et les chais sont à reconstruire entièrement. Et lorsqu’on demande à Mélanie Barton-Sartorius, œnologue et fille de Lilian, ce qui a du être fait dans la vigne, le film se déroule : “Nous avons dû curer les fossés car l’eau ne s’écoulait plus et la vigne était mal drainée. Nous avons mis des drains chaque fois que l’on replantait. Nous avons aussi choisi de laisser l’herbe dans les rangs, les désherbage étaient excessif”. Lilian ajoute que “sur les 60 ha de vignes, 15 ha ont déjà été replantés, dont 5 ha de merlot sur une croupe qui était vierge”. Tout ceci avec “des porte-greffes adaptés”. Mais le plus important est la construction d’un nouveau cuvier et d’un chai à barriques qui seront livrés en 2013. Quant à l’équipe en place, “elle est restée, avec le maître de chai et le chef de culture qui étaient ouverts aux évolutions”. Mélanie, bien que jeune en 2011, est déjà sur la propriété et dit “qu’elle a des choses à apprendre” ce à quoi répond le maître de chai : “ah mais moi aussi, j’ai des choses à apprendre”. La motivation était grande et ce d’autant plus que celui-ci n’avait “aucune marge de manœuvre” précise Lilian : “pas de parcellaire, à cause de cuves trop grandes. Il était excité de voir les travaux de construction du nouveau cuvier et du chai à barriques et aussi de voir ses conditions de travail évoluer”. Lilian se rappelle que “c’était un peu le campement pendant les travaux et qu’il n’y a pas eu beaucoup de premier vin cette année-là”.

Quant à la commercialisation des vins, celle-ci se faisait exclusivement par le négoce qui vendait beaucoup en GD. “Il n’y avait pas de commercial” déplore Lilian. “Je savais qu’il fallait continuer avec le négoce car c’est un outil formidable à Bordeaux. Le négociant qui avait l’habitude de venir n’a pas été d’accord sur le prix demandé qui n’allait pas pour les grandes surfaces. La montée de prix n’a pas été un handicap car cela s’accompagnait d’une montée en qualité et le nom est passé de Mauvesin à Mauvesin-Barton. Cela correspondait à la création d’une nouvelle marque”.

Mais pourquoi le nom de Mauvesin-Barton ? “Le nom de Mauvesin-Barton c’est trop long, j’ai hésité, mais la marque Mauvesin étant déjà déposé en Chine et ce n’était pas nous qui l’avions déposée”. L’exportation en Chine sous le nom de Mauvesin était donc impossible. “On a créé Mauvesin-Barton en associant les deux noms ; cela fait penser aussi à un certain savoir faire” se félicite Lilian qui sait ce qu’elle fait : “lorsque je présente nos deux crus classés de Saint Julien, j’associe systématiquement Mauvesin à Langoa et Léoville. Les gens remarquent qu’il y a la même idée sur la manière de faire les vins”. La qualité montant au fil des années, “on a trouvé d’autres partenaires. Les courtiers ont bien joué le jeu. Le château Mauvesin travaillait avec très peu de négociants avant 2011, dont un gros qui distribuait tout en GD. Maintenant, nous en avons une trentaine qui ont chacun leur spécificité et qui nous achètent majoritairement en primeurs. Le réseau caviste et la restauration a bien progressé dans nos ventes. Il est intéressant de diversifier sa distribution. Avant 2011, il y avait sans doute très peu d’export. Les étrangers ne connaissaient pas la propriété”. La qualité est désormais reconnue, les exportations ont progressé et la vente en GD ne se fait plus au même tarif. Mais, comment ont évolué les vins depuis 10 années ?

Une autre définition des vins

Les 4 millions d’euros investis dès 2011, dans la construction du nouveau cuvier et du chai à barriques notamment, associé au “savoir-faire Barton”, ont permis aux vins de faire un saut qualitatif. Lilian évoque le projet : “Dès 2011, on a cherché à acquérir un peu plus de volume en bouche parce que le vin était maigre et était un peu court, tout en le rendant plus long avec des tanins plus rond et en gardant quelque chose de gourmand et facile à boire plus rapidement. Et nous souhaitions aussi un vin équilibré entre le fruité et l’acidité et qui ne soit pas trop marqué par le bois”.
Le 2011 qui a été dégusté, est le premier vin que la famille produit sur Mauvesin-Barton. Les équipements ne sont pas encore là (sauf les nouvelles cuves) mais le savoir-faire, oui. Le vin a encore de la fraîcheur. On trouve au nez des notes sur-muries, et une pointe d’eucalyptus. Le vin est marqué par un haut niveau d’acidité. La finale se caractérise par une légère pointe d’amertume, sur le pamplemousse. Les tanins sont fins et bien définis, typiques du moulis. Le vin est droit, tendu, aiguisé. A l’évidence et même s’il y a un effet millésime 2011, l’absence de conditions favorables se fait encore sentir sur ce vin qui n’est pas un désagréable mais qui est encore loin d’illustrer les objectifs de rondeur et de fruits souhaités, entre autres, par Mélanie et Lilian.

Le 2018 dégusté, n’a rien à voir : c’est du plaisir. Le nez propose une alliance de tabac blond, de fruits rouges, et de menthol ; il a gagné en complexité et en subtilité. La bouche n’est pas en reste avec une trame tannique à grains moyens qui tapisse bien et qui porte un fruité séduisant. L’élevage est bien dosé et le boisé bien intégré, rien n’est forcé tout est juste. Tout est à sa place, l’équilibre est là, entre la fluidité, le volume, la fraîcheur, et les petits fruits rouges en fil conducteur, le tout porté par une belle tension. C’est un vin très bien défini, très agréable, comme le voulait Lilian et Mélanie, avec une bonne buvabilité tout en ayant un potentiel de garde de 6 à 7 ans. 16 € la bouteille, c’est un excellent rapport qualité prix. L’apport du cabinet d’œno-conseil d’Éric Boissenot est à considérer dans la nouvelle qualité des vins.

Le 2020, est dans la même veine que le 2018, avec des similitudes fortes, notamment sur la définition des tanins. Déjà agréable, du croquant et de l’éclat. Toujours le fruit. (Voir le prochain numéro Bordeaux primeurs 2020).

Le très beau château de Mauvesin est là, comme pour rappeler que certaines choses restent immuables dans le vignoble bordelais. Il n’en est rien, dans les faits, et la reprise du château Mauvesin par Lilian Barton-Sartorius est là pour nous le rappeler. C’est bien l’esprit d’entreprise, le talent et l’amour des vins de qualité qui tient haute la renommée.